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ENTRETIENS 23 février 2019

Max Emanuel Cencic, de Vienne à Rossini

Un disque Rossini inattendu et superbe chez Virgin, un concert salle Gaveau le 12 décembre après une brillante participation aux représentations du Sant'Alessio de Landi, le contre-ténor Max Emanuel Cencic est à la une de l'actualité musicale. Rencontre avec cet ancien petit chanteur de Vienne passé au baroque puis à l'Italie de l'auteur du Barbier de Séville.
 

Le 11/12/2007
Propos recueillis par Gérard MANNONI
 



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  • Il semble que vous ayez chanté dès votre petite enfance, mais vous avez surtout fait partie des célèbres Petits Chanteurs de Vienne. Parlez-nous de cette expérience !

    C'est une institution très ancienne, fondée par l'Empereur Maximilien en 1498. Elle dépendait de la Cour impériale. Avec l'École d'équitation espagnole, elle est la seule à être restée en fonction après la chute de l'Empire en 1918. On y travaillait très dur, un peu comme sous un régime militaire. Lever à six heures du matin, travail scolaire et musical toute la journée, et beaucoup de concerts. J'y suis resté cinq ans. Nous avons chanté toutes les messes de Mozart, Schubert, Bruckner. Ils ont tous écrit pour les Petites Chanteurs de Vienne, Bruckner en particulier, qui a composé beaucoup de motets spécialement pour eux.

    Travailler ces oeuvres était notre tâche quotidienne. Nous chantions tous les dimanches dans la chapelle impériale de la Hofburg, mais aussi en tournée quatre mois par an. Nous donnions cent cinquante à deux cents concerts chaque année. Quand j'ai quitté l'École, j'avais participé à plus de mille concerts et spectacles, dans un répertoire en principe classique et romantique. Cela a beaucoup compté dans ma formation. Nous faisions peu de baroque, avec quand même un peu de Bach, de Caldara, parfois avec des instruments anciens.

    Je ne me suis mis au baroque que plus tard, vers 17 ou 18 ans, quand j'ai commencé à travailler avec différents chefs. J'ai alors découvert les origines de la musique que j'avais pratiquée avant. Mais chez les Petits Chanteurs, en partie grâce à la discipline qui y avait cour, nous faisions des choses vraiment incroyables pour des enfants de notre âge, avec un professionnalisme très rigoureux.

    Ce n'était pas drôle tous les jours, mais nous apprenions ce qui nous servirait pour la vie entière, tant dans le domaine de la discipline personnelle que dans celui de la musique. Pour certains d'entre nous, cette rigueur a empêché tout contact émotionnel avec la musique et les en a dégoûtés. Ils n'en n'ont plus jamais fait. J'ai moi-même eu du mal à trouver ma liberté d'artiste. Ce fut un processus long et douloureux, mais j'y suis arrivé car j'ai toujours aimé la musique.

     

    Après votre entrée dans la vie professionnelle, votre carrière a connu deux phases d'évolution pour parvenir à la voix que vous avez aujourd'hui et qui vous permet d'aborder un répertoire comme celui de ce disque Rossini. Comment cela s'est-il passé ?

    Ma voix s'est développée naturellement et je n'ai fait que suivre cette évolution. Chaque fois que j'ai senti pouvoir avancer davantage dans le répertoire, j'ai essayé d'aller plus loin. Parfois, il me fallait attendre un peu, parce que je n'étais pas prêt. Parfois, cela m'était très facile. Je ne me lance que si cela fonctionne sans problème avec ma voix et ma technique.

    Au départ, pour être franc, je dois reconnaître que la musique baroque m'a attiré surtout parce qu'elle correspondait à mes possibilités vocales et à mon type de voix. J'étais plus chez moi dans le monde romantique, plus riche en qualités émotionnelles et plus proche de nous dans le temps. Mais j'ai vite pris goût à ces musiques plus anciennes, malgré toutes les questions soulevées par ce qui touche à l'authenticité de leur interprétation.

    Avec quelle voix, quelle technique doit-on les chanter ? Il y a une grande part de subjectivité dans les écrits auxquels nous sommes obligés de nous référer. Quand un texte du XVIIe ou du XVIIIe siècle nous dit que l'interprète avait une « grande voix  » ou une « petite voix », c'est comme cela qu'il la juge, mais elle paraîtrait peut-être tout autre à d'autres oreilles, aux nôtres en particulier. Il faut être très prudent en manipulant toutes ces notions.

    Et puis, tout dépend aussi du contexte. J'ai chanté une fois dans une production de la Fida Ninfa de Vivaldi avec un orchestre baroque sans chef. Les instrumentistes étaient donc obligés d'écouter les chanteurs pour s'y retrouver et se guider sur eux. Ils trouvaient donc spontanément l'équilibre sonore correspondant à chaque voix et même les plus petites paraissaient grandes, car ils devaient eux-mêmes jouer plus piano pour les entendre et les suivre. Le résultat était magique.

     

    Qu'est-ce qui vous a poussé à enregistrer ce disque d'airs d'opéra de Rossini, que vous allez aussi chanter lors de votre concert salle Gaveau ?

    Rossini incarne la transition entre le baroque et le romantisme. C'est très intéressant. Si l'on respecte les indications de Rossini qui indique piano à l'orchestre quand la voix s'exprime, cela ne pose aucun problème. On n'a pas besoin de crier. Contrairement à ce que l'on croit souvent, les rôles dramatiques n'ont pas forcément besoin d'une voix comme celle de Deborah Voigt !

    Les parties instrumentales les plus difficiles chez Rossini sont celles des vents. Si elles sont bien maîtrisées et donc jouées mezzo-forte, le chanteur n'a pas de problèmes. Sans quoi, tout est trop fort. Je respecte beaucoup le travail de Marilyn Horne, mais ce côté exploit olympique, si admirable soit-il, ne peut pas être pris comme norme d'interprétation de ces musiques. C'est un phénomène, pas un modèle. Il vaut mieux se référer à Jennifer Larmore ou à Cecilia Bartoli.

    Aborder Rossini n'était de toute façon pas pour moi le désir de prouver quelque chose. Je voulais seulement trouver un chemin dans l'interprétation de sa musique, des émotions qu'elle contient et communique. Je ne suis peut-être pas capable de faire tout le rôle d'Arsace sur scène, mais il était important de tenter de lancer une autre tradition avec un ou deux airs.

    Demain, peut-être, un autre contre-ténor y arrivera sur scène, pour tout l'ouvrage. Il faut tâcher de comprendre ce qui se passe aujourd'hui et imaginer ce qui peut se passer demain, sans rester bloqués sur des références du passé. Elles ont leur importance, mais comme contribution à une Histoire qui est bien loin d'être finie et qu'il convient de continuer à faire vivre.




    À voir :
    Airs pour les derniers castrats, Mozart-Rossini, Max Emanuel Cencic, contre-ténor, Megumi Otsuka, piano. Salle Gaveau, Paris, 12 décembre 2007 à 20 h 30.

    À écouter :

    Airs d'opéras et ouvertures de Rossini, Max Emanuel Cencic, contre-ténor, Orchestre de chambre de Genève, direction : Michael Hofstetter. 1CD Virgin Classics 0094638578826.

     

    Le 11/12/2007
    Gérard MANNONI



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