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ENTRETIENS 18 aoŻt 2019

James Conlon, un musicien infatiguable
© Eric Mahoudeau

Actuel directeur musical de l'Op√©ra de Paris, James Conlon dirige √©galement l'orchestre G√ľrzenich de Cologne ainsi que le " May Festival " de Cincinnatti, le plus ancien festival de musique chorale des Etats-Unis. Son activit√© discographique est non moins d√©bordante avec entre autres une int√©grale Zemlinsky ou " Rossignol " et " Renard " de Stravinsky pour EMI.
 

Le 19/11/1999
Propos recueillis par Olivier BERNAGER
 



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  • Quelles sont vos fonctions √† Paris et vos activit√©s √† l'√©tranger ?


    Mes fonctions sont artistiques. J'assume comme chef d'orchestre les représentations programmées par Hugues Gall et je lui prodigue mes conseils sur les distributions et les ouvrages à monter. Depuis trois ans que je travaille ici, j'ai renouvelé plus de quarante pupitres, ce qui représente plus de 25 % de l'orchestre. La plupart des artistes qui nous rejoignent sont jeunes et français. J'assure à Paris une cinquantaine de représentations par an qui comportent quatre ou cinq nouvelles productions, plus quelques concerts symphoniques. Mon répertoire est vaste : Wagner, Verdi, Mozart, le vingtième siècle. Mon contrat à Paris a été renouvelé récemment et court jusqu'à 2004.
    √Ä Cologne, je d√©bute ma dixi√®me saison avec l'orchestre G√ľrzenich Orchester dont les activit√©s sont regroup√©es dans une magnifique salle qui a transform√© toute la vie musicale de la ville.
    Aux √Čtats-Unis, j'ai un Festival qui a lieu au mois de mai, √† Cincinnatti. C'est le plus ancien festival de musique chorale de ce pays. J'ai f√™t√© mon vingti√®me anniversaire √† la t√™te de cette institution o√Ļ j'ai pris la succession directe de James Levine. Outre ces trois postes permanents, j'accepte des invitations comme en f√©vrier 2000, Wozzeck d'Alban Berg √† la Scala. Je fais quelques concerts chaque ann√©e avec l'orchestre symphonique de Boston, √† Tanglewood ou au festival d'Aspen o√Ļ j'√©tais √©tudiant, il y a trente ans.

     
    Que vous apporte votre activité de chef symphonique par rapport à votre activité lyrique ?

    Toutes les activités sont complémentaires : ce que j'apprends dans la fosse me sert dans la symphonie et vice-versa. Toute la musique exige la même attitude de la part de l'interprète. Seuls les genres diffèrent : la musique symphonique, lyrique, soliste, la musique de chambre
    C'est une richesse de pouvoir toucher √† tous. Pour ma part, depuis mon plus jeune √Ęge, je me partage entre le symphonique et le lyrique. √Ä Paris, je suis un chef lyrique mais ailleurs, notamment √† Cologne et aux √Čtats-Unis, je dirige des concerts symphoniques.

     
    Ne vous ennuyez-vous jamais à force de diriger à de nombreuses reprises le même ouvrage ?

    Pas une seconde. J'ai un credo : je dirige chaque jour comme si c'était le dernier jour de ma vie. Je n'oublie jamais qu'il peut y avoir dans le public des auditeurs qui viennent pour la première fois et peut être la dernière si cela ne leur plait pas. C'est pourquoi je dois donner toujours à 100 %. Quand j'ai été à l'opéra pour la première fois, j'ai eu le coup de foudre
    L'interprète a le pouvoir d'avoir cet effet-là sur son public, sa responsabilité est donc grande chaque jour. Heureusement, j'ai la personnalité pour cela, et aussi le physique et l'énergie. Je ne m'ennuie jamais. Falstaff que je dirige actuellement, je pourrais en faire encore 100 représentations ; cela ne m'ennuierait pas une seconde

     
    Comment vous para√ģt la vie musicale en France ?

    Ce n'est pas √† moi de juger les critiques ! Le public Europ√©en √©coute avec une culture qui m'int√©resse beaucoup. En Allemagne, le public est vraiment passionn√© par la musique classique. Il √©coute avec une sorte de sens m√©taphysique. Pour lui, √©couter de la musique est un acte fondamental. C'est aussi le cas en France, avec cependant, dans une grande ville comme Paris, une sp√©cialisation du public : on trouve des amateurs exclusifs de lyrique, de musique de chambre, de symphonique. Ainsi, je peux diriger ici avec succ√®s des oeuvres aussi mal connues que " Le nain " d'Alexander von Zemlinsky, un compositeur que je d√©fends beaucoup. La preuve : toutes les repr√©sentations √† Garnier ont √©t√© compl√®tes. Nous avons cr√©√© un op√©ra de Philippe F√©nelon (" Salamb√ī ") √† l'Op√©ra-Bastille qu'on va reprendre cette saison, l√† aussi le public a suivi. C'est le signe qu'il est tr√®s ouvert.
    Il faut se rappeler que les deux salles de l'Opéra de Paris, le Palais Garnier et l'Opéra-Bastille donnent 360 représentations par an et que 97 % des places sont vendues. C'est donc un public hétérogène qui vient vers un répertoire varié incluant la création contemporaine.

