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ENTRETIENS 18 aoŻt 2019

Max Emanuel Cencic, de Vienne à Rossini

Un disque Rossini inattendu et superbe chez Virgin, un concert salle Gaveau le 12 décembre après une brillante participation aux représentations du Sant'Alessio de Landi, le contre-ténor Max Emanuel Cencic est à la une de l'actualité musicale. Rencontre avec cet ancien petit chanteur de Vienne passé au baroque puis à l'Italie de l'auteur du Barbier de Séville.
 

Le 11/12/2007
Propos recueillis par Gérard MANNONI
 



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  • Il semble que vous ayez chant√© d√®s votre petite enfance, mais vous avez surtout fait partie des c√©l√®bres Petits Chanteurs de Vienne. Parlez-nous de cette exp√©rience !

    C'est une institution tr√®s ancienne, fond√©e par l'Empereur Maximilien en 1498. Elle d√©pendait de la Cour imp√©riale. Avec l'√Čcole d'√©quitation espagnole, elle est la seule √† √™tre rest√©e en fonction apr√®s la chute de l'Empire en 1918. On y travaillait tr√®s dur, un peu comme sous un r√©gime militaire. Lever √† six heures du matin, travail scolaire et musical toute la journ√©e, et beaucoup de concerts. J'y suis rest√© cinq ans. Nous avons chant√© toutes les messes de Mozart, Schubert, Bruckner. Ils ont tous √©crit pour les Petites Chanteurs de Vienne, Bruckner en particulier, qui a compos√© beaucoup de motets sp√©cialement pour eux.

    Travailler ces oeuvres √©tait notre t√Ęche quotidienne. Nous chantions tous les dimanches dans la chapelle imp√©riale de la Hofburg, mais aussi en tourn√©e quatre mois par an. Nous donnions cent cinquante √† deux cents concerts chaque ann√©e. Quand j'ai quitt√© l'√Čcole, j'avais particip√© √† plus de mille concerts et spectacles, dans un r√©pertoire en principe classique et romantique. Cela a beaucoup compt√© dans ma formation. Nous faisions peu de baroque, avec quand m√™me un peu de Bach, de Caldara, parfois avec des instruments anciens.

    Je ne me suis mis au baroque que plus tard, vers 17 ou 18 ans, quand j'ai commenc√© √† travailler avec diff√©rents chefs. J'ai alors d√©couvert les origines de la musique que j'avais pratiqu√©e avant. Mais chez les Petits Chanteurs, en partie gr√Ęce √† la discipline qui y avait cour, nous faisions des choses vraiment incroyables pour des enfants de notre √Ęge, avec un professionnalisme tr√®s rigoureux.

    Ce n'√©tait pas dr√īle tous les jours, mais nous apprenions ce qui nous servirait pour la vie enti√®re, tant dans le domaine de la discipline personnelle que dans celui de la musique. Pour certains d'entre nous, cette rigueur a emp√™ch√© tout contact √©motionnel avec la musique et les en a d√©go√Ľt√©s. Ils n'en n'ont plus jamais fait. J'ai moi-m√™me eu du mal √† trouver ma libert√© d'artiste. Ce fut un processus long et douloureux, mais j'y suis arriv√© car j'ai toujours aim√© la musique.

     

    Après votre entrée dans la vie professionnelle, votre carrière a connu deux phases d'évolution pour parvenir à la voix que vous avez aujourd'hui et qui vous permet d'aborder un répertoire comme celui de ce disque Rossini. Comment cela s'est-il passé ?

    Ma voix s'est développée naturellement et je n'ai fait que suivre cette évolution. Chaque fois que j'ai senti pouvoir avancer davantage dans le répertoire, j'ai essayé d'aller plus loin. Parfois, il me fallait attendre un peu, parce que je n'étais pas prêt. Parfois, cela m'était très facile. Je ne me lance que si cela fonctionne sans problème avec ma voix et ma technique.

