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ENTRETIENS 23 avril 2019

James Conlon, un musicien infatiguable
© Eric Mahoudeau

Actuel directeur musical de l'Opéra de Paris, James Conlon dirige également l'orchestre Gürzenich de Cologne ainsi que le " May Festival " de Cincinnatti, le plus ancien festival de musique chorale des Etats-Unis. Son activité discographique est non moins débordante avec entre autres une intégrale Zemlinsky ou " Rossignol " et " Renard " de Stravinsky pour EMI.
 

Le 19/11/1999
Propos recueillis par Olivier BERNAGER
 



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  • Quelles sont vos fonctions à Paris et vos activités à l'étranger ?


    Mes fonctions sont artistiques. J'assume comme chef d'orchestre les représentations programmées par Hugues Gall et je lui prodigue mes conseils sur les distributions et les ouvrages à monter. Depuis trois ans que je travaille ici, j'ai renouvelé plus de quarante pupitres, ce qui représente plus de 25 % de l'orchestre. La plupart des artistes qui nous rejoignent sont jeunes et français. J'assure à Paris une cinquantaine de représentations par an qui comportent quatre ou cinq nouvelles productions, plus quelques concerts symphoniques. Mon répertoire est vaste : Wagner, Verdi, Mozart, le vingtième siècle. Mon contrat à Paris a été renouvelé récemment et court jusqu'à 2004.
    À Cologne, je débute ma dixième saison avec l'orchestre Gürzenich Orchester dont les activités sont regroupées dans une magnifique salle qui a transformé toute la vie musicale de la ville.
    Aux États-Unis, j'ai un Festival qui a lieu au mois de mai, à Cincinnatti. C'est le plus ancien festival de musique chorale de ce pays. J'ai fêté mon vingtième anniversaire à la tête de cette institution où j'ai pris la succession directe de James Levine. Outre ces trois postes permanents, j'accepte des invitations comme en février 2000, Wozzeck d'Alban Berg à la Scala. Je fais quelques concerts chaque année avec l'orchestre symphonique de Boston, à Tanglewood ou au festival d'Aspen où j'étais étudiant, il y a trente ans.

     
    Que vous apporte votre activité de chef symphonique par rapport à votre activité lyrique ?

    Toutes les activités sont complémentaires : ce que j'apprends dans la fosse me sert dans la symphonie et vice-versa. Toute la musique exige la même attitude de la part de l'interprète. Seuls les genres diffèrent : la musique symphonique, lyrique, soliste, la musique de chambre
    C'est une richesse de pouvoir toucher à tous. Pour ma part, depuis mon plus jeune âge, je me partage entre le symphonique et le lyrique. À Paris, je suis un chef lyrique mais ailleurs, notamment à Cologne et aux États-Unis, je dirige des concerts symphoniques.

     
    Ne vous ennuyez-vous jamais à force de diriger à de nombreuses reprises le même ouvrage ?

    Pas une seconde. J'ai un credo : je dirige chaque jour comme si c'était le dernier jour de ma vie. Je n'oublie jamais qu'il peut y avoir dans le public des auditeurs qui viennent pour la première fois et peut être la dernière si cela ne leur plait pas. C'est pourquoi je dois donner toujours à 100 %. Quand j'ai été à l'opéra pour la première fois, j'ai eu le coup de foudre
    L'interprète a le pouvoir d'avoir cet effet-là sur son public, sa responsabilité est donc grande chaque jour. Heureusement, j'ai la personnalité pour cela, et aussi le physique et l'énergie. Je ne m'ennuie jamais. Falstaff que je dirige actuellement, je pourrais en faire encore 100 représentations ; cela ne m'ennuierait pas une seconde

     
    Comment vous paraît la vie musicale en France ?

    Ce n'est pas à moi de juger les critiques ! Le public Européen écoute avec une culture qui m'intéresse beaucoup. En Allemagne, le public est vraiment passionné par la musique classique. Il écoute avec une sorte de sens métaphysique. Pour lui, écouter de la musique est un acte fondamental. C'est aussi le cas en France, avec cependant, dans une grande ville comme Paris, une spécialisation du public : on trouve des amateurs exclusifs de lyrique, de musique de chambre, de symphonique. Ainsi, je peux diriger ici avec succès des oeuvres aussi mal connues que " Le nain " d'Alexander von Zemlinsky, un compositeur que je défends beaucoup. La preuve : toutes les représentations à Garnier ont été complètes. Nous avons créé un opéra de Philippe Fénelon (" Salambô ") à l'Opéra-Bastille qu'on va reprendre cette saison, là aussi le public a suivi. C'est le signe qu'il est très ouvert.
    Il faut se rappeler que les deux salles de l'Opéra de Paris, le Palais Garnier et l'Opéra-Bastille donnent 360 représentations par an et que 97 % des places sont vendues. C'est donc un public hétérogène qui vient vers un répertoire varié incluant la création contemporaine.

