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ENTRETIENS 21 février 2019

Jonathan Biss, la musique dans les gènes
© Jimmy Katz

Sans passer de concours internationaux, le pianiste américain Jonathan Biss est quand même parvenu à 27 ans sur le circuit mondial le plus appréciable. Sous contrat chez EMI, après un CD Schumann-Beethoven et un autre consacré à Schumann, il vient d'en signer un troisième, excellent, avec quatre sonates de Beethoven. Entretien avec un artiste intelligent et atypique.
 

Le 17/12/2007
Propos recueillis par Gérard MANNONI
 



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  • Vous êtes issu d'une famille de musiciens. Cela a-t-il été fondamental pour vous ?

    Absolument. J'ai entendu de la musique dès ma naissance et peut-être même avant ! Dans ma famille, la musique est une langue que tout le monde parle et je l'ai moi aussi d'emblée vécue comme un mode de communication. Maintenant encore, c'est pour moi la meilleure façon de communiquer. C'est aussi une chance supplémentaire car mes parents peuvent me donner des conseils. Ils se comportent très bien. Ils me laissent libre de mes choix et de mes erreurs et m'aident si je le leur demande. C'est idéal.

     

    Contrairement à la plupart des instrumentistes de votre génération, votre carrière internationale a débuté et se développe sans l'habituel palmarès de prix dans les grands concours. Est-ce un choix ?

    Il est vrai que la liste de ce que l'on appelle les concours incontournables est très longue et que la plupart des jeunes musiciens se croient obligés de se prêter à ce jeu. En ce qui me concerne, j'ai eu la chance de commencer ma carrière sans en passer par là et pour l'instant, cela continue à ne pas me manquer. Pour moi, l'esprit des concours n'a rien à voir avec la musique. Quand on prépare un concours, avant d'être soi-même, il faut chercher à être ce que le jury attend de vous. Il faut plaire à tout le monde. Ce n'est pas la bonne façon de vivre la musique. Il faut jouer comme vous en avez envie et non comme d'autres gens le veulent. Cette pression, très particulière aux concours, me paraît dangereuse pour tout le monde et en particulier pour moi.

     

    En regardant votre calendrier, on constate que dans les mois à venir, vous allez jouer dans le monde entier en récital et avec bon nombre d'orchestres et de chefs majeurs. Comment votre carrière a-t-elle alors pu démarrer et prendre cette ampleur ?

    J'ai commencé simplement par donner quelques concerts, on m'en a demandé davantage l'année suivante, et encore plus l'année d'après et maintenant je n'arrête pas ! Je n'ai pas le souvenir de débuts fracassants ou d'événement qui m'ait brusquement lancé sur le circuit. Tout est venu peu à peu, naturellement. Sauf peut-être quand j'avais 16 ans, lors d'un cours donné par Isaac Stern à Jérusalem, où je jouais en trio. Il m'a entendu et a ensuite demandé à son agent de m'auditionner. En fait, tout a commencé à ce moment-là, mais progressivement. Je n'ai pas donné cinquante concerts l'année suivante. J'étais encore étudiant et il fallait que je finisse mon cursus. Il faudrait que cela se passe de la même manière pour tout le monde, qu'on puisse évoluer à son rythme, selon sa nature, sans la pression des concours ou celle d'un premier concert fracassant qui vous oblige ensuite à répondre aux mêmes exigences sans la liberté de vous développer comme vous le souhaiteriez.

     

    Qu'est-ce qui vous rend heureux en jouant du piano ?

    Le répertoire. Il est fantastique, grand, varié, il couvre toutes les époques. On peut jouer seul, avec orchestre, en musique de chambre, des musiques de Bach ou du XXIe siècle. C'est fabuleux et grisant ! Il contient beaucoup plus de musique que j'aime que je ne pourrai en jouer dans toute ma vie. Quelle chance de pouvoir apprendre trente-deux sonates de Beethoven, vingt-sept concertos de Mozart, toutes les oeuvres de Schumann, de Schubert. C'est là que je trouve mon plaisir. Comme l'a dit Schnabel, la qualité d'une seule oeuvre vaut toutes les performances. On pourrait passer toute sa vie à approfondir un chef-d'oeuvre.

     

    Vous citez Arthur Schnabel. Avez-vous des modèles dans les générations qui vous précèdent ?

    Modèle est un terme trop fort car je pense qu'il est dangereux de vouloir imiter quelqu'un. Il y a néanmoins des pianistes qui m'ont influencé : Schnabel, Rubinstein et Lipatti, trois personnalités bien différentes, mais avec le même respect pour le texte et la même recherche d'une belle qualité sonore. Je ne les ai malheureusement jamais entendus en concert, seulement au disque. Parmi ceux que j'ai pu entendre, je me sentirais proche de Murray Perahia, Andras Schiff ou Leon Fleisher. Ils représentent sans doute une certaine conception du piano et une approche particulière du répertoire, avec une dimension spirituelle, voire métaphysique, qui me concerne aussi beaucoup.

     

    Votre relation avec EMI a l'air de bien fonctionner puisque après deux premiers disques, on vous en a demandé un troisième, consacré à Beethoven, et qui est d'ailleurs une vraie réussite. Est-ce que cela ne vaut pas largement des prix de concours ?

    Nous avons en effet une excellent relation car nous cherchons toujours le meilleur répertoire pour moi, pas seulement ce qui est bon pour les ventes. C'est parfait pour moi car je suis incapable de jouer de la musique que je n'aime pas. J'ai essayé, mais c'était un désastre. Quand je vais en scène ou que j'enregistre, je dois croire à cent pour cent à ce que je joue. Ils me comprennent vraiment, chez EMI.

     

    Avez-vous le même de rapport avec la scène et avec le studio d'enregistrement ?

    La scène comme le studio sont le résultat du travail, mais le contact avec le public est indispensable. On doit développer cette relation. C'est la manière la plus importante de faire de la musique. Enregistrer est une prolongation du concert. Quand j'enregistre, l'idéal est de récréer l'atmosphère du concert. Le danger du disque est de sonner de façon un peu clinique, et c'est dommage. Quand j'écoute les premières prises, je suis heureux si je me reconnais, si cela sonne bien comme moi. Sinon, je ne suis pas satisfait. Le disque est donc pour moi une manière de reproduire de manière aussi fidèle que possible ce que je fais dans une salle de concert.

     

    Moment de vérité où vous être le truchement entre une oeuvre et un public, le concert est-il aussi pour vous une fête ?

    Une fête mais surtout un événement. Il ne faut pas que jouer en public devienne une routine. C'est ce qui fixe pour moi la limite du nombre de concerts à donner par saison. On ne peut donner de plaisir si on n'en ressent pas. Il faut préserver ce climat d'un moment exceptionnel où l'on va apporter quelque chose au public.

     

    Quels sont les compositeurs qui vous procurent actuellement le plus de plaisir et, inversement, y en a-t-il que vous préférez garder à distance, du moins pour le moment ?

    Les compositeurs que je sens actuellement comme les plus proches de moi sont les allemands classiques et du début du romantisme. Mozart, Beethoven Schubert, Schumann, Chopin, par exemple. Je ne peux pas vivre sans eux, mais j'espère que cela gagnera dans le temps dans les deux sens. Je joue aussi Janáček volontiers, mais si je dois choisir, c'est vraiment de Mozart à Schumann !

     

    Le 17/12/2007
    Gérard MANNONI



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