     
    Vers quel répertoire allez-vous le plus volontiers ?

    Un chef permanent est responsable d'une institution symphonique ou lyrique. Il doit avoir un r√©pertoire comprenant au moins deux si√®cles de musique. D√®s mon plus jeune √Ęge, d√®s mes treize ans, j'ai √©t√© s√Ľr que je voulais √™tre chef d'orchestre. √Ä cette fin, je me suis orient√© vers le plus large r√©pertoire possible mais ce n'est pas parce que je dirige une oeuvre que j'en oublie les autres ! Si je dirige Berg, je sais que Beethoven existe aussi, et Mahler ! et Stravinsky ! Pour r√©sumer, je ne dirige pas la musique que je n'aime pas. Vous voulez conna√ģtre mes go√Ľts ? Il n'y a jamais une saison sans Mahler, sans Wagner, sans Mozart, sans Verdi. Je ne peux pas imaginer ne pas les diriger chaque ann√©e. J'en suis √† 260 Mahler ! C'est un besoin inextinguible ! Quand j'aurai fait cette ann√©e le Cr√©puscule des Dieux, j'aurai dirig√© tous les grands op√©ras de Wagner. Ces auteurs sont essentiels √† ma sant√© artistique.

    J'en suis à 260 Mahler ! C'est un besoin inextinguible ! Quand j'aurai fait cette année le Crépuscule des Dieux, j'aurai dirigé tous les grands opéras de Wagner. Ces auteurs sont essentiels à ma santé artistique.

     
    Quelles sont vos relations avec les metteurs en scène, les chanteurs, comment êtes-vous dans le travail ?

    C'est tr√®s vari√©. Je ne suis pas toujours d'accord avec les metteurs en sc√®ne. Je d√©fends toujours la musique sans compromis. Si je ne suis pas d'accord, je le dis : parfois avec un r√©sultat, parfois sans r√©sultat. Quand on est Directeur musical, on peut modifier un concept de mise en sc√®ne, mais pas le changer totalement. Comme chef invit√©, je peux me retirer facilement si cela ne me pla√ģt pas. Ici c'est diff√©rent : je ne peux pas abandonner une institution dont j'ai la responsabilit√© parce qu'une mise en sc√®ne ne me convient pas.
    Avec les chanteurs, le travail suit toujours le même parcours : répétitions avec piano en soliste, puis en groupe. Ainsi établit-on une base puis vient le développement sur scène, enfin, les répétitions avec orchestre. La voix humaine est un outil exceptionnel : il n'y en pas deux identiques. Il n'y a donc pas de recette.

    Je n'oublie jamais qu'il peut y avoir dans le public des auditeurs qui viennent pour la premi√®re fois et peut √™tre la derni√®re si cela ne leur pla√ģt pas

     
    Pouvez-vous évoquer la figure de Maria Callas ?

    En 1972, alors que j'étais étudiant à la Julliard School, Maria Callas était venu à une répétition de La Bohème que je devais diriger une fois au pied levé. Après m'avoir entendu une quinzaine de minutes, elle a conseillé au Président de la Juillard de me prendre pour toutes les représentations. C'est elle qui a lancé ma carrière !

     
    Quel est votre programme pour l'année 2000 ?

    Apr√®s Falstaff √† Paris et un concert √† deux orchestres avec Semyon Bychkof √† Cologne pour c√©l√©brer le passage au troisi√®me mill√©naire, j'irai en Espagne avec mon Orchestre G√ľrzenich de Cologne, puis √† New York (√† Carnegie Hall) avec von Zemlinsky, puis √† Florence. Je dirigerai pendant la m√™me p√©riode Wozzeck √† la Scala de Milan. En Mars, il y aura la nouvelle production parisienne des " Contes d'Hoffmann " d'Offenbach puis une tourn√©e en Gr√®ce. Viendront ensuite mes deux festivals de mai, √† Cologne d'abord avec notamment une cr√©ation mondiale de York H√∂ller, puis √† Cincinnatti ou je donnerai les G√ľrrelieder de Sch√∂nberg et la Huiti√®me de Mahler.

     

    Le 19/11/1999
    Propos recueillis par Olivier BERNAGER



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