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ENTRETIENS 23 octobre 2018

Lisette Oropesa,
laisser flotter la voix

© Steven Harris

Sur les scènes depuis 2006, Lisette Oropesa retrouve l’Opéra de Paris cette saison pour l’Elisir d’amore et les Huguenots de Meyerbeer, où elle remplace Diana Damrau. Déjà remarquée à Bastille en Gilda l’année passée et à la Philharmonie en Nannetta, ainsi qu’à l’étranger dans les rôles de Lucia et Konstanze, la soprano américaine nous livre sa vision du chant.
 

Le 05/10/2018
Propos recueillis par Vincent GUILLEMIN
 



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  • Nous avions vu votre nom apparaître il y a quelques mois sur l’actuelle production de la Traviata à la Fenice, dans laquelle vous ne chantez finalement pas, puisque vous remplacez Diana Damrau sur la scène parisienne pour la nouvelle production des Huguenots ?

    Je n’avais pas vraiment confirmé cette Violetta et préfère prendre le rôle plus tard, donc j’étais libre lorsque l’on m’a appelé pour les Huguenots il y a trois semaines. Je ne connaissais pas le rôle et on m’a d’abord seulement envoyé la partition de l’acte II, en version piano-chant afin que j’apprenne les plus grandes parties du rôle. J’étais en Italie à ce moment et j’ai demandé une loge avec un piano pour me mettre au travail.

    Malheureusement, je suis tombée malade, donc je ne voulais pas chanter et j’ai juste joué en apprenant le texte et la musique. Lorsque je suis arrivée à Paris, j’ai demandé deux jours avec un pianiste avant de rejoindre les répétitions, mais on m’a rassuré en me disant que tout le monde en était au même niveau de préparation, et à l’époque c’était encore Bryan Hymel, pour Raoul, qui était le plus au point, mais qui débutait dans le rôle, comme tout le monde sur le plateau.

     

    À défaut d’exposer un style facilement identifiable, Meyerbeer embarque avec lui un siècle de musique et regarde parfois encore vers le baroque, tout en annonçant déjà toute la musique française du XIXe. En même temps, il écrit votre rôle pour un large ambitus. Comment avez-vous abordé les Huguenots ?

    Pour moi, le problème est surtout dans l’air, pas au début, où je peux tout à fait chanter le rôle car c’est legato et très belcantiste dans l’écriture, mais après l’interlude avec les trois femmes, les accents des mots ne sont pas les accents musicaux, ce qui sera vrai aussi ensuite chez Delibes ou Gounod, qui empruntent beaucoup à Meyerbeer. Après, la cabalette n’est pas simple non plus, mais les trilles ne me dérangent pas. Pour autant, c’est toujours un plaisir de chanter en français, même s’il faut avoir une grande vigilance sur les voyelles. Dans ce type de rôle, je me dis toujours qu’il faut chanter léger, que ce n’est justement pas du tout comme la Traviata, mais qu’il faut au contraire laisser les notes flotter et ne jamais forcer la voix.

     

    Comment choisissez-vous vos rôles ?

    Parfois, on ne choisit pas, c’est le rôle qui vous choisit. Parfois, on s’adapte aux situations. Évidemment, je ne me suis pas réveillée un matin en me disant que je voulais chanter Marguerite de Valois bientôt, c’est l’opportunité qui s’est présentée à moi. On peut bien sûr refuser, mais cela m’intéressait d’aborder Meyerbeer, notamment à Paris, car je vais aussi chanter dans Robert le Diable prochainement. Pour un chanteur, même connu, il n’est pas facile d’imposer un rôle. J’aimerais par exemple chanter la Juliette de Gounod, mais je ne peux pas aller voir les directeurs d’opéras et leur dire : « je veux chanter Juliette, il faut monter une production pour moi ! »

    Ensuite, il faut prendre quelques risques et ne pas se cantonner à un répertoire, et comme une actrice, il faut trouver des rôles qui passionnent. La Traviata n’est pas juste un rôle célèbre que l’on veut pour faire comme Callas, il concerne beaucoup de type de sopranos, des dramatiques aux plus légers, mais c’est un vrai personnage. Je cherche avant tout à ne jamais pousser ma voix, à ne pas la dénaturer en essayant des choses dont je n’ai pas les moyens.

     

    Comment avez-vous caractérisé Marguerite de Valois ?

