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ENTRETIENS 19 octobre 2019

Maria José Siri,
de Tosca à l’infini

© DR

Connue surtout pour chanter Verdi et Puccini, la soprano uruguayenne Maria José Siri évolue principalement sur les scènes italiennes, et s’attèle aujourd’hui au Teatro alla Scala à la version initiale de Manon Lescaut, après avoir déjà interprété en 2017 pour Riccardo Chailly la première partition de Madame Butterfly sur la scène scaligère.
 

Le 10/04/2019
Propos recueillis par Vincent GUILLEMIN
 



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  • Après avoir interprĂ©tĂ© Manon Lescaut de nombreuses fois, vous chantez cette fois le rĂ´le Ă  La Scala dans sa version d’origine ?

    Manon était un rôle que je ne voulais pas aborder il y a cinq ans. Je pensais m’arrêter pour le moment avec Tosca, déjà assez complexe pour moi. Mais lorsque j’ai chanté cette héroïne à l’Opéra de Vienne, mon ancienne professeure Ileana Cotrubas était dans la salle, ainsi que Plácido Domingo. Après la représentation, ils sont venus me voir et Domingo m’a demandé si je voulais chanter Manon pour lui. J’ai d’abord demandé quelle Manon évidemment, car celle de Massenet était mon rêve depuis des années. Mais il m’a confirmé qu’il parlait bien de celle de Puccini, en précisant que ma voix était maintenant prête pour.

    J’y ai donc fait mes débuts à Valence, dans la production de Parme. J’ai pris un énorme plaisir à chanter le rôle et aujourd’hui, je suis particulièrement intéressée par le fait d’aborder la version initiale. Puccini était beaucoup trop exigeant avec lui-même et la seconde version est sans doute un peu plus concentrée, mais la première a un véritable charme, et je préfère le premier Sola perduta abbandonata. J’ai finalement la même préférence pour la première version de Madame Butterfly, même si le premier acte est un peu long, les arias et notamment le dernier me semblent écrits avec plus de naturel.

     

    Vous chantez Manon à La Scala, une salle chargée d’histoire.

    Pour moi, c’est la même chose que chanter ailleurs. J’ai une responsabilité parce que Manon Lescaut n’avait plus été entendue ici depuis vingt-et-un ans, la dernière fois avec Cura et Guleghina sous Muti. J’avais la même approche pour Butterfly et finalement, je suis la seule soprano pour le moment à avoir interprété les deux versions initiales de ces opéras de Puccini à La Scala. Pour le reste, c’est la même pression pour moi, car tous les publics méritent la même attention et la même qualité. Je ne me dirais jamais un soir que parce que je chante à La Scala, je peux quelques jours plus tard ne pas donner le meilleur dans une salle plus petite.

    Pour ma voix en revanche, je me sens mieux dans les grands théâtres, je sens plus de liberté pour laisser sortir les harmoniques jusqu’au bout du théâtre. Dans certains opéras, le public est très proche et cela peut être une source de stress, alors que dans les Arènes de Vérone, que certains détestent car ils les trouvent beaucoup trop larges, je me sens parfaitement à l’aise. Vous ne voyez personne, vous pouvez alors regarder le ciel et laisser parler votre imaginaire, jusqu’à un point à l’infini.

     

    Vous allez chanter la saison prochaine dans la nouvelle production de La Force du destin à la Deutsche Oper de Berlin, dans la nouvelle mise en scène de Castorf. Comment abordez-vous ce type de projet et quel est votre rapport aux mises en scène ?

    Je n’ai jamais travaillé avec Frank Castorf, donc je verrai sur le moment. Je suis chanteuse et je ne veux pas prendre le rôle du metteur en scène. Je fais ce qu’il me demande, j’essaie de m’adapter au mieux à ses besoins. Lorsque je participe à une reprise, je cherche plus à copier ce qui a déjà été fait, car la mise en scène a été travaillée auparavant avec d’autres. Lorsque c’est une nouvelle production, on a la possibilité d’échanger avec le metteur en scène, et donc de faire évoluer le rôle en fonction de ce que l’on propose également. Je cherche alors à savoir quel style il recherche, quel langage corporel l’intéresse et pourquoi.

     

    Vous chantez surtout en italien, est-ce un choix ?

    J’ai commencé à chanter Tatiana d’Eugène Onéguine, mais ce n’est pas simple pour moi à mémoriser, car je ne parle pas le russe. Et puis le monde possède de nombreuses Tatiana, donc on ne m’attend pas dans ce rôle. Je ne veux pas souffrir en prenant une partition, j’adore la musique russe, mais ce n’est pas une priorité dans ma carrière.

    La musique française était un répertoire de rêve et j’adore Massenet, mais lorsque je proposais lors des castings certains airs de ce compositeur, par exemple celui de Thaïs, immédiatement après, les personnes face à moi me demandaient si je pouvais chanter également un air de Verdi. Cela est arrivé les trois premières années de ma carrière, parce que ma voix leur semblait plus adaptée au répertoire verdien.

     

    Vous vous êtes donc orientée vers des rôles lourds du répertoire de soprano, d’Aïda à Tosca, comment protégez-vous votre voix pour les tenir sur toute une saison et dans l’avenir ?

    Je crois en la technique du silence. Ce n’est pas très bon pour moi de parler, surtout de parler fort. Donc je limite les appels téléphoniques, je fais très attention à ne jamais monter en termes de volume sonore, même dans des pays qui ont l’habitude de parler sans se limiter, comme l’Italie ou l’Espagne. Cela correspond d’ailleurs à ma langue natale, en Uruguay, plus douce que le vrai castillan.

     

    Pour revenir à Puccini, vous allez chanter à la rentrée deux rôles du Trittico, ce qui est assez rare. Comment les aborder malgré leurs différences ?

    Si ce n’est pas la première fois que je chante Suor Angelica, je fais en effet mes débuts dans Giorgetta d’Il Tabarro. Je ferai attention avec Puccini, d’abord parce que j’ai chanté à peu près tous les rôles pucciniens adaptés à ma voix, qu’il faudra que je détende un peu avec d’autres partitions plus souples.

    Pour rester dans le répertoire vériste, je rêve depuis longtemps de chanter Adriana Lecouvreur, qui est enfin programmée pour 2020. Ensuite, je souhaite revenir beaucoup à Verdi, et peut-être tenter d’éclairer à nouveau la voix, avec des rôles comme Medora du Corsaire. J’ai déjà abordé Odabella d’Attila et d’autres jeunes Verdi que j’aime beaucoup, mais je souhaiterais également aborder des personnages féminins plus matures, comme Elena des Vêpres siciliennes ou reprendre Elisabeth de Don Carlo, que ce soit en italien ou en français.

    J'aimerais aussi rechanter Desdémone d’Otello, même si aujourd’hui, on attend plus pour cette femme un soprano lyrique plutôt qu’un lyrico-spinto, car je souhaite vraiment développer les prochaines années de ma carrière avec Verdi, et j’espère aussi revenir prochainement en France, car je n’ai chanté jusqu’à maintenant qu’un concert à Paris, au Théâtre des Champs-Élysées, et le public y est particulièrement chaleureux.

     

    Le 10/04/2019
    Vincent GUILLEMIN



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