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ENTRETIENS 11 aoűt 2020

Horacio Sanguinetti, des nouvelles du Teatro ColĂłn

Depuis maintenant un an et demi, le Teatro Colón est fermé pour cause de travaux. Le théâtre devait soi-disant rouvrir cette année, à l’occasion de son centenaire. On parle désormais du 25 mai 2010, bicentenaire de la République Argentine. Horacio Sanguinetti est entré en fonctions comme Directeur général du Teatro Colón en novembre 2007, au beau milieu de la crise.
 

Le 15/09/2008
Propos recueillis par Arthur RICHER
 



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  • Vous avez rĂ©cemment voyagĂ© en Europe et ĂŞtes passĂ© par la France. De quoi Ă©tait-il question lors de ce voyage ?

    Je me suis rendu en Europe, en Italie et en France. Je suis d’abord allé à Paris, puis j’ai pris un TGV pour Toulouse, où j’ai rencontré Nicolas Joel, qui deviendra directeur de l’Opéra de Paris l’année prochaine. Il était inutile de rencontrer son directeur actuel, Gerard Mortier, qui ne sera plus là dans un an à peine. J’ai aussi rencontré Brigitte Lefèvre, la Directrice de la danse, et nous avons parlé d’une possible coopération entre nos deux théâtres en ce qui concerne le ballet.

    Je me suis aussi occupé d’un projet d’exposition autour du Teatro Colón, au Bon Marché. Au début, elle devait avoir lieu cette année, mais il y a eu un problème de superposition avec une autre exposition, en place actuellement, alors nous espérons que ce sera pour l’année prochaine. C’est une très belle exposition, avec des affiches, des costumes installés partout dans le magasin.

    J’aimerais également beaucoup faire quelque chose en 2011, pour l’année de l’Amérique latine en France. Je pensais à produire un acte de l’Aurora de Luigi Illica, en italien – la version en castillan est atroce – pour que l’on chante la Chanson au drapeau, qui est chantée jusqu’à aujourd’hui dans toutes les écoles argentines.

    J’ai également pu parler avec beaucoup de monde, et je me suis rendu compte qu’il existait une grande préoccupation en Europe autour de ce qui se passait au Colón, et que notre théâtre a une très belle image là-bas.

     

    À la fin de son concert du 1er juin au Luna Park, Daniel Barenboïm, né à Buenos Aires, a dénoncé ces retards dans les travaux. Que lui répondez-vous aujourd’hui ?

    Nous nous sommes entretenus, avec Barenboïm, dans mon bureau, et il m’a demandé ce qui s’était passé. La réponse est très simple : le gouvernement de la ville a perdu les élections et n’a plus payé. Par chance, les entreprises en charge des travaux n’ont pas interrompu leur travail, mais l’ont réduit au minimum. Quand elles avaient une centaine d’ouvriers auparavant, elles n’en laissaient plus que cinq sur le site, ce qui est mieux que rien.

    Désormais, nous avons engagé une nouvelle entreprise espagnole, la SYASA, qui apparemment est excellente. Je n’y connais rien en architecture ou en ingénierie, mais on m’a dit qu’elle était de très bonne qualité. Maintenant, j’exige des priorités qui n’ont jamais été fixées : la salle et la scène, le principal étant que nous puissions disposer d’un théâtre en état de marche. Après, quant à la rénovation de la façade du théâtre, on pourra s’y atteler une fois la salle rouverte.

     

    Mais que répondez-vous aux critiques de Barenboïm ?

    Je partage ce qu’il dit, Ă  savoir que « quelque chose ne va pas Â», ce qui est parfaitement vrai. Cela ne peut fonctionner ainsi : sept ans de travaux, un an et demi de fermeture, c’est une honte ! En cent ans d’histoire, personne n’avait reçu le théâtre comme je l’ai reçu.

    Mais Barenboïm doit bien comprendre que la responsabilité repose sur d’autres épaules. Je me plains du fait que la presse ne fasse aucune publicité sur ce qui fonctionne bien. En plus, elle ment en disant par exemple que nous avons fait sortir le public de la salle, elle ne fait que colporter des légendes et des mensonges.

     

    Quelles ont été vos relations avec le Chef du Gouvernement, Mauricio Macri, qui, quand vous êtes entré en fonctions, a déclaré soutenir les efforts du Colón pour se rénover ?

    Nous avons un appui très fort de Macri. Nous nous rĂ©unissons tous les quinze jours. Le problème n’était pas avec Macri mais avec son prĂ©dĂ©cesseur, qui a cessĂ© de payer lorsqu’il a perdu les Ă©lections. Et il y a eu un laps de temps très long entre le moment de l’élection et le moment oĂą Macri est entrĂ© en fonctions, pendant lequel nous n’avons pas reçu d’argent. Alors, et je n’étais pas encore Ă  ce poste, je leur disais dĂ©jĂ  : « en mai, le théâtre ne sera jamais ouvert, c’est impossible ! Â». Maintenant, l’optimisme tient au fait que nous avons engagĂ© une nouvelle entreprise qui va diriger les travaux, et cela devrait se mettre en marche le plus tĂ´t possible. Dès que l’argent sera lĂ  !

     

    En quoi consistent ces travaux de « rĂ©novation et modernisation Â» ?

    C’est une œuvre immense. Cela a commencé par les toits, qui étaient un désastre. Imaginez que l’on ait commencé les travaux, et à la première pluie, il aurait fallu tout recommencer ! On doit aussi rénover les salles de répétition et les loges des artistes.