    Le metteur en scène Andreas Kriegenburg m’a dit qu’il voulait une reine très libre, moderniste, pas froide et distante. Il voulait quelqu’un de léger et j’ai proposé une femme amoureuse, qui déteste son rôle politique. Ce n’est pas une chose naturelle, ni juste pour elle. Elle se fiche de ce combat de catholiques et protestants, elle s’intéresse aux personnes. À l’inverse, elle a justement la frustration de ne pas avoir assez de pouvoir pour calmer les deux parties et leur imposer d’arrêter leur guerre de religion, et dans une certaine mesure elle regrette de ne pas être un homme, car c’est par exemple Raoul qui refuse de se marier avec Valentine ; c’est l’homme qui décide.

     

    Quel est votre répertoire de prédilection ?

    C’est mon problème, je ne sais pas choisir. J’adore Mozart ou Wagner, j’écoute beaucoup Wagner, même si je sais qu’il n’y a pas de rôle pour moi. À chanter, j’aime beaucoup le bel canto, mais c’est un répertoire plus fait pour les chanteurs que pour les instrumentistes. L’orchestre est toujours en accompagnement, alors qu’avec l’apparition de Verdi en Italie, il reprend sa place, même si le chanteur reste prioritaire.

    J’aime regarder aussi dans le répertoire baroque des compositeurs comme Haendel, qui ressemblent dans le style vocal au bel canto, avec de grandes arias légères. Je recherche aussi des couleurs que l’on ne trouve pas dans la musique italienne, d’où mon attraction vers le répertoire français. C’est une autre manière d’exprimer les sentiments, notamment parce que la langue a d’autres accents et donc une autre manière de délivrer des impressions.

    Je veux aussi comprendre ce que je chante, et me produit donc seulement dans cinq langues. C’est pourquoi je ne veux pas aborder le répertoire tchèque ou russe. Chanter est comme parler : cela revient à communiquer. Écouter le chant et penser que c’est beau peut attirer en surface, mais ensuite, il faut savoir d’où viennent les émotions et même si la musique est primordiale, les mots gardent une grande importance. Par exemple, dans un récital, je fais moi-même toutes mes traductions, avec un dictionnaire s’il le faut, mais j’écris ce que je veux en fonction de ce que je comprends du texte. Ce travail m’aide beaucoup à me préparer.

     

    Quel est votre rapport à la mise en scène ?

    Kriegenburg par exemple fait des suggestions mais laisse beaucoup de liberté. D’autres imposent, ils savent ce qu’ils veulent et ne souhaitent pas discuter. Pour le moment, les deux me vont car j’apprends encore beaucoup des visions fortes. Lorsque j’aborde un rôle, surtout pour la première fois, j’arrive avec un travail sur le chant et avec des idées, mais pas avec quelque chose d’arrêté, je suis ouverte à la discussion, surtout sur le jeu d’acteur à adapter aux décors, qui peut être classique ou moderne, et aux collègues sur le plateau.

     

    Vous allez reprendre à Paris l’Élixir d’amour dans la mise en scène très drôle de Laurent Pelly, et sous la direction du jeune Giacomo Sagripanti.

    Pour tout vous dire, la première fois que j’ai appris le rôle, je ne l’ai pas aimé du tout. Je me disais qu’Adina était juste une pouf, mais maintenant, je trouve que cet opéra est un chef-d’œuvre, et que l’histoire est parfaite. Avec le chef, nous avons déjà travaillé ensemble à Glyndebourne, et Giacomo aide beaucoup les chanteurs. Nous n’avons pas encore pu discuter de l’opéra ensemble, mais je tenterai juste de lui imposer une chose, qu’il ne refusera pas je pense, qui est de faire l’ut à la fin de mon air. Il n’est pas écrit, mais j’avais entendu Scotto le faire plutôt que de passer directement à la cabalette. Pour tout le reste, je suivrai ses idées.

     

    Cette saison, vous chantez à la Scala avec Mariotti dans I Masnadieri.

    Tout le monde pense que c’est un rôle verdien relativement lourd car il a été écrit pour une soprano suédoise, mais en réalité, c’était un rôle de colorature à l’époque, et écrit comme tel, plus léger que Violetta, ce qui est parfait pour moi. Mariotti m’a demandé si je n’avais pas peur de chanter à la Scala, mais je vais arriver préparée, et tant pis s’il y a des huées. C’est la Scala, on le sait !




    À voir :
    Marguerite de Valois dans les Huguenots, mise en scène Andreas Kriegenburg, direction Michele Mariotti, Opéra Bastille, jusqu’au 24 octobre.
    Adina dans l’Élixir d’amour de Donizetti, mise en scène Laurent Pelly, direction Giacomo Sagripanti, Opéra Bastille, du 25 octobre au 25 novembre.

     

    Le 05/10/2018
    Vincent GUILLEMIN



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