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ENTRETIENS 19 septembre 2021

Josua Hoffalt,
Étoile tout simplement

© Lucas Hoffalt

Nommé danseur Étoile à l’issue de la représentation de la Bayadère du 7 mars où il dansait pour la première fois le rôle de Solor, Josua Hoffalt est un excellent danseur, très représentatif de la meilleure école française. À vingt-huit ans, il est apte à assumer tout ce qu’implique le titre si envié qui est désormais le sien.
 

Le 22/03/2012
Propos recueillis par GĂ©rard MANNONI
 



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  • On pense souvent que toute Étoile ne rĂŞve qu’à ce titre depuis ses premiers pas. Est-ce votre cas ?

    Pas du tout. Je n’avais au départ aucune idée de ce qu’était la danse classique. J’y suis venu par hasard, pour faire plaisir à ma grand-mère qui m’y a poussé, avec mes cousines dont j’étais très proche. Je faisais de la gymnastique. Je l’ai délaissée pour la danse qui ne me plaisait pas vraiment. Mais on m’a dit que j’étais doué. J’ai été flatté et j’ai continué.

    Après avoir travaillé à Marignane, j’ai rejoint en 1994 le Studio Ballet de Marseille de Colette Armand qui a aussi formé Mathieu Ganio, puis l’École de danse de l’Opéra de Paris en 1998, à quatorze ans. Je venais de voir un documentaire sur Nicolas Le Riche J’ai trouvé ça incroyable et j’ai décidé de poursuivre encore plus avant. Pour faire comme lui !

    J’ai donc quitté le Sud pour Paris, passé quatre ans à l’École et suis entré dans le Corps de ballet en 2002. La transition ne fut pas très facile car l’école de Marseille était plus intime, plus conviviale et j’ai eu du mal à m’adapter à celle de l’Opéra. Je n’y ai pas pris spécialement de plaisir. L’internat n’était pas drôle et je faisais ce qu’il fallait surtout parce qu’il le fallait, un peu la tête dans le guidon.

    La dernière année, j’ai pu louer un appartement et je me suis senti plus libre, avec aussi une possibilité de m’exprimer dans les spectacles.

     

    Accéder à la compagnie, n’est-ce pas à la fois un vrai début dans la vie professionnelle et l’entrée dans un tunnel qui peut parfois durer plusieurs années sans retrouver la possibilité que donnent les spectacles de l’École de danser en soliste ?

    Il s’écoule même parfois du temps avant seulement d’aller en scène ! Mais ce n’est pas si difficile. On travaille au cours avec Manuel Legris ou Nicolas Le Riche à côté de soi. C’est valorisant. Ne pas me retrouver en soliste tout de suite me semblait logique. Et puis je connaissais la série des Jeunes danseurs et des Jeunes chorégraphes, une possibilité de montrer ses qualités hors des grands spectacles.

    J’y ai dansé dès 2003 dans Javotte de Jean-Guillaume Bart, puis en 2004 dans Delibes Suite de José Martinez et dans Épiphénomènes de Samuel Murez en 2006. Je n’ai pas spécialement traîné dans le Corps de ballet, malgré une interruption de quasiment un an et demi à cause de plusieurs blessures. J’ai dansé très vite des rôles comme le pas de deux des Écossais de la Sylphide, avec le sentiment de progresser régulièrement.

     

    Quel a été justement le premier rôle où vous avez pu vous exprimer pleinement ?

    Morel du Proust de Roland Petit. Avec les ballets de Roland Petit, j’ai toujours eu la sensation d’être chez moi. Pour les hommes, il y a vraiment la place de mettre une part brute de ce qu’on est, sans recherche. Cela peut être très simple, très sobre et en même temps exposé. J’adore ce répertoire à cause de cela.

     

    Devenir Étoile est une motivation forte, voire une obsession, chez certains de vos collègues. Une fois dans le Corps de ballet, avez-vous aussi vécu dans cette attente ?

    Quand on rentre à l’École de Danse on passe évidemment tous une fois par là. On rêve au moins une fois de devenir danseur Étoile. On ne se lance pas ce métier en se disant qu’on va rester Quadrille toute sa vie. Après, chacun a son trajet personnel.

    Personnellement, avec plus de recul et d’expérience, sans dire que je considérais qu’être Étoile était secondaire, j’ai trouvé beaucoup de satisfaction dans ce que je faisais, comme Premier Danseur part exemple. J’avais accès aux grands rôles classiques comme Roméo, comme Lucien d’Hervilly dans Paquita, Djémil dans la Source, Lenski dans Onéguine, l’Acteur vedette dans Cendrillon.

