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ENTRETIENS 19 novembre 2017

Jean-François Heisser,
beethovénien respectueux

© Thomas Chapouzot

À l’occasion de la sortie la semaine prochaine d’une intégrale des Concertos pour piano de Beethoven, au disque chez MIRARE et d’un concert ce dimanche à la nouvelle Seine musicale, le pianiste et chef d’orchestre Jean-François Heisser nous expose ses idées sur le compositeur ainsi que sur son approche des partitions du génie viennois.
 

Le 10/11/2017
Propos recueillis par Vincent GUILLEMIN
 



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  • Vous venez d’enregistrer une intégrale des concertos pour piano de Beethoven. Pourquoi maintenant ?

    Jusqu’à maintenant et bien que je l’ai évidemment toujours joué, je n’avais gravé que les dernières œuvres de Beethoven, les ultimes sonates, les Variations Diabelli et les Bagatelles. Mais même si j’ai été repéré plutôt dans des répertoires particuliers comme la musique espagnole ou française, Il est une toile de fond pour beaucoup de pianistes et l’on est de toute façon confronté en permanence à sa stature.

    Il y a quelque chose d’effrayant à enregistrer Beethoven, car il existe un monumental passé discographique, une généalogie d’interprétations les plus diverses possibles. Je crois d’ailleurs que l’on peut diviser les interprètes en deux mondes, tous deux complémentaires. Il y a ceux qui vont souhaiter exprimer le résultat d’une recherche personnelle, qui correspond à leur vie intérieure, et font avant tout passer leur personnalité. Et l’autre catégorie dont je fais partie, celle de musiciens que je considère dans une attitude totalement respectueuse par rapport à la musique.

    Ce n’est pas un propos polémique, je pense qu’il faut que les deux se côtoient, et à toutes les périodes musicales, il y a toujours eu ces deux voix. Mais il faut savoir si l’on veut toucher un très large public ou si l’on souhaite à l’inverse s’adresser à un public sans doute moins large, mais qui réagit plus intellectuellement à votre discours. Je pense donc qu’il existe toujours une place pour se faire entendre, même si la vie commerciale déséquilibre souvent la balance au profit de certains artistes.

     

    En effet, en enregistrant les concertos de Beethoven avec l’Orchestre de chambre Nouvelle-Aquitaine, vous vous placez en concurrence directe avec les plus grandes formations et les plus grands artistes depuis près d’un siècle…

    On m’a souvent fait remarquer qu’un orchestre de région pouvait difficilement exister dans un box-office, car évidemment les moyens ne sont pas les mêmes que pour les plus grands ensembles. D’ailleurs, nous avons failli faire cet enregistrement sur le vif puis nous avons finalement préféré laisser un vrai témoignage de studio, celui d’une expérience commune de nombreuses années, avec un résultat le plus qualitatif possible.

    Évidemment, c’est une approche exactement opposée à celle d’aller chercher un grand soliste, un grand orchestre et un grand chef et de les associer juste le temps d’un enregistrement. Le positionnement est différent et si vous regardez dans le passé quelles sont les grandes versions, à quelques rares exceptions près, mêmes les plus grandes ne proviennent pas de rencontres éphémères : elles avaient un sens profond.

     

    Outre le résultat d’une longue collaboration avec votre orchestre, qu’avez-vous souhaité montrer dans ces partitions si célèbres ?

    Sans citer de contexte particulier, j’ai eu l’occasion d’entendre les concertos de Beethoven avec des formations de cordes pléthoriques, même pour les concertos du début. Il me semble que cette conception a vieilli. Si l’on écoute aujourd’hui les symphonies du début jouées à l’époque de Karajan, on peut penser que les oreilles, en tout cas les oreilles éduquées, ont évolué. De toute façon, lorsqu’on est comme moi en présence d’une petite formation, on doit se placer dans un positionnement particulier, auquel s’ajoute le fait que l’on dirige du piano.

