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ENTRETIENS 27 novembre 2014

Stéphane Bullion, talent, travail et chance
© Nils Tavernier

Premier Danseur depuis décembre 2007, Stéphane Bullion était prêt à saisir la chance, en remplaçant l’Étoile Hervé Moreau, blessée le soir de la première, pour la captation vidéo de la Dame aux camélias de John Neumeier au Ballet de l’Opéra national de Paris. Un vrai succès dans un grand rôle de tout premier plan.
 

Le 15/07/2008
Propos recueillis par Gérard MANNONI
 



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  • Vous venez de remporter dans la Dame aux camélias l’un de ces succès qui marquent une carrière. Comment la danse est-elle entrée dans votre vie ?

    Elle y est entrée plus tard que pour la plupart des autres danseurs de l’Opéra. Je n’ai commencé qu’à 11 ans, presque par hasard. C’est ma mère, psychologue, à qui ma façon de marcher et de bouger donna l’idée de m’inscrire dans une première école de la région lyonnaise d’où je suis originaire. J’y suis peu resté, car je trouvais qu’on y travaillait mal. Je suis alors entré dans un établissement privé de Lyon, où j’ai travaillé jusqu’à 14 ans. On m’a alors aiguillé vers l’École de l’Opéra où j’ai été admis en quatrième division. J’ai fait la troisième division en même temps et trois ans plus tard, à 17 ans, j’ai intégré le Corps de Ballet.

     

    Avoir commencé la danse relativement tard a-t-il été un handicap ?

    Je l’ai pensé jusqu’au moment où j’ai passé le Diplôme d’État qui nous permet d’enseigner. J’ai alors appris comment se passent les débuts des très jeunes enfants, mais j’ai constaté aussi que ma première approche, plus instinctive, moins structurée, n’avait finalement pas été moins bonne.

    En outre, dès ma première année à l’École de l’Opéra, j’ai eu la chance de travailler avec Lucien Duthoit. Ce fut une vraie révélation, car je ne savais pas encore si j’allais faire de la danse mon métier. Avec lui, un vrai maître, j’ai compris comment on pouvait travailler, faire un authentique apprentissage.

    L‘année suivante, avec Gilbert Meyer, ce fut aussi passionnant. En première année, j’ai eu plus de mal avec Serge Golovine, mais Jacques Namont est arrivé en cours d‘année et ce fut à nouveau formidable. Ces trois maîtres ont été déterminants pour moi. Lucien Duthoit m’avait donné le goût du travail, avec rigueur et exigence, mais aussi avec humour. Il m’a vraiment marqué.

     

    Une fois dans le Corps de Ballet, comment envisagiez-vous le déroulement de votre carrière ? Quels étaient vos espoirs, vos ambitions ?

    Je ne pensais pas du tout en terme d’ambition ou de projets à long terme. Je cherchais seulement à bien faire ce qui m’incombait. Je n’étais pas obsédé par l’idée de monter au plus vite à l’échelon supérieur. Cela n’a d’ailleurs pas changé. J’ai d’abord essayé d’être un bon Quadrille, puis un bon Coryphée, puis un bon Sujet, maintenant un bon Premier Danseur, et aujourd’hui de bien danser les rôles que l’on me donne, sans m’attendre chaque fois à être nommé Étoile. Les progrès viennent tout seuls quand on travaille. Tout se fait par étape, en assumant bien les rôles qu’on vous confie.

    Je n’avais que 19 ans et j’étais Coryphée quand on m’a donné l’Après midi d’un faune. À cet âge-là, on rêve plutôt de Don Quichotte ou de Giselle, mais pour moi, c’était un ballet mythique. Tout comme Ivan le terrible qu’on m’a confié en 2003. J’ai chaque fois essayé d’adapter mon travail. Maintenant, comme Premier Danseur, je sais qu’il ne s’agit plus de faire une fois de temps en temps un rôle de soliste, mais que c’est tous les soirs. Je l’ai compris quand j’ai fait Morel dans les Intermittences du cœur de Roland Petit la saison dernière. Il fallait avoir une régularité sur quatorze spectacles. C’est cela que j’ai travaillé.

    Ce qui m’est arrivé avec la Dame aux camélias est une grande chance. C’est un rôle superbe, dans un très grand ballet, avec une partenaire exceptionnelle, Agnès Letestu, et une distribution d’Étoiles. Et en plus, pour faire un film. Cela m’a apporté beaucoup et donné envie de travailler davantage.

