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ENTRETIENS 20 septembre 2017

Elsa Benoit,
prudence et maturation

© Adrian Schaetz

Après deux années à l’Opernstudio de Munich, la soprano Elsa Benoit entrait pour la saison 2015-2016 dans la troupe de Klagenfurt et se faisait remarquer en France dans la création de Marta de Wolfgang Mitterer à Lille. Cette saison, elle a quitté Klagenfurt pour revenir au bercail et intégrer la troupe de la Bayerische Staatsoper.
 

Le 09/06/2017
Propos recueillis par Vincent GUILLEMIN
 



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  • La France vous a véritablement découverte dans Marta, opéra de Wolfgang Mitterer créé en 2016 à Lille. Pourtant vous choisissez pour le moment de ne pas commencer une carrière indépendante et de revenir dans la maison où vous avez réalisé deux années de studio.

    Je suis revenue parce que Munich m’a invité à intégrer la troupe de la Bayerische Staatsoper, et parce que c’est l’institution où j’ai fait mes griffes après mes études. Cette expérience m’a forgée, et il était donc évident pour moi de retourner dans cette grande salle dans laquelle je me sens très à l’aise, bien qu’elle ait une renommée internationale.

    L’avantage de la troupe est que l’on fait partie d’une maison, que l’on peut essayer de petits, de moyens et de plus gros rôles tout en se sentant en sécurité, car on connaît tout le monde, l’orchestre, l’équipe technique, les collègues et aussi le public, particulièrement chaleureux même s’il attend évidemment un très haut niveau de qualité. C’est donc pour moi un lieu assez sûr.

     

    Comment choisissez-vous vos rôles avec l’Opéra de Munich ?

    Pour mes deux premières saisons, nous nous sommes concertés avec les directeurs de casting, l’idée étant que plus les années passent, plus nous pourrons affiner les rôles et discuter de vers où je souhaite aller. Grâce au Studio, j’avais déjà pu prouver beaucoup et je savais que la Bayerische Staatsoper me faisait confiance, c’est d’ailleurs pour cela je pense que j’ai été rappelée et que j’ai eu des rôles comme Gretel ou Oscar dès la première saison, ou encore Ines dans la Favorite aux côtés d’Elina Garanca.

    La priorité pour moi est qu’un rôle soit adapté à ma voix. Ma vraie peur serait d’arriver en répétition et de me rendre compte que je n’ai pas le type de voix pour le chanter. C’est la raison pour laquelle même pour dans trois ou quatre ans, je préfère actuellement dire non, car je pense que ma voix n’aura encore pas assez évolué. Je n’ai pas peur de refuser un rôle même de premier plan si je sens que c’est trop tôt. C’est d’ailleurs aussi l’avantage d’être dans une grande maison : on peut vraiment rester sur sa tessiture et sur le type de voix que l’on veut.

     

    Dans quelle langue souhaitez-vous chanter ?

    Les langues ne sont pas un problème pour moi et j’ai chanté par exemple en tchèque dernièrement dans Jenůfa. C’est évidemment plus difficile quand on ne parle pas la langue, mais j’aime les défis et si l’on me propose un jour un très gros rôle dans une langue que je ne connais pas, il faudra juste que je commence à travailler très tôt.

     

    Cette saison comme la prochaine, vous serez exclusivement à Munich. Comment allez-vous réussir à partager votre temps avec les autres salles par la suite ?

    En effet, la difficulté principale à être dans une troupe est qu’il faut savoir dire non à beaucoup d’autres propositions. Pour mes deux premières saisons, j’ai dit non à toutes les offres que j’ai eues en dehors. Je suis à un moment de ma vie où j’ai la chance de faire partie de la troupe de Munich, je souhaite donc honorer totalement cet engagement au moins pour les deux premières années, en accord avec la direction.

    Munich m’a donné la chance de faire partie du studio, et c’est ma manière de dire merci. Nous sommes dans un véritable échange. Lorsqu’on parle de contrats au-delà des deux prochaines années, il y a dialogue permanent entre mon manager, l’Opéra et moi pour réussir à coordonner au mieux les agendas et les désirs de chacun. Il faudra trouver de plus en plus de compromis bien entendu.

     

    Comment préparez-vous un opéra ?