     
    Vers quel répertoire allez-vous le plus volontiers ?

    Un chef permanent est responsable d'une institution symphonique ou lyrique. Il doit avoir un répertoire comprenant au moins deux siècles de musique. Dès mon plus jeune âge, dès mes treize ans, j'ai été sûr que je voulais être chef d'orchestre. À cette fin, je me suis orienté vers le plus large répertoire possible mais ce n'est pas parce que je dirige une oeuvre que j'en oublie les autres ! Si je dirige Berg, je sais que Beethoven existe aussi, et Mahler ! et Stravinsky ! Pour résumer, je ne dirige pas la musique que je n'aime pas. Vous voulez connaître mes goûts ? Il n'y a jamais une saison sans Mahler, sans Wagner, sans Mozart, sans Verdi. Je ne peux pas imaginer ne pas les diriger chaque année. J'en suis à 260 Mahler ! C'est un besoin inextinguible ! Quand j'aurai fait cette année le Crépuscule des Dieux, j'aurai dirigé tous les grands opéras de Wagner. Ces auteurs sont essentiels à ma santé artistique.

    J'en suis à 260 Mahler ! C'est un besoin inextinguible ! Quand j'aurai fait cette année le Crépuscule des Dieux, j'aurai dirigé tous les grands opéras de Wagner. Ces auteurs sont essentiels à ma santé artistique.

     
    Quelles sont vos relations avec les metteurs en scène, les chanteurs, comment êtes-vous dans le travail ?

    C'est très varié. Je ne suis pas toujours d'accord avec les metteurs en scène. Je défends toujours la musique sans compromis. Si je ne suis pas d'accord, je le dis : parfois avec un résultat, parfois sans résultat. Quand on est Directeur musical, on peut modifier un concept de mise en scène, mais pas le changer totalement. Comme chef invité, je peux me retirer facilement si cela ne me plaît pas. Ici c'est différent : je ne peux pas abandonner une institution dont j'ai la responsabilité parce qu'une mise en scène ne me convient pas.
    Avec les chanteurs, le travail suit toujours le même parcours : répétitions avec piano en soliste, puis en groupe. Ainsi établit-on une base puis vient le développement sur scène, enfin, les répétitions avec orchestre. La voix humaine est un outil exceptionnel : il n'y en pas deux identiques. Il n'y a donc pas de recette.

    Je n'oublie jamais qu'il peut y avoir dans le public des auditeurs qui viennent pour la première fois et peut être la dernière si cela ne leur plaît pas

     
    Pouvez-vous évoquer la figure de Maria Callas ?

    En 1972, alors que j'étais étudiant à la Julliard School, Maria Callas était venu à une répétition de La Bohème que je devais diriger une fois au pied levé. Après m'avoir entendu une quinzaine de minutes, elle a conseillé au Président de la Juillard de me prendre pour toutes les représentations. C'est elle qui a lancé ma carrière !

     
    Quel est votre programme pour l'année 2000 ?

    Après Falstaff à Paris et un concert à deux orchestres avec Semyon Bychkof à Cologne pour célébrer le passage au troisième millénaire, j'irai en Espagne avec mon Orchestre Gürzenich de Cologne, puis à New York (à Carnegie Hall) avec von Zemlinsky, puis à Florence. Je dirigerai pendant la même période Wozzeck à la Scala de Milan. En Mars, il y aura la nouvelle production parisienne des " Contes d'Hoffmann " d'Offenbach puis une tournée en Grèce. Viendront ensuite mes deux festivals de mai, à Cologne d'abord avec notamment une création mondiale de York Höller, puis à Cincinnatti ou je donnerai les Gürrelieder de Schönberg et la Huitième de Mahler.

     

    Le 19/11/1999
    Propos recueillis par Olivier BERNAGER



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