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ENTRETIENS 19 août 2017

Christophe Bertrand, compositeur du vertige
© Pascale de Srebnicki

À 27 ans, il est le jeune protégé de Boulez et Dusapin. Le compositeur Christophe Bertrand est la tête d'affiche du prochain festival Musica de Strasbourg, qui débute ce samedi, et fera l'événement avec la création de son Concerto pour deux pianos Vertigo, qui, comme son nom l'indique, promet un suspense hitchcockien et le plus rigoureux vertige.
 

Le 17/09/2008
Propos recueillis par Laurent VILAREM
 



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  • Votre pièce Vertigo qui sera créée le 20 septembre au festival Musica de Strasbourg est un concerto d'un genre assez rare, pour deux pianos.

    L'idée des deux pianos me trottait dans la tête depuis longtemps. Deux pianos afin de démultiplier l'instrument mais également de superposer des vitesses différentes. Je souhaitais que les deux instruments jouent les mêmes parties, sans que celles-ci se complètent, ou alors de façon décalée, à la manière d'un brouillage. J'ai vraiment essayé de donner en musique comme une sensation éthylisée.

    De plus, ce n'est pas un concerto dans le sens classique du terme : certes, les pianos ont une partie beaucoup plus difficile que les autres instruments, mais ils peuvent être les instigateurs des actions de l'orchestre, comme en devenir une partie intégrante. J'ai essayé par-dessus tout de conserver une liberté rhapsodique.

     

    Pourquoi Vertigo ? Une référence au film d'Hitckcock ?

    Vertigo parce que je ne cherche pas à créer pour l'auditeur le bain confortable d’une musique néo-tonale que j'exècre. J'avais parlé de sensation éthylisée mais j'espère que c'est une musique qui donnera vraiment le vertige ! Il y a un passage aux trois quarts de la pièce qui devient littéralement vertigineux, avec des clusters qui passent de l'extrême grave à l'extrême aigu et qui accélèrent jusqu’à 200 à la croche. La référence à Hitchcock va également dans le sens d'une dramaturgie tout en suspense.

     

    Cette notion d'énergie était déjà frappante dans votre œuvre Mana, qui avait été jouée à Musica l'an dernier. Mais il semble que la vitesse prenne une place de plus en plus prépondérante dans votre production ?

    Depuis toujours, la virtuosité et la grande vitesse me fascinent. En contrepartie, je dois avouer que paradoxalement, je suis un grand amateur de musiques très lentes comme les Adagios des symphonies de Bruckner, ou dans la musique populaire de groupes comme Antony and the Johnsons ou Sigur Rós !

    Pour cette pièce, je ne pensais pas parvenir à écrire vingt minutes en flux rapide, mais plus j'y réfléchis, moins j'arrive à écrire de la musique lente. Comme dans ma pièce Satka qui a été créée au dernier festival d'Aix, j'essaie, peut-être est-ce parce que j'ai peur du silence, de créer une musique qui ne s'arrête jamais, qui reste en perpétuelle agitation.

    Et un compositeur qui m'intéresse beaucoup pour cela est Richard Strauss, qui écrit toujours de façon virtuose de manière à impliquer tous les musiciens. Ce n'est pas pour rien que ses œuvres ont un tel impact, il en ressort quelque chose d'électrisant.

     

    Lors de la remise du prix Hervé Dujardin de la SACEM l'an passé, qui récompense le parcours d'un jeune compositeur, vous aviez remercié Pierre Boulez et Pascal Dusapin de l'aide qu'ils vous avaient apportée. Font-ils également partie de vos références dans la musique du XXe siècle ?

    Oui, et j'admire les hommes et les compositeurs, avec qui j'ai gardé des contacts, qui m'ont beaucoup apporté sur le plan personnel. Mais je dois dire qu'avant tout, mon dieu, ma référence absolue, c'est György Ligeti. Quand j'étais jeune, j'étais assez réfractaire à la musique du XXe siècle, seuls Mozart et Beethoven existaient pour moi.

    Au Conservatoire, on était pourtant bien obligé de faire de la musique contemporaine et un jour je me souviens avoir acheté à la Fnac un disque avec le Concerto de chambre de Ligeti. Cela a été une véritable révélation. Comment pouvait-on écrire une musique pareille, aussi complexe, aussi unique et en même temps aussi directement parlante ?

    Parmi les autres compositeurs, la musique de Steve Reich m'a beaucoup intéressé par sa richesse rythmique prodigieuse, et l'énergie, la violence même des pièces d'orchestre de Xenakis m'ont également beaucoup frappé. Je m'inscris cependant dans le sillon de la musique française. J'aime ce qui sonne bien. On dit souvent en psychanalyse que soit on s'oppose au modèle, soit on l'adopte. J'ai décidé de l'accepter !

     

    Quels sont vos projets ?

    Je suis pianiste et directeur artistique de l'ensemble In extremis, et nous jouerons à Musica l'un des programmes parmi les ambitieux et les plus exigeants de tout le festival, avec notamment Vortex Temporum de Grisey qui est une pièce assez incroyable. En novembre, j'aurai la création à l'Auditorium du Louvre d'un trio avec flûte, alto et harpe qui s'appelle Dall'inferno.

    Et enfin, j'ai quatre commandes en cours, une de l'Orchestre Philharmonique de Strasbourg, une autre (d’une demi-heure) de l'Intercontemporain et du Concertgebouw qui sera créée en 2010 à Amsterdam, une troisième de Radio France pour l'Orchestre national de Bordeaux, ainsi qu'un quatuor à cordes d'une vingtaine de minutes pour les Arditti.

    J'ai très envie d'écrire pour orchestre une musique folle, bouillonnante, frénétique. Car la musique lente n'est pas moi. En tout cas pas en ce moment !




    À voir :
    Vertigo, festival Musica de Strasbourg, Salle Érasme du Palais de la Musique et des Congrès, 20 septembre à 20h30.
    Concert de l’Ensemble In Extremis, festival Musica, Auditorium France 3 Alsace, samedi 4 octobre, 15h.

    À consulter :
    www.christophebertrand.net
    www.festival-musica.org

     

    Le 17/09/2008
    Laurent VILAREM



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