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ENTRETIENS 19 septembre 2021

François Alu,
de grandes espérances

© SĂ©bastien MathĂ©

Déjà remarqué lors des spectacles de l’École de danse, François Alu a séduit et étonné jury et public lors du dernier concours interne du ballet de l’Opéra. À dix-huit ans, Quadrille depuis un an seulement, il a dansé la variation de Solor dans la Bayadère comme un soliste éprouvé. Il sera prochainement l’Idole doré pour quelques spectacles de cette même Bayadère.
 

Le 21/03/2012
Propos recueillis par GĂ©rard MANNONI
 



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  • La danse est-elle pour vous une passion d’enfance ?

    Pas du tout. Enfant, j’avais beaucoup d’énergie à dépenser. Ma mère, professeur de danse, m’a proposé de me faire travailler, mais je n’ai pas du tout aimé ça. Je préférais des sports plus violents. Jusqu'au jour où j’ai vu Patrick Dupond. Ce fut le choc décisif. Une élève de ma mère avait été prise à l’École de l’Opéra.

    J’ai voulu faire pareil, mais en ignorant totalement ce dans quoi j’allais m’engager. Je savais que c’était une école d’excellence et je voulais y aller. Ma mère m’a préparé à l’audition d’entrée, qui est plutôt un examen physique pour juger des aptitudes des postulants.

    J’ai travaillé pour m’affiner, perdre un peu de poids que j’avais tendance à prendre quand j’étais jeune et j’ai été accepté. Ensuite, tout s’est déroulé sans problème. Je suis monté de classe tous les ans, jusqu’à ce que j’entre comme stagiaire dans le Corps de ballet puis comme Quadrille, ce qui est le protocole habituel.

    À mon premier concours, j’ai eu la chance de monter Coryphée. Coryphée, ça change tout car on est généralement titulaire d’une place ou d’un rôle, pas remplaçant.

     

    Pour ce concours, vous avez pris un gros risque car cette variation de Solor, l’une des plus périlleuses du grand répertoire. Pourquoi ?

    Je n’étais pas plus sûr de moi qu’un autre, mais ce type de variation convient à ma technique actuelle, avec des grands sauts, des pirouettes. Je me retrouvais un peu dans l’exploit sportif que j’aimais enfant, avant de découvrir aussi les aspects artistiques de la danse. En outre, le personnage de Solor n’est pas trop complexe psychologiquement et cette variation exprime seulement son énergie, sa joie de vivre.

    Pour le concours, je ne voulais pas prendre une pièce triste ou mélancolique. Il est important de se mettre en valeur, et le costume me convenait. J’ai les cuisses un peu trop musclées. Je travaille beaucoup pour les affiner, mais pour cette occasion si importante, il était mieux de porter un pantalon légèrement bouffant qu’un collant académique !

    Néanmoins, la veille de la générale, à la dernière répétition, j’ai tout d’un coup paniqué et perdu tous mes moyens. Et puis, miraculeusement, quand je suis entré en scène au concours, sous l’effet de l’adrénaline, tout trac a disparu et n’ai plus pensé qu’à prendre du plaisir.

     

    C’était bien de choisir quelque chose de très brillant qui réveille un peu tout le monde, car suivre le concours est parfois assez monotone ! Solor est-il le genre de rôle auquel vous vous pensez destiné ?

    J’en viendrai certainement à danser des rôles plus calmes et moins athlétiques, mais pour l’instant, ces rôles très techniques m’attirent davantage. Dans la compagnie, si on arrive soliste ou Étoile, on finit par tout aborder, mais pour le moment, ce sont les rôles de demi-caractère qui me correspondent le mieux.

    Je me sens par exemple plus Abdéram que Jean de Brienne dans Raymonda. Je travaille beaucoup tous les jours pour allonger ma silhouette, pour affiner mon travail de bas de jambes afin de pouvoir aborder un jour des ballets vraiment classiques aussi, mais je ne me sens pas encore très Prince Désiré de la Belle au bois dormant.

     

    La variation de l’Idole doré que vous allez danser dans la Bayadère est aussi très technique, très brillante, généralement confiée à des Premiers Danseurs ou à des Étoiles. Est-ce un nouveau défi ou la suite naturelle de votre réussite au concours ?

