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ENTRETIENS 27 novembre 2020

Elena Tsallagova, Mélisande ailée
© Allan Richard Tobis

Voix du faucon et du ciel, ou encore oiseau de la forĂŞt dans Siegfried la saison passĂ©e, Elena Tsallagova a pris son envol de l’Atelier Lyrique de l’OpĂ©ra de Paris en 2008, avec le rĂ´le-titre de la Petite renarde rusĂ©e de Janáček. La soprano russe chante sa première MĂ©lisande aux cĂ´tĂ©s du PellĂ©as de StĂ©phane Degout, dans la reprise de la mise en scène de Robert Wilson.
 

Le 22/02/2012
Propos recueillis par Mehdi MAHDAVI
 



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  • Comment incarner un personnage aussi Ă©nigmatique, en point d’interrogation, que MĂ©lisande ?

    Ce rôle est un peu spécial pour moi, car j’ai toujours interprété des personnages en prise avec la réalité. On peut imaginer beaucoup de choses à son sujet, ce qu’elle pense, d’où elle vient, mais c’est d’abord une grande impression de mystère qu’elle donne au public. La beauté de son caractère tient à ce qu’elle peut se comporter tantôt comme une enfant, tantôt comme une femme. Elle change sans cesse, avec la musique. Elle répond sans réfléchir aux questions qui lui sont posées.

    Personne ne saura la vérité, car elle ne la connaît pas elle-même : par exemple, c’est son inconscient qui la pousse à laisser tomber l’anneau dans la fontaine. Pour la cerner, je m’invente non pas une, mais plusieurs histoires, ce qui me permet d’avoir plusieurs couleurs. Il est certain qu’elle est plus attirée par Pelléas, mais elle aime aussi Golaud, peut-être, sans pouvoir définir ses sentiments, les distinguer.

     

    Mélisande a été chantée aussi bien par des sopranos que des mezzos. Quel est le défi de ce rôle pour une voix légère comme la vôtre ?

    Je me suis posé la question lorsqu’on me l’a proposé. Puis quand j’ai lu le poème de Maeterlinck, je me suis rendu compte que ce n’était pas une question de voix, mais de couleur, pure et claire, de sentiments et d’expression à travers le texte, qui est primordial pour comprendre ce qui se passe entre les personnages, même si la musique de Debussy dit déjà tout. Le français est une langue magnifique, dont il faut goûter vraiment les mots, presque les toucher, comme me l’a appris le chef de chant avec qui j’ai travaillé cette partition, pour trouver la couleur juste des sentiments.

     

    L’orchestre de Debussy est-il votre ami ou votre ennemi, qui plus est dans une salle comme la Bastille ?

    L’écriture est si belle. L’orchestre m’aide, car je ne le perçois pas un groupe de musiciens qui font leur métier, mais comme un pur sentiment, qui vient d’un autre monde. Il me donne l’impression que je suis en train de voler.

     

    Comment vous êtes-vous fondue dans la mise en scène hiératique de Robert Wilson ?

    Au début, c’était très difficile, mais après deux semaines de répétitions, chant et mouvement ne font plus qu’un, par une connexion permanente, même lorsque nous donnons l’impression de ne pas bouger. Il n’y a plus aucun un obstacle à que nous disons, à ce que nous entendons. Le public peut recevoir la pure sensation de la musique, la mise en scène ne trouble pas son imaginaire, et c’est cela qui est très beau dans cette production.

     

    Vous avez étudié le chant en Russie. Qu’est-ce qui vous a attirée à l’Atelier Lyrique de l’Opéra de Paris ?

    La France, dont je suis une grande fan, le style français, et la beauté de la langue, car je veux me concentrer sur les répertoires français et allemand. L’Atelier Lyrique m’a donné la possibilité d’être dans une grande maison, d’entendre l’orchestre, de travailler avec de grands chefs, aux côtés de grands chanteurs, et d’acquérir ainsi de l’expérience.

