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ENTRETIENS 15 décembre 2018

Xavier de Maistre redynamise la harpe
© Udo Titz

Depuis Marie-Antoinette, la harpe est un instrument féminin. Xavier de Maistre fait voler ce cliché en éclat. Harpiste solo du Philharmonique de Vienne, il poursuit parallèlement une carrière de soliste. Entre son récent récital parisien des Bouffes du Nord, un CD Haydn et un concert tout proche au TCE avec Riccardo Muti, il se raconte.
 

Le 11/01/2010
Propos recueillis par Nicole DUAULT
 



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  • Êtes-vous apparenté à l’autre Xavier de Maistre (1763-1852), écrivain du Voyage autour de ma chambre et frère du philosophe Joseph de Maistre ?

    Xavier n’a pas eu d’enfant. Je suis l’arrière-arrière petit fils de Joseph de Maistre. Quand on tapait sur internet, on ne trouvait sous mon patronyme jusqu’à une date récente, je dirais quelques semaines, que l’écrivain. Depuis peu, j’apparais aussi !

     

    Comment fait-on, quand on a un nom pareil, pour exister ?

    Mon ambition n’est pas de devenir célèbre mais de vivre ma passion. C’est pour cela que je n’ai pas choisi la littérature. J’ai fait Sciences-Po. Mais en portant ce nom-là, dans le cours Idées politiques, je me suis trouvé face à un programme consacré à Joseph de Maistre. Ce n’était guère facile !

    Ce qui est amusant, c’est que je joue en Allemagne et en Autriche où récemment est ressorti en livre de poche et en allemand le texte de Xavier de Maistre. Et certains de mes confrères m’ont dit : « tu écris des livres maintenant ? » Ma famille est très conservatrice et il n’y avait jamais eu de musicien classique. Mes parents ont éprouvé une certaine inquiétude. C’est la raison pour laquelle j’ai dû faire des études classiques avant de m’adonner à ma passion.

     

    Comment êtes-vous devenu musicien ?

    Une suite de hasards. Je suis né à Toulon. Mes parents m’ont inscrit au conservatoire pour faire un peu de musique. Le professeur de harpe venait d’arriver. Elle n’avait pas assez d’élèves et assurait aussi le cours de solfège. J’ai atterri dans sa classe. J’avais 9 ans. Je suis tombé amoureux de la harpiste blonde, puis de la harpe. Ce fut une histoire d’amour avec le professeur avant d’être celle avec l’instrument. J’avais des facilités évidentes avec l’instrument. Je ne voulais pas faire de piano, ni de violon mais quelque chose de plus original.

    Alors qu’après Sciences-Po j’allais entrer à l’ENA, ma rencontre avec le harpiste espagnol Nicanor Zabaleta, qui était mon idole, a été déterminante. Il m’a convaincu en me disant : « Dans les grands corps de l’Etat, il y a plein de gens comme vous, mais des harpistes de votre niveau, il n’y en a pas ».

    Quand j’étais à Londres, à la London School of Economics, je n’avais pas ma harpe, tous les soirs j’allais au concert. J’ai vu ainsi filer toutes mes économies. Alors j’ai pensé que je ne pouvais pas continuer sans ma harpe et j’ai décidé de vivre mes rêves. À 22 ans, je suis entré à l’Orchestre de la Radio bavaroise avec Lorin Maazel, puis, deux ans plus tard, au Philharmonique de Vienne, qui est selon moi le plus grand orchestre du monde.

     

    Après cela, quelle évolution était possible ?

    À Vienne, c’était un peu la déprime. Il n’y avait plus rien à atteindre. Or, j’ai réalisé plus que mes rêves. Mon professeur me disait qu’en tant que harpiste, il n’était pas possible de faire une carrière de soliste. J’avais des envies comme les concertos de Haydn que j’entendais au piano et je me disais qu’ils sonneraient très bien à la harpe.

    J’adore le chant et accompagner des chanteurs me fascinait. J’ai rencontré Diana Damrau, Barbara Bonney qui ont décidé de travailler avec moi. Nous avons proposé ces duos à des agents. C’était il y a cinq ans. Cela a marché et tout le monde nous veut. On a joué à la Scala ; l’an prochain nous serons à Carnegie Hall, à l’Opéra Garnier et au Japon. Quand Sony m’a demandé ce que je voulais enregistrer, j’ai choisi les concertos de Haydn.

     

    La harpe ça fait très bonne femme, bonne famille…

    Le fait d’être un homme débarrasse les idées reçues qui feraient de la harpe un instrument de salon depuis Marie-Antoinette. Cela le change d’image. C’est un instrument à part entière, un instrument spectaculaire qu’il faut défendre avec panache. Quand je donne des concerts avec Diana Damrau ou Barbara Bonney, les spectateurs me paraissent aux anges !

     

    Le répertoire pour harpe de compositeurs connus est plus que restreint.

    Oui, à part le Concerto pour flûte et harpe de Mozart, le concerto de Haendel, un peu de Boieldieu c’est à peu près tout. Au XXe siècle, on trouve des partitions intéressantes de Rodrigo, de Villa-Lobos ou le concerto de Ginastera que je vais jouer prochainement avec l’Orchestre national sous la direction de Riccardo Muti. Je sors de ce répertoire étroit en faisant des adaptations. Je ne dis pas des transcriptions parce que je ne change rien au texte, je reprends la partie de piano et je la joue à la harpe. Ce n’est pas une version pour harpe.

     

    Pourquoi avoir choisi Haydn pour votre disque ?

    Haydn est à mon avis sous-estimé. Le Concerto en ré, je le connaissais comme tout le monde. J’en ai parlé autour de moi, aux chefs Simon Rattle, à Neville Marriner : ils ont trouvé cela très défendable et sans aucun problème d’équilibre. L’orchestre est dans ces œuvres très réduit et c’est là que la harpe sonne le mieux. C’est une relecture intéressante.

     

    Vous donnez votre premier concert à Paris avec un orchestre français…

    J’ai un problème avec la France. Je n’ai pas étudié au Conservatoire de Paris et je n’ai jamais joué avec un orchestre français avant les concerts à venir des 14 et 15 janvier. Je n’ai aucun contact avec les milieux musicaux. J’étais impatient. Mais ce concert avec le National et Riccardo Muti valait le coup d’attendre. Les portes s’ouvrent et j’ai en perspective des récitals. J’ai envie de retrouver mon pays natal. Et puis j’ai plein d’idées, mes cinq prochaines années sont remplies avec notamment un disque d’œuvres très populaires comme le Concerto d’Aranjuez et un autre consacré à Vivaldi-Bach !

     

    Rostropovitch a redynamisé le violoncelle, faites-vous la même chose pour la harpe ?

    Nicanor Zabaleta l’a déjà fait. Être bon harpiste ne suffit pas, il faut avoir des idées. Le déclencheur a été, en pleine crise du disque, de convaincre une major de me consacrer un enregistrement.

     

    Commandez-vous des créations à des compositeurs contemporains ?

    J’attends que mon nom soit bien installé. André Prévin m’a composé une œuvre et j’aimerais que Nicolas Bacri ou Kaija Saariaho m’écrivent également des pièces.




    À voir :
    Concerto pour harpe de Ginastera avec l’Orchestre national de France sous la direction de Riccardo Muti les 14 et 15 janvier au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.

    À écouter :

    Hommage à Haydn, Xavier de Maistre (harpe), Radio-Symphonieorchester Wien, direction : Bertrand de Billy, CD RCA Red Seal / Sony masterworks 88697 426992

     

    Le 11/01/2010
    Nicole DUAULT



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