    Une fois que j’ai vérifié que la partition correspondait à ma voix, je m’intéresse à l’histoire, notamment aux choses écrites avant le livret. Quand l’opéra est basé sur du matériel littéraire préexistant, j’essaie de le lire. Je tente aussi de creuser les sources de mon personnage et de trouver d’où vient le fait qu’il a été ajouté ou utilisé dans l’œuvre. Par exemple dans Ariane à Naxos lorsque j’ai eu à chanter Naïade, j’ai tout de suite pensé qu’elle n’était pas une copie de Dryade et Echo, donc qu’il fallait chercher pourquoi et réussir à lui donner une véritable identité non seulement vocale, mais aussi physique. On peut vraiment creuser sur tous les rôles, car même un rôle insignifiant peut gagner en dimension. C’est d’ailleurs ce que l’artiste doit tenter de développer, réussir à montrer plusieurs dimensions d’un personnage qui pourtant pouvait paraître fade au premier abord.

     

    À l’inverse quand on est sur une production de répertoire comme c’est souvent le cas à Munich, avec parfois à peine quelques heures de répétition en tout et pour tout avant la première soirée de reprise, comment fait-on ?

    Là on retrouve un inconvénient du répertoire qui devient un avantage des grandes maisons : tout le monde à Munich est tellement professionnel que chacun arrive dès la première répétition avec un vrai produit fini. Par exemple on reprend prochainement Un Bal masqué dans lequel je suis Oscar, et dès la première répétition j’ai chanté un des airs principaux et nous avons commencé à discuter avec le chef, il m’a conseillée sur quelques points, on apprend donc à travailler très rapidement, et c’est ensuite un luxe quand on a six semaines pour détailler une nouvelle production.

     

    Revenons sur Klagenfurt où vous avez chanté quelques rôles importants.

    Cette expérience a été très bénéfique car après les deux ans d’Opernstudio, couper avec cette grande maison et avec la pression évidente d’une scène aussi importante que Munich m’a permis de faire une pause. À Klagenfurt, j’avais toujours les mêmes standards pour moi-même, être au meilleur, mais cela m’a permis avec quatre rôles importants, voire ambitieux, car Micaëla par exemple était risqué pour ma voix au départ, de pouvoir arriver à un niveau encore meilleur, sans me mettre la même pression. À Klagenfurt, être moins exposée m’a permis d’essayer des choses que je n’aurais pas osées ici, et sans doute de plus m’affirmer. C’est comme si tout avait reposé et que je pouvais maintenant devenir l’artiste que je souhaite être.

     

    Vous avez osé dans le même temps, à Lille, un rôle très tendu et dangereux dans un opéra contemporain.

    On m’a proposé le rôle alors que l’opéra n’était pas encore totalement composé. Donc j’ai dit oui à un rôle et pour lequel j’ai pu échanger sur la partition. Wolfgang Mitterer a écrit le rôle une première fois, me l’a envoyé comme à tous les chanteurs, et j’ai alors pu regarder toute la partition et lui donner mes impressions sur des passages à octavier. Il a alors adapté la partition à ma tessiture, du coup cela a été un grand luxe car je savais exactement ce que j’aurais à chanter, sans parties impossibles ou trop risquées. Je n’ai donc pas peur même avec une pièce contemporaine de dire que je peux ou que je ne peux pas chanter telle ou telle partie.

     

    Comment choisirez-vous choisir vos prochains rôles ?

    Je pense que j’ai beaucoup à faire dans Mozart ou la musique baroque. Rameau l’an dernier à Munich était ma première pièce baroque et cela m’a beaucoup motivé, je souhaite donc creuser dans cette voie. Chez Mozart, des rôles comme Pamina m’attirent beaucoup. Des rôles comme Gilda ou Violetta par exemple m’intéresseraient, mais il est hors de question que je touche à la Traviata avant au moins dix ans. À l’inverse, j’aimerais rapidement reprendre des rôles comme la Comtesse Adèle du Comte Ory. J’aime les personnages qui ont la possibilité de se développer tout au long de l’opéra.




    À voir :
    Festival d’été de l’Opéra de Munich : Ines (la Favorite), Un jeune Pâtre (Tannhäuser), Oscar (Un Bal masqué) et Voix du faucon (Femme sans ombre)

     

    Le 09/06/2017
    Vincent GUILLEMIN



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