    Au d√©part, pour √™tre franc, je dois reconna√ģtre que la musique baroque m'a attir√© surtout parce qu'elle correspondait √† mes possibilit√©s vocales et √† mon type de voix. J'√©tais plus chez moi dans le monde romantique, plus riche en qualit√©s √©motionnelles et plus proche de nous dans le temps. Mais j'ai vite pris go√Ľt √† ces musiques plus anciennes, malgr√© toutes les questions soulev√©es par ce qui touche √† l'authenticit√© de leur interpr√©tation.

    Avec quelle voix, quelle technique doit-on les chanter ? Il y a une grande part de subjectivit√© dans les √©crits auxquels nous sommes oblig√©s de nous r√©f√©rer. Quand un texte du XVIIe ou du XVIIIe si√®cle nous dit que l'interpr√®te avait une ¬ę grande voix  ¬Ľ ou une ¬ę petite voix ¬Ľ, c'est comme cela qu'il la juge, mais elle para√ģtrait peut-√™tre tout autre √† d'autres oreilles, aux n√ītres en particulier. Il faut √™tre tr√®s prudent en manipulant toutes ces notions.

    Et puis, tout dépend aussi du contexte. J'ai chanté une fois dans une production de la Fida Ninfa de Vivaldi avec un orchestre baroque sans chef. Les instrumentistes étaient donc obligés d'écouter les chanteurs pour s'y retrouver et se guider sur eux. Ils trouvaient donc spontanément l'équilibre sonore correspondant à chaque voix et même les plus petites paraissaient grandes, car ils devaient eux-mêmes jouer plus piano pour les entendre et les suivre. Le résultat était magique.

     

    Qu'est-ce qui vous a poussé à enregistrer ce disque d'airs d'opéra de Rossini, que vous allez aussi chanter lors de votre concert salle Gaveau ?

    Rossini incarne la transition entre le baroque et le romantisme. C'est tr√®s int√©ressant. Si l'on respecte les indications de Rossini qui indique piano √† l'orchestre quand la voix s'exprime, cela ne pose aucun probl√®me. On n'a pas besoin de crier. Contrairement √† ce que l'on croit souvent, les r√īles dramatiques n'ont pas forc√©ment besoin d'une voix comme celle de Deborah Voigt !

    Les parties instrumentales les plus difficiles chez Rossini sont celles des vents. Si elles sont bien ma√ģtris√©es et donc jou√©es mezzo-forte, le chanteur n'a pas de probl√®mes. Sans quoi, tout est trop fort. Je respecte beaucoup le travail de Marilyn Horne, mais ce c√īt√© exploit olympique, si admirable soit-il, ne peut pas √™tre pris comme norme d'interpr√©tation de ces musiques. C'est un ph√©nom√®ne, pas un mod√®le. Il vaut mieux se r√©f√©rer √† Jennifer Larmore ou √† Cecilia Bartoli.

    Aborder Rossini n'√©tait de toute fa√ßon pas pour moi le d√©sir de prouver quelque chose. Je voulais seulement trouver un chemin dans l'interpr√©tation de sa musique, des √©motions qu'elle contient et communique. Je ne suis peut-√™tre pas capable de faire tout le r√īle d'Arsace sur sc√®ne, mais il √©tait important de tenter de lancer une autre tradition avec un ou deux airs.

    Demain, peut-√™tre, un autre contre-t√©nor y arrivera sur sc√®ne, pour tout l'ouvrage. Il faut t√Ęcher de comprendre ce qui se passe aujourd'hui et imaginer ce qui peut se passer demain, sans rester bloqu√©s sur des r√©f√©rences du pass√©. Elles ont leur importance, mais comme contribution √† une Histoire qui est bien loin d'√™tre finie et qu'il convient de continuer √† faire vivre.




    À voir :
    Airs pour les derniers castrats, Mozart-Rossini, Max Emanuel Cencic, contre-ténor, Megumi Otsuka, piano. Salle Gaveau, Paris, 12 décembre 2007 à 20 h 30.

    À écouter :

    Airs d'opéras et ouvertures de Rossini, Max Emanuel Cencic, contre-ténor, Orchestre de chambre de Genève, direction : Michael Hofstetter. 1CD Virgin Classics 0094638578826.

     

    Le 11/12/2007
    Gérard MANNONI



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