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ENTRETIENS 25 octobre 2021

Catherine Hunold, soprano dramatique français
© Cyril Cosson

Wagnérienne française par excellence, Catherine Hunold parvient à endosser, malgré une situation sanitaire très complexe, les deux parties de Vénus et Elisabeth dans Tannhäuser à l’Opéra de Rouen. Elle nous livre son regard sur ces rôles, le contexte de cette production et ses projets, en espérant que ces derniers se concrétisent !
 

Le 25/09/2020
Propos recueillis par Vincent GUILLEMIN
 



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  • Vous prenez les rĂ´les de VĂ©nus et Elisabeth dans la nouvelle production de Tannhäuser Ă  l’OpĂ©ra de Rouen. Pouvez-vous nous en dire plus sur votre approche de ces deux emplois, qui plus est dans une situation très compliquĂ©e ?

    Tout a été organisé pour que nous nous sentions en sécurité. Nous sommes testés régulièrement et les gestes barrière dans l’enceinte de l’opéra sont scrupuleusement respectés. Les techniciens et les musiciens entrent par des entrées différentes de celles des chanteurs, et il n’y a pas de mélange. En revanche, nous sommes forcément beaucoup en même temps sur scène, le chœur est presque toujours présent et nous jouons quasi normalement.

    Nous ne sommes pas du tout sur ce que l’on pourrait appeler une « mise en scène Covid » ; la dramaturgie nous maintient souvent proches et nous nous touchons et nous embrassons entre chanteurs. Nous faisons très attention en dehors du théâtre, mais sur scène, il faut que la musique et le théâtre vivent !

     

    Y a-t-il une incidence par rapport à l’orchestre et au chef, placés très différemment de ce à quoi vous avez l’habitude ?

    Oui, car pour une fois, nous sommes devant l’orchestre et au-dessous de lui. Il y a donc des prompteurs et l’estrade est surélevée, mais si l’on peut parfois être en contact avec le chef, il reste tout de même une impression de deux espaces distants. Le rendu est très curieux, avec deux unités sonores et un espace-temps très différents de ceux que l’on connaît. En un sens, c’est très agréable de voir les musiciens jouer, mais d’un autre point de vue, nous nous cherchons beaucoup et cela angoisse le chef, Rudolf Piehlmayer. Il sera curieux d’entendre dès dimanche comment cela va sonner, mais je crois que ce sera très intéressant pour le public.

     

    Puisque vous tenez les deux rôles féminins, avez-vous eu un avis sur la version choisie ?

    Elle avait été validée auparavant par le théâtre : il s’agit de la seconde version de Dresde, de 1847. Sachant cela, c’est moi qui ai proposé de faire les deux rôles, ce que le directeur a tout de suite accepté. L’expérience est passionnante, car il s’agit de deux personnages à la fois suffisamment proches en termes de tessiture pour être joués par une même personne lors d’une soirée, et en même temps complètement différents par leurs caractères. Je ne les trouve pas opposés, comme certains cherchent à le montrer, mais je les ai travaillés de manière totalement séparée.

    Le metteur en scène, David Bobée, ne voulait pas une opposition entre Elisabeth et Vénus, mais entre Vénus et la Vierge Marie, donc entre deux religions ; cette idée est très intéressante à travailler. Après avoir chanté Brünnhilde, Ortrud ou récemment Kundry, Vénus est un rôle tout à fait évident dans mon parcours de wagnérienne.

    À l’inverse, il m’intéressait de travailler également le penchant plus sensible et plus lyrique, dans lequel on n’a moins l’habitude de m’entendre, avec Elisabeth. Chez cette femme, je recherche alors beaucoup plus la lumière, et c’est un rôle parfaitement placé dans ma saison, puisqu’il précède de quelques mois seulement Leonora de La Force du destin, souvent chantée au même moment de leur carrière par les grandes sopranos lyrico-spinto.

     

    En termes de carrière, vous êtes considérée comme la grande chanteuse wagnérienne française actuelle. Comment avez-vous maintenu ce cap tout en restant en France, alors que pour tenir régulièrement tous ces rôles, un début en troupe dans un théâtre en Allemagne aurait semblé bien plus évident ?

    Je crois que la réponse est tout simplement que ma carrière n’est pas du tout logique. Quand vous pensez que mon premier rôle wagnérien a été Isolde à 35 ans, il n’y a rien de naturel là-dedans. Cela ne s’est pas construit de cette manière, mais c’est arrivé. Jamais je n’aurais pensé auparavant faire mon parcours avec ce compositeur pour référence !

