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ENTRETIENS 18 novembre 2018

Jean-Philippe Collard,
la renaissance de la salle Colonne

Après bien des années de demi-sommeil, la salle Colonne, construite en 1937, revient à la vie dans le treizième arrondissement de la Capitale. Une série de vingt-et-un concerts du grand pianiste Jean-Philippe Collard va l’inaugurer. Pour deux cents personnes, des récitals autour de Liszt, dans un climat d’intimité romantique.
 

Le 28/03/2011
Propos recueillis par Gérard MANNONI
 



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  • Quelle est l’origine de cette salle Colonne que vous allez inaugurer avec une série de vingt-et-un concerts autour de la Sonate en si de Liszt ?

    Elle a été construite boulevard Blanqui en 1937 et appartenait à l’origine à la Chambre Syndicale Typographique parisienne qui y tenait ses réunions. Appelée Akustika ou salle Blanqui, elle a longtemps servi de studio d’enregistrement à Philips. À l’initiative de Laurent Petitgirard, directeur musical de l’Orchestre Colonne qui n’avait aucune salle de répétition lui étant propre, elle a été dernièrement rachetée par les Concerts Colonne.

    Était-elle à l’origine destinée au concert autant qu’à des réunions ? Elle dispose en tout cas d’un parterre, d’une scène, d’un balcon et de conditions acoustiques excellentes puisque de nombreux enregistrements célèbres avec de grands orchestres y ont été réalisés.

    Six mois de travaux ont redonné vie à ce lieu que les Concerts Colonne utilisent désormais comme salle de répétition, mais qu’ils mettent aussi à la disposition d’autres orchestres, car ils sont nombreux à Paris à chercher un endroit où travailler correctement.

    Il est aussi prévu une activité de concerts que l’on m’a demandé d’inaugurer avec cette série autour de Liszt et de sa sonate. Cette salle a donc vocation à devenir un lieu de passage pour les musiciens professionnels sous leurs différentes formes d’activité.

     

    Combien de places contient-elle ?

    Au maximum 199 pour des raisons de sécurité. En réalité, elle pourrait en contenir beaucoup plus car le balcon à lui seul a 200 places. Il sera malheureusement fermé pour ces mêmes raisons de sécurité car il n’a pas été refait. Il a d’ailleurs une configuration spéciale car les sièges en sont quasiment invisibles du parterre et je ne sais pas très bien ce que l’on peut y voir de ce qui se passe sur scène. Seul le parterre sera donc pour l’instant utilisé. C’est d’ailleurs l’une des raisons qui m’ont attiré pour la nature du projet que je porte.

     

    Quel est donc ce projet ?

    Le piano sera en effet au milieu du parterre avec le public autour. Aussi loin que je remonte dans ma mémoire, j’ai toujours trouvé que quelque chose ne marchait pas dans la formule du récital en grandes salles au moment de descendre les dynamiques de mon instrument et en essayant de garder la capacité de parler dans les nuances les plus ténues aux auditeurs du dernier rang du dernier balcon.

    J’ai toujours trouvé antinomique que l’on puisse jouer un Andante de Schubert dans une salle de 2000 places. La plupart des compositeurs, romantiques notamment, au moins jusqu’à Liszt, concevaient leurs œuvres pour un groupe restreint d’auditeurs.

    J’ai toujours pensé qu’il fallait plutôt chercher à rassembler les gens autour d’un instrument plutôt qu’à jouer la carte du gigantisme dans des salles immenses, proposition sans doute bonne pour de très grandes personnalités comme les Brendel, Barenboïm ou autres Horowitz et Pollini qui portent avec eux non seulement la musique mais une personnalité au rayonnement exceptionnel, pouvant être acclamée par deux mille personnes. Mais de manière courante, cela ne m’a jamais vraiment satisfait.

     

    Paris manquait-il de lieux de taille plus réduite ?

    Si l’on veut aujourd’hui multiplier l’offre, Paris n’offre effectivement pas beaucoup de possibilités en ce domaine. Hormis la salle Gaveau qui n’est pas très accessible, la salle Cortot qui est un joli petit écrin, un jeune voulant débuter autrement que dans une grande salle au remplissage hypothétique ou quelqu’un qui souhaite s’exprimer de manière plus intime avec son public n’a pas beaucoup de choix à côté des salles historiques de grande taille, le Châtelet, les Champs-Élysées, Pleyel.

    J’avais créé il y a quelques années une association, Chemins de musique, destinée à amener la musique classique en région devant des auditoires peu habitués à en entendre en direct et en jouant dans des lieux plus personnalisés, salles de châteaux, églises de village, belles maisons particulières, moins intimidants que même le théâtre municipal où certains hésitent à se rendre.

    Cela marche très bien et j’ai du plaisir à envoyer mes amis goûter à cette pureté de la transmission à des oreilles vierges et dans une vraie proximité. Par ailleurs, le cérémonial lié au concert ne révèle de l’artiste rien d’autre que ce qu’il va jouer. On ne connaît même pas le son de sa voix, car il n’est pas question qu’il dise bonsoir en arrivant, ce qui, d’une certaine manière, pourrait être la moindre des choses.

    Il me semble important de rétablir un vrai contact personnel avec le public, sans quoi nous passons comme des automates d’une ville à l’autre, sans jamais rencontrer personne, ce qui est très aride. Avec la salle Colonne, j’ai vu une possibilité de tenter une expérience différente qui se jouera sur deux plans, celui de la proximité, puisque le public sera autour de moi, et celui de la répétition puisqu’il y aura vingt-et-un concerts.

    Normalement, on ne peut guère se produire qu’une fois ou deux par an dans chaque ville. Si quelqu’un n’est pas libre ce soir-là, c’est dommage, car il devra attendre encore un an. Cela non plus ne favorise pas un échange entre public et musicien et ne contribue pas à une bonne diffusion de la musique.

     

    C’était un peu ce que faisait autrefois le Théâtre de la Ville avec ses 18h30 consacrés toute une semaine au même interprète. Les vingt-et-un concerts que vous allez donc donner auront-ils tous un programme différent ?

    Être en quelque sorte en résidence dans une salle sur une certaine durée donne beaucoup de liberté. Autour de la Sonate de Liszt, qui est pour moi la quintessence de la musique de piano, je jouerai d’autres œuvres que j’aime, romantiques, de Chopin, Rachmaninov, Liszt, françaises, de Debussy, Ravel, Fauré, ou aussi de Bach et Mozart, tout comme de Dutilleux ou Messiaen.

    Cela variera tous les soirs ou presque, selon ce que j’aurai ressenti, ou selon l’accueil du public. C’est une formule qui permet de faire des propositions très variées autour d’un axe central. Privilège supplémentaire, je jouerai sur mon propre piano et je peux inviter certains de mes camarades à venir avec leur violon ou leur violoncelle faire un peu de musique de chambre.

    Dans son ensemble, c’est un projet qui correspond exactement à un désir de renouvellement que je ressentais depuis très longtemps et qui me paraît favorable à l’établissement d’un nouveau rapport entre la musique, l’interprète et le public, plus apte sans doute à trouver sa place dans la multiplicité des offres à grande échelle proposées aujourd’hui par tout ce que développent les médias et les technologies de pointe.




    Récitals de Jean-Philippe Collard
    Salle Colonne, du 4 avril au 11 mai
    94 boulevard Auguste Blanqui – 75013 Paris

     

    Le 28/03/2011
    Gérard MANNONI



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