     

    Être choisi par des chorégraphes comme Grigorovitch pour Ivan le Terrible ou Roland Petit, n’est-ce pas le meilleur des encouragements ?

    C’est vrai que certaines circonstances peuvent vous être favorables, quand vous êtes prêt. Pour Ivan le Terrible, Brigitte Lefèvre m’avait mis comme remplaçant sur le rôle, ce qui a permis à Youri Grigorovitch de me voir de me choisir en alternance avec les Étoiles, et même de m’inviter ensuite en Russie.

    Ce fut encore le cas pour Morel, où Brigitte Lefèvre m’a proposé pour remplacer un danseur Étoile qui était blessé. Il fallait quelqu’un dont la taille corresponde à celle d’Hervé Moreau qui incarnait Saint-Loup. Pour Armand encore, je devais faire un spectacle, avec Isabelle Ciaravola. Je connaissais donc le rôle que je travaillais depuis plusieurs semaines. Il a donc fallu simplement que j’accélère ma préparation. John Neumeier et Agnès Letestu m’ont beaucoup aidé.

     

    Après ces grandes expériences, auxquelles il faut ajouter les Paquita que vous avez dansés au moment des fêtes de fin d’année 2007, quel type de personnages avez-vous envie d’incarner ?

    Je me suis longtemps vu plutôt dans des personnages assez troubles, comme Ivan, Rothbart ou Tybalt. Dans mon travail avec Roland Petit sur Morel, j‘ai eu l’impression de toucher une palette plus large, impression confirmée quand j’ai dansé Lucien dans Paquita, un personnage totalement à l’opposé d’Ivan le terrible. J’ai adoré le danser, ce qui m’a surpris. Je ne peux donc plus me dire que suis plutôt fait pour tel ou tel type de personnage. Amand, qui est un grand rôle romantique, m’a aussi passionné. Je pense que je dois maintenant être ouvert à tout.

     

    Qu’est-ce qui vous donne le plus et le moins de plaisir dans le métier de danseur ?

    La vie m’a appris que c’était un privilège d’être en assez bonne santé pour pouvoir faire sa barre tous les matins. La barre, c’est donc un plaisir, le premier de la journée. Ensuite, découvrir un personnage, travailler avec une partenaire. Armand, je l’ai bâti d’abord avec Isabelle Ciaravola, puis avec Agnès Letestu, et aussi en répétition avec Clothilde Vayer. La cerise sur le gâteau, c’est la rencontre avec les chorégraphes et avec ceux qui ont créé les rôles. J’ai pu par exemple rencontrer Rudy Bryans quand j’ai dansé l’Arlésienne.

    Ce qui peut peser, ce sont les douleurs, les jours où l’on ne s’aime pas, où l’on ne veut pas se regarder dans le miroir. Le plus pénible, pour moi, c’est justement le miroir. Je n’aime pas l’image qu’il me renvoie et qui ne correspond jamais à celles que j’ai dans la tête. Me voir en vidéo est toujours pénible pour les mêmes raisons. J’essaie toujours de courir après l’image idéale sans être rattrapé part la mienne !

     

    Avez-vous déjà une idée de ce que danserez la saison prochaine ?

    En début de saison, je serai sur la création des Enfants du paradis de José Martinez et sur le deuxième pas de deux de In the night de Jerome Robbins. Ensuite, il y aura Morel dans les Intermittences du cœur, probablement Abderam dans Raymonda, peut-être l’Arlésienne.

     

    En dehors de la scène et de la danse, quel personnage êtes-vous ?

    Je suis plutôt timide et discret, assez réservé. Certaines personnes disent que je leur fais peur, mais en dépit des apparences, je suis gentil ! En fait, j’ai pas mal de passions différentes. J’aime apprendre par moi-même. J’aime la photo, la moto, la cuisine, la pêche à la mouche. J’adore passer du temps dans la nature et le silence. Si je prends des vacances, ce qui est rare, ce sera plutôt à la montagne ou bien pour une randonnée en kayak au Spitzberg, ce que j’ai failli faire cette année, avant d’y renoncer ! Mais surtout respirer, prendre l’air !

     

    Si on vous donnait le choix d’un ballet à danser, lequel choisiriez-vous ?

    Le Spectre de la rose, ou bien le Jeune homme et la mort.

     

    Le 15/07/2008
    Gérard MANNONI



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