    Au gré des rencontres ou des propositions, les pièces du puzzle se sont mises en place et m’ont fait me retrouver entière dans un certain répertoire. Pour autant, la base de mon enseignement reste Mozart et Verdi, et pour mes professeurs, lorsque j’osais parler de Wagner, il y avait une opposition systématique. Je suis donc tombée dedans sans le vouloir, et par la suite, on m’a proposé d’autres rôles wagnériens.

     

    En plus de Wagner, qui pourrait presque faire figure de rareté en France, on ressent aussi votre envie de chanter de vraies curiosités, notamment des ouvrages français quasi inconnus, et bientôt une création contemporaine à Limoges ?

    Tout à fait. Pour ces œuvres, on me demande souvent si ça ne me fait pas peur d’apprendre un rôle pour ne le chanter qu’une fois dans ma vie. Mais ce point ne m’importe pas, ce qui m’intéresse au contraire, c’est la création en elle-même. C’est ce mouvement, cette recherche et cet émerveillement de créer ou recréer une partition, sans a priori sonore, qui me passionne. Cela ouvre de grandes perspectives et permet d’entrer totalement dans l’univers d’un compositeur, qu’il s’agisse d’un Massenet, avec le Bacchus que nous devions chanter au Festival de Radio France l’été dernier, ou de l’Aliénor à venir d’Alain Voirpy à Limoges.

    Pour cette dernière, on peut clairement parler de cousu main, puisque nous sommes sur ma partie depuis deux ans avec le compositeur. Même avant d’écrire, Alain Voirpy était venu m’écouter plusieurs fois pour s’adapter au mieux à ma voix. On rentre donc avec son Aliénor dans un univers de grand soprano dramatique, dans la pleine continuité de Wagner et plus encore de Strauss, et le fait qu’un compositeur écrive directement pour vous, pour votre voix exacte, est une chance incroyable !

     

    Aliénor est un personnage historique très important et une femme forte, comme vous semblez le rechercher souvent dans vos rôles ?

    C’est une femme d’une importance rare dans l’Histoire. C’est la mère de presque tous les rois et reines européens actuels. Il est clair que travailler ce type de personnage, de même que Françoise de Rimini (d’Ambroise Thomas) ou Kundry, vous offrent directement un véritable support. Je n’aime pas arriver dans une production avec une idée préconçue d’un rôle, j’aime que le metteur en scène et le chef me nourrissent et travaillent avec moi. Mais auparavant, j’ai aussi besoin de m’imprégner de tout le matériel disponible sur le rôle, et pas seulement de la partie musicale.

     

    Comment ne pas regretter le fait que vous soyez très peu enregistrée, tant au récital que sur des raretés pour lesquels, sauf Les Barbares de Saint-Saëns à Saint-Étienne, même le Palazzetto Bru Zane n’était pas présent pour les immortaliser ?

    D’abord, je pense que les grandes voix font un peu peur à enregistrer en récital. Pour l’instant en effet, les éléments n’ont pas conduit à ce que j’enregistre, même si j’aimerais beaucoup. Peut-être aussi n’ai-je pas montré assez mon désir et dois-je mieux le faire savoir. Ensuite, la situation actuelle ne va évidemment pas aider à développer des enregistrements, là où les budgets étaient souvent déjà très serrés auparavant.

    Parmi les projets, j’avais toutefois avec la pianiste Anne Le Bozec l’idée d’un enregistrement Messiaen, qui était aussi en discussion dans le cadre du Festival Messiaen de La Meije. Il est aujourd’hui en suspens, et parmi les projets que j’aimerais réussir à développer, il est certain que j’adorerais jouer et enregistrer tous les grands Verdi en français.

     

    Pour revenir à la scène, malgré des annulations à prévoir, quelles sont pour vous les grandes orientations pour le futur ?

    Évidemment, j’adorerais retrouver Isolde, même si en chantant à la fois Vénus et Elisabeth, j’arrive finalement à un rôle global qui crée pratiquement Isolde. Un grand opéra français va arriver dans une saison, mais c’est encore confidentiel ; en revanche, je peux déjà évoquer qu’après Kundry à Palerme, d’autres projets avec le Teatro Massimo sont prévus, notamment des Vêpres siciliennes en français ! Puis évidemment, encore des collaborations avec le Théâtre du Capitole, dont La Forza del destino cette saison.

    Avec la situation présente, il faut croiser les doigts et espérer que les projets aboutissent, d’autant qu’une grande voix implique de grands opéras, et donc les productions les plus à risque dans les années à venir.




    A voir :
    Tannhäuser de Wagner, mise en scène David Bobée, direction Rudolf Piehlmayer, Opéra de Rouen Normandie, du 27 septembre au 3 octobre.

    Aliénor, opéra d’Alain Voirpy, mise en scène Kristian Frédric, direction Daniel Kawka, Opéra de Limoges, 29 et 30 juin 2021.

     

    Le 25/09/2020
    Vincent GUILLEMIN



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