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ENTRETIENS 28 février 2020

Laurent Hilaire,
une nouvelle Ă©tape

© Anne Deniau

Déjà Maître de Ballet depuis mars 2005, le grand danseur Étoile Laurent Hilaire, l’une des icônes de l’époque Noureev au Ballet de l’Opéra de Paris, prend la succession de Patrice Bart comme Maître de ballet associé à la direction de la danse. Une nouvelle étape dans une carrière d’exception.
 

Le 29/03/2011
Propos recueillis par GĂ©rard MANNONI
 



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  • Ă€ l’issue de la plus brillante des carrières de danseur Étoile de l’OpĂ©ra national de Paris, vous Ă©tiez devenu MaĂ®tre de ballet de la compagnie. Comment s’était passĂ©e cette reconversion ?

    Au bout de mon parcours de danseur Étoile, j’ai eu le sentiment d’avoir fait quelque chose, de l’avoir fait exister dans ma vérité personnelle, de l’avoir vécu pleinement. J’ai énormément dansé, avec des partenaires formidables, en défendant des ballets magnifiques, en faisant des créations. J’avais donc un sentiment de plénitude, sans être pour autant rassasié.

    Brigitte Lefèvre m’a alors demandé de faire travailler un couple pour la Bayadère, ballet que j’avais créé avec Rudolf Noureev. Cette proposition correspondait à un désir que je commençais à ressentir. Après tant d’années passées à me regarder dans un miroir lors de mon travail quotidien, pourquoi ne pas devenir le miroir de quelqu’un d’autre, pour l’aider à avancer en puisant dans mon expérience ?

    Les danseurs apprennent de plus en plus vite, mais la maturité ne vient pas plus vite. Les aider à trouver les clés de leur projection personnelle à travers un rôle en le sublimant m’attirait. Quand on arrive à une vérité de soi-même dans un rôle, on atteint une authenticité où l’on peut à la fois être totalement investi et garder un regard extérieur qui permet de savoir qu’on est juste. J’ai connu cet état de grâce dans les dix dernières années de ma carrière.

     

    C’est donc pour aider les danseurs à aller vers cet accomplissement que vous avez pris ce premier poste de Maître de ballet ?

    Mon expérience m’a en effet permis de comprendre comment chacun pouvait évoluer par étapes en fonction de sa personnalité. Ce n’est pas de la psychologie, mais de la pédagogie ciblée, adaptée. Le Maître de ballet n’est pas un gourou à suivre aveuglément, mais il aide les autres à voler de leurs propres ailes, comme des enfants qu’on éduque.

    Après cette première expérience avec la Bayadère, comme je dansais encore, Brigitte Lefèvre a décidé de garder un poste de Maître de ballet le temps que j’achève vraiment ma carrière. Mais faire travailler des solistes et tout un Corps de ballet, ce n’est pas pareil !

     

    Est-ce si différent ?

    C’est une autre psychologie. La première fois qu’on se retrouve face à quatre-vingts danseurs qui vous regardent et qui attendent, il faut vraiment se jeter à l’eau. Ce n’est pas toujours facile. Gérer un groupe de personnes dans ses demandes, dans sa complexité, dans ses exigences, dans son travail, j’ai eu beaucoup à apprendre. J’apprends d’ailleurs toujours.

    Ma vision d’un tel poste est de porter une compagnie à travers une énergie et un style, dans la rigueur et le respect d’une chorégraphie en apportant la vie et l’émotion. Je crois que Brigitte Lefèvre m’a proposé ce travail car elle pensait que je pouvais être utile par ma façon d’être, ma façon de voir la danse, que nous partageons.

    Outre le travail sur la gestion du groupe, il y a aussi celui de la transmission des chorégraphies. Pour cela, il faut revenir à la source, pour essayer de comprendre la motivation du pas. Là se trouve le sens même de ce que l’on fait. Un mouvement doit être motivé. Retrouver cela, le comprendre est un travail passionnant, car on évite ainsi que les grands ballets classiques ne deviennent des pièces de musée figées. Cela ne nécessite un long travail en amont. J’ai beaucoup appris en ce domaine avec Noureev.

     

    Les danseurs actuels ne sont-ils pas différents de ceux de la précédente génération ? La technique n’a pas cessé d’évoluer et les morphologies ne sont pas forcément les mêmes.

    Sans doute, mais il faut simplement le prendre en compte et les rallier à la cause en leur faisant partager le bien-fondé de l’idée première. La technique est effectivement devenue plus pointue, mais elle est avant tout un langage, pas une fin en soi. Nous sommes aussi acteurs et comédiens, qualité que les Anglais possèdent naturellement en raison de leur culture théâtrale. Leur sens du théâtre, jusqu’au dernier danseur du dernier rang, m’a frappé quand je suis pour la première fois allé danser au Royal Ballet.