     

    En 2008, suite Ă  l’annulation de Christine Schäfer, l’OpĂ©ra de Paris vous propose le rĂ´le-titre de la Petite renarde rusĂ©e de Janáček. C’était une chance, autant qu’un risque. Comment avez-vous rĂ©agi ?

    J’avais déjà entendu cet opéra en allemand, et je me suis demandé comment j’allais faire pour chanter en tchèque. André Engel m’a soutenue et m’a donné beaucoup d’idées. La renarde est mon meilleur rôle jusqu’à présent, parce que je me suis complètement immergée dans sa vie. Encore maintenant, lorsque je regarde l’enregistrement vidéo, je ne peux pas croire que c’est moi. Je n’avais jamais joué un animal, et je suis très reconnaissante à ma mère de m’avoir poussée à faire de la danse, parce que cela m’aide beaucoup sur scène, notamment dans cette production de Pelléas et Mélisande, qui est presque une chorégraphie.

     

    Après l’Atelier Lyrique, vous avez intégré la troupe du Bayerische Staatsoper de Munich.

    Je suis entrée dans l’âge adulte ! À Munich, j’ai pu acquérir la discipline qui me manquait en Russie et à Paris, car le régime est complètement différent. Il faut apprendre les mises en scène en quatre jours, sans aller sur le plateau, sans décor, sans générale. J’ai chanté cette année l’Infante dans Der Zwerg de Zemlinsky avec trois jours de répétitions. La différence tient aussi à l’esthétique scénique. Il ne s’agit pas tant d’opposer l’abstraction au réalisme, que de supporter une certaine violence, même lorsqu’elle n’est pas dans la musique. C’est un peu trop pour moi.

    L’expérience de Medea in Corinto de Mayr dans la mise en scène de Hans Neuenfels a été particulièrement intense, du début à la fin des répétitions, et pendant les représentations. À aucun moment je ne pouvais me relaxer sur scène. J’aurais aimé avoir le visage plus détendu pour exprimer de belles choses. Il ne s’agit que de mon sentiment. Et sans doute cela fonctionnait-il très bien pour le public, et l’aidait à croire à ce qui se passait sur scène.

     

    Vous évoquiez les répertoires allemand et français. Quels rôles voudriez-vous aborder ces prochaines années ?

    Je rêve de Manon, Leïla des Pêcheurs de perles, Pamina, que je vais chanter au Deutsche Oper de Berlin, Sophie du Chevalier à la rose, mais aussi des rôles italiens comme Adina, Norina. Toutes les musiques me touchent, même la contemporaine. J’ai participé à la création de Die Tragödie des Teufels de Péter Eötvös à Munich. J’aime les grands comme les petits rôles, et cela me donne beaucoup de courage pour être sur scène.

     

    À quel âge avez-vous découvert l’opéra ?

    Il n’y avait pas d’opéra dans ma ville natale. À dix-huit ans, j’ai vu la Forza del destino au Mariinski et me suis imaginée que tous les opéras étaient aussi tragiques, et demandaient des voix immenses. Mon père chantait tout le temps, de son beau timbre de ténor, et nous avions beaucoup d’enregistrements.

    J’ai toujours été attirée par la culture classique, que ce soit la peinture ou la musique, et je voulais apprendre quelque chose de beau. J’ai étudié la danse dans mon enfance – quatre heures d’exercices chaque matin pendant huit ans –, et je pensais devenir danseuse. Avant de découvrir que j’avais une voix. Mon premier professeur m’a dit que j’avais déjà la voix bien placée, et cela m’a fait plaisir car je me suis imaginé que le chant ne demandait pas trop de travail, contrairement à la danse. J’ai dû rapidement déchanter !




    À voir :
    Pelléas et Mélisande de Debussy, direction : Philippe Jordan, mise en scène : Robert Wilson, Opéra Bastille, du 28 février au 16 mars

     

    Le 22/02/2012
    Mehdi MAHDAVI



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