    Quand je suis arrivé dans la région Poitou-Charentes, je n’ai pas voulu concurrencer l’orchestre résident de la région et ai donc peu touché au répertoire classique, alors qu’au même moment ce dernier était en pleine rénovation en Europe grâce à des personnalités comme Herreweghe ou Harnoncourt. C’est est passé par un grand travail de musicologie et il me semble aujourd’hui évident de chercher à respecter d’abord les intentions de l’auteur plutôt qu’une tradition du siècle précédent, même si l’on joue sur instruments modernes. Ma volonté a donc été de concilier une version moderne, y compris pour le piano solo, tout en prenant en compte les enseignements des dernières décennies.

     

    Vous évoquiez lors d’une récente interview la rigueur des indications de Beethoven. Comment l’abordez-vous dans vos interprétations ?

    Évidemment, il y a toujours une interprétation autour des notes, donc également autour des indications de l’auteur. La seule chose dont on peut être sûr, c’est que rien n’est laissé au hasard chez Beethoven. Les indications sont très précises et même si cela reste toujours relativement peu, il y en a beaucoup plus que chez Mozart par exemple. Le spectre dynamique est plus large, c’est-à-dire qu’entre un piano et un pianissimo, il y a quelque chose d’extrêmement différencié qu’il faut à tout prix respecter. Pareil entre le forte et le fortissimo, la volonté de l’auteur est souvent gommée, même chez des grands musiciens voire chez des grands spécialistes de Beethoven.

    On voit d’ailleurs que le fait de jouer par cœur, donc sans partition, gomme des accents. C’est logique, car si vous jouez vingt fois un programme, vous ne remettez pas le nez dans la partition entre chaque concert, il y a une érosion ou une adaptation progressive de l’interprétation face à l’écrit. Je m’en suis rendu compte après les Variations Diabelli que j’ai beaucoup jouées. Un jour lors d’un long récital, je ne sais pas pourquoi mais j’ai eu envie de la partition et l’effet a été très surprenant, car j’ai eu l’impression de redécouvrir de nombreux passages que je jouais pourtant depuis des mois.

     

    Quelle a été votre évolution face à la musique de Beethoven ?

    J’appartiens à une école de piano français, avec pour maîtres Vlado Perlemuter et Marcel Ciampi. Une très belle école plus connue pour la musique française, mais également passionnante dans Beethoven. À l’époque, avec l’influence du Conservatoire, j’étais vraiment dans l’idée d’un Beethoven combatif, d’un compositeur sur lequel il fallait appuyer les contrastes, qu’il fallait dramatiser. Lorsque l’on est jeune et inexpérimenté, on force souvent le trait. Aujourd’hui, mes points d’ancrage et ce sur quoi je porte mon attention, en termes de fluidité, de clarté, de tempo, ont vraiment été modifiés pour alléger et simplifier le discours, le rendre plus naturel.

     

    Quels sont vos autres projets ?

    Il y a un grand dilemme pour un pianiste à choisir son répertoire, car objectivement, face à tous les autres instruments solistes, le piano est celui pour lequel le plus d’œuvre ont été composées. J’ai donc envie de revenir à des choses que je n’ai pas jouées depuis plus de vingt ans, et en même temps de continuer avec des pièces maîtresses ainsi que d’étendre mon répertoire sur toutes les périodes. J’aimerais notamment revenir à Dukas, car j’avais fait un disque rapidement il y a longtemps, dont on me parle encore aujourd’hui, et j’ai très rarement réinterprété depuis cette musique qu’il faut encore défendre.




    À écouter :

    Beethoven, Concertos pour piano, Jean-François Heisser, piano, Orchestre de chambre Nouvelle-Aquitaine, 3 CD MIRARE, sortie le 17 novembre

    À voir :
    Beethoven, Concerto pour piano n° 5, Jean-François Heisser, piano et direction, Orchestre de chambre Nouvelle-Aquitaine, La Seine Musicale, Boulogne, dimanche 12 novembre à 16h

     

    Le 10/11/2017
    Vincent GUILLEMIN



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