    C’est l’une des choses les plus importantes que j’y ai apprises. Je peux sans doute apporter un peu de cela dans mon travail à l’Opéra. C’est indispensable, complémentaire de la technique. Il ne suffit pas de faire. Tout dépend de comment on le fait.

     

    Être désormais aussi Associé à la Direction de la Danse, qu’est-ce que cela implique de plus ?

    Déjà, beaucoup de travail ! Il m’est encore difficile d’en évaluer l’étendue. Il faut anticiper pour les saisons à venir, pour la programmation, par rapport aux groupes de danseurs aussi. Cela implique beaucoup plus de réunions avec Brigitte Lefèvre. Elle m’interroge sur certains sujets, je lui donne mon sentiment sur d’autres, nous échangeons par rapport aux danseurs, aux programmations, aux distributions, à la gestion des carrières.

    Je suis au cœur même de la compagnie et peut servir d’intermédiaire avec la directrice qui est très attentive à l’évolution de ses danseurs pour les accompagner dans une trajectoire qui suive l’évolution de leur vie. Je travaille aussi beaucoup avec Renaud Fauviau, régisseur général.

    Brigitte Lefèvre entend, prend acte et les décisions finales lui appartiennent bien évidemment. Il faut savoir où est sa propre place. La mienne se situe aussi bien dans l’artistique que dans l’administratif. Tout est basé sur la confiance. Regard sur les autres, expérience, caractère, même manière de penser la danse, sens du spectacle, voilà probablement des raisons pour lesquelles Brigitte Lefèvre a fait appel à moi.

     

    Comment allez-vous vous situer par rapport au travail de Patrice Bart ?

    J’ai un grand respect pour la trajectoire de Patrice Bart, mais certaines de mes options sont différentes. Sans parler de rupture, une différence dans la continuité peut-être constructive. On ne peut pas plus refaire du Noureev que du Patrice Bart. J’aurai certainement des options et des choix personnels, sans que je puisse les définir de manière précise pour l’instant.

    Mais par exemple, je vais certainement faire travailler les filles sur la fluidité. Nous avons un travail d’école de bas de jambes, de pieds, formidable, mais par rapport au haut du corps, on a une marge de progression possible. J’en ai pris conscience en travaillant avec Pierre Lacotte sur Paquita.

    Dans un Corps de ballet, j’adore le moment où tout se rejoint dans une sorte d’inconscient artistique. Chacun doit arriver à exister pleinement en se rejoignant sur l’ensemble. Alors, cela devient très beau. On est d’un seul coup dans la poésie, dans le rêve. C’est magique.

     

    Vous allez sans doute être plus présent que Patrice Bart qui avait une belle activité de chorégraphe international.

    Je ne suis pas chorégraphe. Patrice Bart pouvait y consacrer une partie de son temps car il n’était concerné que par les ballets classiques. Les créations de Forsythe, Kylián, Ek, des autres créateurs de la nouvelle génération, ce n’était pas son univers mais c’est le mien car j’en ai été partie prenante pendant ma carrière de danseur.

    Je travaillais déjà deux fois plus comme Maître de ballet qu’en tant que danseur Étoile et maintenant, je vais renoncer à compter ! Mais c’est un privilège. Je ne m’en plains pas et m’y suis investi avec autant de passion que de plaisir.

     

    Les grosses responsabilités auxquelles vous êtes désormais associé pour la gestion de la vie du ballet vous préparent-elles à être un jour vous-même directeur d’une compagnie, celle-ci ou tout autre ?

    J’ai eu la grande chance de vivre sous la direction du très grand danseur qu’était Rudolf Noureev et de la très brillante directrice qu’est Brigitte Lefèvre. Grâce à elle, sans flagornerie, on ne peut nier que nous ne soyons la seule compagnie de cette importance au monde à avoir pu à la fois conserver son patrimoine et renouveler son répertoire avec des avancées aussi fondatrices dans la création.

    J’apprends toujours beaucoup à ses côtés et si je suis heureux d’occuper ce poste, c’est en raison de sa présence. On m’a déjà proposé plusieurs fois de prendre une compagnie. J’ai refusé, pensant chaque fois que ce n’était pas le bon moment ou le bon endroit. La question se reposera-t-elle ? Cela fait sans doute partie des éventualités à venir. Mais où et quand, nul ne peut le dire.

    Cette maison est passionnante mais complexe, pas facile. J’y aurai appris non seulement la danse mais aussi d’autres aspects du travail sur la danse. Je commence à bien la connaître. Cette connaissance, cette expérience peuvent sans doute être utilisées, ici ou ailleurs, mais en ce qui me concerne, pas n’importe où ni avec n’importe qui.

    Jusqu’à présent, je me suis toujours concentré sur la tâche qui m’incombait à un moment donné, m’efforçant de la faire le mieux possible. C’est tout ce qui m’intéresse et ce à quoi je m’attache dans le moment présent.

     

    Le 29/03/2011
    GĂ©rard MANNONI



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