    À beaucoup de pièces contemporaines aussi, de Wayne McGregor, de Jiri Kylián, de Sasha Waltz. On est pris dans cette dynamique de travail et de découverte et soudain la nomination arrive et vous renvoie à vos rêves d’enfant, vous procurant un plaisir finalement assez enfantin. Mais c’est une surprise très agréable.

     

    Solor, est-ce un rôle particulièrement dur ?

    Oui. Et en plus, je me mets parfois moi-même des barrières. Je pensais au départ que ne n’était peut-être pas vraiment pour moi. Je me voyais plutôt dans des ballets comme le Lac des cygnes que dans ce répertoire plus héroïque. J’avais très envie de le danser, mais plutôt comme un défi que comme un rôle me convenant par nature. J’ai beaucoup travaillé avec Laurent Hilaire et ça apparemment fonctionné. C’est une chance de pouvoir travailler avec quelqu’un comme Laurent qui fut un Solor d’anthologie.

     

    Solor n’est-il pas un rôle où la part de composition dramatique est réduite ?

    Le personnage n’a pas beaucoup d’épaisseur dramatique. C’est surtout une question de présence. On n’a pas vraiment de choix dans le domaine de l’interprétation théâtrale. J’ai juste essayé de montrer comment il plus poussé à trahir Nikiya par l’autoritarisme du Rajah que par fausseté. Dans ce type de rapports sociaux, sa marge de liberté est inexistante. On ne peut rien refuser au Rajah et surtout pas d’épouser sa fille s’il vous la donne en mariage.

    J’ai donc tenté seulement de faire sentir sa réticence et son refus intérieur, mais l’essentiel passe uniquement par l’éclat de la danse. Les rôles qui m’intéressent le plus sont ceux où l’on peut aussi jouer. Roméo en est l’archétype. Dans le Roméo et Juliette de Noureev, il y a autant à jouer qu’à danser, avec une progression, une évolution. J’attends aussi beaucoup Des Grieux dans l’Histoire de Manon. On peut vraiment construire un personnage.

     

    Vous dansez pourtant aussi certains ballets contemporains totalement abstraits où le théâtre n’a guère de place. Y prenez-vous autant de plaisir ?

    Dans la danse contemporaine il y a des répertoires très différents. La danse de Mats Ek, sa gestuelle, ont une vraie théâtralité, même si on ne sert pas sans cesse du visage. D’autres, comme Kylián font appel à un autre type d’émotion, sans cette théâtralité. Quand je voix Bella figura, je suis aussi touché qu’avec Roméo et Juliette. Il y a une pureté, un côté cristallin incomparables. Comme quand je regarde un bijou. J’adore les bijoux et quand j’en regarde, je vibre autant qu’au cinéma ou au théâtre.

     

    Jusqu’où êtes vous prêt à aller dans le contemporain ?

    Pour moi, par exemple, avec Robin Orlyn, on est plus dans la performance que dans la danse. Je n’ai rien contre mais avec la formation qui est la nôtre, je ne pense pas que ce soit à sa place à l’Opéra. Dans un autre cadre, pourquoi pas, mais ici, j’ai besoin de sentir que je fais de la danse. Chacun peut d’ailleurs situer cette notion à un niveau différent. Je ne veux pas faire de cloisonnement, mais en tant que danseur, je veux avoir la sensation de danser, comme dans les expériences que j’ai faites avec les Jeunes Chorégraphes ou avec le groupe de Bruno Bouché ou de Samuel Murez.

     

    Comment nourrissez-vous votre danse ?

    J’ai commencé par me documenter, par lire des livres, car en sortant de l’École, je ne connaissais pas grand chose. Et puis, je fais beaucoup de sport où j’apprends comment gérer l’effort et la pression. Pour certains rôles j’aime bien m’inspirer de ce que font des acteurs de cinéma, pour la posture, pour le type d’énergie que l’on peut dégager avec son corps.

    Et puis je consacre du temps à mes amis, danseurs ou comédiens. C’est pour moi une vraie détente. J’écoute beaucoup de musique de toutes sortes, aussi bien du rock que l’électro ou du blues. La musique classique est indissociable de la danse, mais elle reste aussi pour moi au-dessus de toutes les autres.

     

    Maintenant que vous êtes Étoile, cela va-t-il changer quelque chose dans votre vie personnelle ?

    Cela fait déjà sept ans que je suis en couple et ma compagne et moi avons vraiment envie de fonder une famille. Je sais que ça arrivera. J’aimerais bien aussi pouvoir monter des projets personnels et les porter à l’étranger, voyager. Mais l’Opéra restera toujours la priorité. Pour rien au monde je n’irais danser dans une autre compagnie.




    À voir :
    Josua Hoffalt dans Dances at a Gathering de Jerome Robbins au Palais Garnier, Paris, les 24, 25, 27 et 31 mars (matinée et soirée)

     

    Le 22/03/2012
    GĂ©rard MANNONI



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