    On m’a sans doute confié cette variation en pensant que j’avais le potentiel technique pour la réussir. Elle est très dure techniquement et assez longue. Il faut être net, précis, en gardant toujours les doigts en fleur de lotus, ce qui n’est pas très facile. On est peint en doré, avec juste une sorte de jupe qui bouge et a tendance à vous déséquilibrer quand on saute. Il faut gérer cela aussi, avec beaucoup de sauts et un grand manège athlétique. Sans qu’il y paraisse, le costume est lourd. Il y a quelques moments de calme, mais on ne doit pas perdre la pression ni l’énergie.

    C’est tout cela qu’il faut arriver à maitriser en même temps. En outre, comme ce personnage ne paraît que pour cette variation, si on se rate, on n’a aucune possibilité de se rattraper plus tard. C’est une variation compliquée mais qui doit être belle et intéressante et pour la danser facilement, mieux vaut certainement être assez compact et pas trop grand. Je ne suis pas petit, mais je n’ai pas une morphologie très en longueur.

     

    Que devez-vous travailler désormais en priorité ?

    Le raffinement physique. J’y travaille depuis l’âge de neuf ans, mais j’ai une ossature assez lourde. Le travail du bas de jambe aussi, car à l’Opéra, on y a un travail magnifique, très pur. Et sans oublier le haut du corps pour être bien coordonné.

    Je suis plutôt un gros travailleur. Il me faudra aussi apprendre à approfondir un personnage, dans un ballet entier. C’est très intéressant de s’identifier à quelqu’un, sur la durée, pas seulement pour une variation. J’en ai fait l’expérience avec le Bagnard dans Piège de lumière au spectacle de l’École, et j’ai beaucoup aimé ça.

     

    Vous avez démarré très vite. Si vous continuez à cette allure, vous sentez-vous armé psychologiquement pour vous retrouver en haut de la hiérarchie aussi vite qu’un Mathieu Ganio ou un Mathias Heyman ?

    Je pense qu’il faut une certaine maturité pour être étoile. Peut-être que dans quatre ans, je l’aurai acquise, mais c’est compliqué. Avec le répertoire très varié que nous pratiquons, on doit sans cesse passer du contemporain au classique. C’est une expérience que je dois acquérir. Il faut un corps totalement formé pour l’assumer, tout comme pour danser toujours au même niveau.

    Mais ce doit être formidable d’aller chaque soir sur scène pour danser des rôles incroyables. Quand on est enfant et au moment des concours, c’est vrai, on pense tous à devenir un jour Étoile. C’est un stimulant. Mais on sait bien aussi que très peu y arrivent. Il faut de toute façon, y compris au cours, essayer de donner toujours le maximum.

     

    Parmi les grands danseurs qui vous entourent, quel est celui dont la carrière vous inspire le plus ?

    Nous avons la chance ici d’être entourés de beaucoup de danseurs exceptionnels. Les Étoiles sont réputées dans le monde entier et même dans le Corps de ballet, il y a beaucoup d’artistes formidables. On a donc l’embarras du choix pour se choisir un modèle. Pour moi, ce serait Nicolas Le Riche. C’est un grand artiste qui peut aborder tous les rôles en apportant chaque fois quelque chose.

    Il a de la puissance, mais pas seulement. Il est aussi incroyable dans les grands rôles techniques que dans Robbins, avec un corps très modulable, utilisable dans des styles très divers. Il sait rendre tout intéressant, qu’il s’agisse du classique ou du contemporain. Il a été nommé jeune, mais il a su très bien gérer cela. Il continue à se dépasser tous les jours. C’est vraiment un exemple pour moi.

     

    Êtes-vous distribué dans d’autres rôles après l’Idole doré ?

    Rien d’aussi important. Je dois faire un chef des brigands dans l’Histoire de Manon. Ce n’est pas énorme, mais savoir que je suis d’emblée titulaire et non plus remplaçant est une avancée considérable. Je pourrai me préparer tranquillement en sachant que de toute façon, j’irai en scène pour danser, sans attendre l’éventuelle défection de quelqu’un. Une vraie libération !




    À voir :
    François Alu dans l’Idole doré de la Bayadère le 24 mars à 14h30 et le 9 avril à 19h30 à l’Opéra Bastille, Paris.

     

    Le 21/03/2012
    GĂ©rard MANNONI



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