     

    Que reste-t-il à faire aujourd’hui ?

    Il reste à rénover la salle et la scène. Le foyer et le salon doré sont intacts, il n’y a donc pas de raison de s’y attarder. Ma position est très conservatrice : il faut faire ce qui est nécessaire pour produire de l’art dans le théâtre, le reste est du détail. D’ailleurs, je suis parfois en accord avec les critiques : il y a des choses coûteuses et inutiles. Par exemple, il y avait un projet de faire tourner un monte-charge, qui était très dispendieux et inutile, alors on a laissé tomber pour se consacrer véritablement à l’essentiel.



    © Maximo Parpagnoli

     

    Existe-t-il un risque pour la fréquentation du Colón après de plus de deux ans de fermeture ?

    Cette situation a été rencontrée par d’autres théâtres, comme la Scala, ou ceux qui ont brûlé, comme celui de Barcelone. Il n’y a pas de quoi se scandaliser. Pour cela, la permanence en poste est nécessaire. Moi je ne resterai pas, mais c’est l’idée, et celle du Chef du Gouvernement. On est dans une période difficile, mais tout problème a une solution. Quand les gens pourront à nouveau entrer dans la salle principale, ou dans le salon doré, avec cette esthétique qui sera merveilleuse et l’acoustique de toujours, ils reviendront naturellement au Teatro Colón.

     

    Comment va Ă©voluer le budget du ColĂłn ?

    Il ne diminuera jamais, il va même augmenter avec les économies que nous réaliserons sur les locations actuelles de salles de spectacle et de répétition. C’est un budget acceptable. Nous comptons également beaucoup sur le mécénat : les gens paient pour le Colón et apparaître dans le programme est une grande chose pour eux.

     

    Quelles ont été vos relations avec les autres théâtres dans lesquels se déroule la saison du Colón ?

    Nous avons dû les louer, et ils nous ont fait payer cher, pour de mauvaises conditions. Non seulement on payait pour les représentations, mais également pour les répétitions, ce qui ne nous offrait pas les conditions de travail optimales. Ne pas avoir son théâtre est terrible.

    Le Teatro Coliseo, où la majorité de la saison 2007 s’est déroulée, n’est pas adapté pour l’opéra : il est cher et a une très mauvaise acoustique. Par chance, il y a d’autres théâtres, qui ne nous font pas payer, comme l’Auditorio de Belgrano, ou le Teatro Ópera. Maintenant, pour les festivités, il y a deux à trois concerts par semaine. Ce qui est énorme, il est vrai.

     

    Comment se sont déroulées ces festivités du centenaire ?

    Dans une joie immense. Les journaux ont dit qu’elles étaient tristes, mais ce n’est pas vrai. Le premier à être en colère, le premier à être triste, c’est moi. Les célébrations, surtout celles du 25 mai, furent merveilleuses. Le salon doré avait été ouvert au public le matin. Beaucoup de monde est venu, plus de deux mille personnes, et notamment beaucoup d’enfants. Elles ont pu voir un Barbier de Séville en castillan, puis nous avons coupé un gâteau, avec tout le monde qui chantait Joyeux anniversaire ! Et les journaux ne sont même pas venus…

    Dans la soirée, à 17h, il y a eu un premier concert au Teatro Ópera, avec trente chanteurs argentins, et la Orquesta Estable del Teatro Colón. Tous d’âges et de parcours très différents. Il y a eu une autre représentation le mardi 27, avec trente autres chanteurs, ce qui fait soixante au total ! Ce n’était pas un concert de recherche de nouveaux talents, mais un concert pour rendre hommage au Colón et à tous ceux qui ont fait sa gloire.Il s’est terminé par le Va pensiero de Nabucco, que tout le monde chantait ! Les gens pleuraient d’émotion, s’embrassaient sans même se connaître. C’était un grand moment de bonheur.

    Il y a aussi une autre partie des festivités qui se poursuit, avec par exemple une exposition à Washington, dans les salons de la Banque Interaméricaine de Développement. Je l’ai inaugurée le 20 mai, conjointement avec l’ambassadeur d’Argentine aux États-Unis. J’ai donné une conférence le lendemain avec une foule que je n’aurais jamais imaginée. Il y avait une moitié de Nord-Américains et une moitié d’Argentins nostalgiques qui venaient me voir pour me raconter leurs souvenirs au Colón, avec beaucoup d’émotion. Il n’y en a pas eu un mot d’écho dans les journaux.



    © Maximo Parpagnoli

     

    Qu’est-ce qui vous a fait accepter ce poste de Directeur Général du Teatro Colón, dans une telle situation ?

    Je l’ai accepté parce que c’est un défi, et parce que j’aime ce théâtre : il est la raison pour laquelle je ne vis pas à la campagne. J’ai deux amours institutionnels dans ma vie : le Colegio Nacional et le Teatro Colón – que j’ai foulé pour la première fois en 1943 et dans lequel j’ai tout vu. J’ai eu la chance de diriger ces deux institutions, bien que ce soit aujourd’hui un défi brutal.

     

    Quels sont vos projets pour la réouverture du Colón ?

    Nous sommes très enthousiastes. Pour le 25 mai 2010, je rêve d’une grande représentation. Plácido Domingo viendra diriger Aïda. La première saison sera glorieuse. Après cela, j’irai passer six mois dans ma maison de campagne, puis j’irai à Paris !

     

    Le 15/09/2008
    Arthur RICHER



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