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ENTRETIENS 20 aoűt 2019

Patrice Bart, un demi-siècle à l’Opéra
© Icare

Entré à quatorze ans et demi dans la compagnie, danseur Étoile applaudi dans le monde entier, puis Maître de ballet associé à la Direction de la Danse, chorégraphe, à l’occasion de la reprise de son Coppélia, Patrice Bart se retire après cinquante quatre ans passés à l’Opéra de Paris. Un parcours fabuleux.
 

Le 16/03/2011
Propos recueillis par GĂ©rard MANNONI
 



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  • Au moment de quitter l’OpĂ©ra de Paris, quel regard portez-vous vous sur l’étonnant parcours que vous y avez accompli ?

    J’ai, sans orgueil aucun, le sentiment d’avoir accompli quelque chose. Je n’ai pas de regrets, ni de frustrations. Mais rien n’était planifié. Je savais seulement ne pas vouloir devenir professeur.

    C’est Rudolf Noureev, quand il est arrivé, qui m’a donné envie de prendre l’ultime tournant de ma carrière. Je voulais mieux le connaître, travailler avec lui. J’étais sur la fin de ma carrière de danseur Étoile et cela s’est fait naturellement. Avoir tout appris avec lui, comment on réalise une production en choisissant un décorateur, un éclairagiste, toute une équipe, m’a aussi permis d’accepter les premières propositions de chorégraphie qui me furent faites.

    Nous venions de faire son Don Quichotte et il voulait le donner à Berlin qui a préféré me demander d’en imaginer un. Je venais de remonter sa Belle au bois dormant, mais je n’avais jamais fait cinq minutes de chorégraphie personnelle avant. Rien n’avait été planifié en ce sens non plus dans ma carrière. On m’a ensuite souvent demandé des ballets biographiques, sur Tchaïkovski, Gustav III, Chopin. Cela allait dans le sens de ce que j’aime, raconter des histoires.

     

    Quand vous avez été nommé Maître de ballet à l’Opéra, était-ce un changement complet d’univers, de rapport avec vos collègues ?

    Ce fut très facile, d’autant plus que j’ai encore dansé pendant quatre ou cinq ans. Plus les premiers grands rôles du répertoire, mais par exemple le Rothbart du Lac des cygnes de Noureev que j’ai créé. J’étais encore du côté des danseurs. Je ne pense pas qu’il faille continuer à danser trop longtemps quand on est passé de l’autre côté, mais cela aide à faire la liaison.

    On reste avec les préoccupations du danseur tout en essayant de comprendre comment les résoudre quand on est en face. C’est une maison qui s’y prête facilement. Comme Étoile, j’avais un bon rapport avec les danseurs et ils ont été contents de me voir arriver à ce poste.

     

    Chorégraphier pour le Ballet de l’Opéra fut-il aussi naturel et facile ?

    Ce fut nettement plus stressant ! Quand on fait une grosse production pour une grande compagnie avec un gros budget, qu’il faut engager un décorateur connu, des éclairagistes connus, les coûts sont considérables et la responsabilité que l’on prend est vite angoissante. Au début, je l’ai vécu assez difficilement, et puis, quand j’ai eu fait plusieurs grands ballets ailleurs aussi, je m’y suis habitué.

     

    Comme Étoile, vous aviez la réputation d’être très perfectionniste. L’êtes-vous resté au même degré comme Maître de ballet et associé à la direction de la danse ?

    Je me suis toujours totalement investi dans ce je j’ai fait. En outre, j’ai toujours adoré travaillé avec un Corps de ballet, beaucoup plus qu’avec des Étoiles. C’est un matériau fabuleux, comme une sculpture que l’on façonne en organisant les groupes, en faisant comprendre la musique. C’est fascinant de voir comment on part de rien et comment tout prend forme au fil des répétitions. On s’y laisse prendre soi-même.

     

    Avec ce souci de perfection, avez-vous eu quand-même le sentiment d’être parfois parvenu à réaliser vraiment ce que vous imaginiez ?

    Certains soirs, oui, mais la plupart du temps je vois encore quelque chose à travailler, à préciser. De plus, quand on travaille avec le Corps de ballet en studio, on manque de recul, de vision globale. Quand on arrive aux répétitions sur scène, de la salle, on a une perception souvent plus complète et l’on voit ce qui peut être amélioré par rapport à l’espace, par rapport à la lumière.

    Pour un artiste, il est très important de savoir prendre la lumière, celle qui va vous mettre en valeur. Une lumière mal prise peut vous détruire complètement. Tout cela ne peut se faire qu’en arrivant aux répétitions de plateau et à la première, on trouve encore des choses à ajuster.

     

    Modifiez-vous aussi vos chorégraphies quand vous les reprenez ?

    Je ne change rien d’essentiel, mais je retravaille le détail des rapports entre les personnages. J’adore travailler sur la mise en scène quand la chorégraphie est faite. Je pars alors dans une autre démarche.

     

    Votre carrière de Maître de ballet à l’Opéra s’arrête, mais continuez-vous votre carrière de chorégraphe ?

    J’ai des projets que je ne peux pas encore annoncer, mais je compte continuer si possible. Ces dernières années, il m’était souvent difficile de concilier ce travail de chorégraphe et mes responsabilités à l’Opéra. Cela devenait un peu lourd. Je vais pouvoir maintenant m’organiser plus sereinement ! Et puis, j’aime beaucoup la vie et je saurais très bien utiliser le temps libre qui pourra désormais me rester !

     

    Quel est celui de vos ballets que vous préférez ?

    C’est difficile à dire. J’avais beaucoup aimé La petite danseuse de Degas et Coppélia mais aussi en particulier le ballet sur la vie de Tchaïkovski fait à Helsinki en 2005. En fait, je les aime tous, mais en voyant ce qui est bien et ce qui peut être amélioré. Je me rends compte que je travaille aujourd’hui de manière plus construite, mieux en équipe. Au début, j’y allais d’abord à l’instinct.

     

    En plus d’un demi-siècle de présence et de travail à l’Opéra, quelle évolution avez-vous constatée en tous domaines chez les danseurs ?

    Nous étions plus tout fous et moins gardés dans le coton. On avait un désir fou de prouver quelque chose et on fonçait. Aujourd’hui, ils sont beaucoup plus prudents, plus mesurés. Nous étions, c’est vrai, confrontés à moins de styles différents. Il est sans doute plus difficile pour eux de s’adapter en passant d’un style à l’autre. De toute façon, le monde a changé. Les gens sont beaucoup plus assistés, se prennent moins en charge.

    En outre, la structure en pyramide du ballet classique, indispensable à sa survie, n’est pas du tout démocratique et donc en contradiction avec les aspirations des nouvelles générations. Mais cette structure pyramidale est la base même du ballet classique. Le jour où elle n’existera plus, le ballet disparaîtra aussi. Je pense aussi qu’aujourd’hui, on cherche à créer l’émotion plus par la performance technique que par la beauté du geste.

     

    Avoir Laurent Hilaire, autre grande Étoile, comme successeur sur ce poste de Maître de ballet associé à la direction de la danse vous paraît-il une filiation naturelle ?

    Absolument. Laurent a été nommé Étoile par Noureev sur le poste que je quittais. C’est donc un héritage naturel !

     

    Le 16/03/2011
    GĂ©rard MANNONI



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