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ENTRETIENS 23 avril 2019

Karita Mattila, résolument impériale
© Schaffler

Elle campe une Lisa au timbre étrange et captivant dans la Dame de Pique à l'opéra Bastille. Rencontre avec une très attachante musicienne au sommet de son art.
 

Le 02/11/1999
Propos recueillis par Michel PAROUTY
 



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  • A l'Opéra Bastille, vous venez de chanter Lisa, dans La Dame de pique de Tchaïkovski, dans une mise en scène de Lev Dodin. Accordez-vous une grande importance au choix d'un metteur en scène?

    C'est pour moi tout à fait essentiel. J'avais déjà travaillé avec Lev Dodin à Salzbourg, pour une Elektra dans laquelle je chantais Chrysothemis, et nous avions donné cette Dame de pique à Florence, dans une production légèrement différente, qui a été modifiée pour Bastille. J'admire tellement ce qu'il fait que je suis même allée à Londres, alors qu'il était en tournée avec le Maly de Saint-Pétersbourg, pour voir des pièces de théâtre montées par lui. C'est un rêve de jouer sous sa direction, surtout dans le répertoire russe; il sait exactement ce qu'il veut, ses idées sont précises et très fouillées, et il sait les faire partager facilement. On se sent en sûreté avec lui, et ces quatre semaines de répétitions parisiennes m'ont semblé bien courtes. Ce qui est fascinant, c'est que plus le temps passe, plus on se trouve face à face avec un nombre incroyable de questions auxquelles il faut apporter une réponse. J'adore répéter longtemps. Ce n'est pas la meilleure façon de devenir riche dans mon métier !

     
    Quels sont vos metteurs en scène préférés?

    A part Lev Dodin, j'ai aimé travailler avec Robert Carsen, Jonathan Miller et Luc Bondy. J'en ai assez de supporter des gens qui pensent qu'on ne peut pas faire de théâtre à l'opéra, qu'ils soient metteurs en scène ou chanteurs. Si le public ne cherche, en venant écouter un opéra, que l'écho d'un disque, pourquoi vient-il alors qu'il peut entendre ce qu'il veut chez lui? Pour moi, l'opéra c'est d'abord du théâtre. Quand j'étais jeune, j'ai étudié l'art dramatique, ce qui m'a donné des bases solides. La vision de Lohengrin par Carsen était très intelligente, j'y ai adhéré totalement. Avec Jonathan Miller, j'ai interprété Fiordiligi dans Cosi fan tutte. C'est un homme étonnant, vous savez qu'il est aussi médecin? Luc Bondy, lui, est vraiment génial. Je l'ai rencontré pour un Don Giovanni, à Vienne, en 1990, et je l'ai retrouvé au Châtelet pour Don Carlos.

     
    Vous gardez un grand souvenir de ce Don Carlos?

    Formidable! J'aime les personnages excessifs et les metteurs en scène curieux, qui sont eux-mêmes fascinés par ces personnages féminins. J'ai horreur de ceux qui ne songent qu'à faire quelque chose d'extravagant et qui négligent les relations entre les différents protagonistes du drame; ce sont ces relations qui vont passionner et captiver le public. La version française de Don Carlos a été pour moi une véritable révélation : quelle beauté, quelle poésie ! Ca a vraiment changé ma vie. Bondy a trouvé quelque chose en moi que je ne connaissais pas; c'est ça le vrai travail. Des moments comme ceux-là effacent tous les doutes qui peuvent nous perturber. J'ai éprouvé des sentiments identiques avec Antonio Pappano, pour Don Carlos, et récemment avec Vladimir Jurovski dans La Dame de pique. Ils aiment autant le théâtre que mes deux chefs favoris, Claudio Abbado et James Levine, et travailler avec eux, c'est vraiment coopérer. Jurovski a assisté à toutes les répétitions, il a collaboré de très près avec Lev Dodin, ils se sont aidés réciproquement. C'est ça la fascination de l'opéra.

    © Eric Mahoudeau Une somptueuse Lisa à l'Opéra Bastille

     
    En commençant votre carrière, aviez-vous une idée des rôles que vous souhaitiez interpréter?

    Absolument pas. J'étais très jeune lorsque j'ai débuté à l'Opéra finlandais en 1983, j'avais vingt-deux ans. Je n'avais aucune idée de la manière dont ma carrière allait évoluer. J'ai beaucoup chanté Mozart, la Comtesse, Pamina, Ilia, Donna Anna, Fiordiligi; je n'ai conservé à mon répertoire que ces deux dernières, mais déjà à l'époque j'étais certaine que je ne me limiterais pas aux ouvrages mozartiens. Ma personnalité, mon style ont d'autres exigences. J'ai découvert les opéras slaves, et je m'en suis sentie très proche. Je suis née à la campagne, mes parents sont des paysans, et leur mentalité est très voisine de la mentalité slave. Quand j'ai abordé ce répertoire, j'ai eu l'impression de rentrer chez moi.

     
    Quels sont vos personnages favoris?

    J'aimeTatiana, Lisa, Jenufa, ce mélange d'exaltation et de tristesse. J'ai toujours rêvé d'incarner un jour la Katerina Ismaïlova de Chostakovich, formidable occasion de jouer la comédie et de chanter. Ce n'est pas un rôle pour une femme très jeune, il demande une double expérience, celle de la vie et celle du métier. Lorsqu'on le chante, on donne énormément, et comme le disait Jack Lemmon, un acteur que j'admire: "Jouer, c'est donner, et nous sommes là pour ça, pour donner le maximum aux spectateurs." Il se passe quelque chose d'incontrôlable lorsqu'on joue un opéra, c'est comme si tout d'un coup la carapace qui enveloppe un individu craquait en laissant apercevoir ce qu'il y a de plus intime en lui.

    Il se passe quelque chose d'incontrôlable lorsqu'on joue un opéra, c'est comme si tout d'un coup la carapace qui enveloppe un individu craquait en laissant apercevoir ce qu'il y a de plus intime en lui.

     
    Comment expliquez-vous qu'il y ait tant de chanteurs de qualité dans les pays nordiques?

    C'est vrai, on trouve beaucoup de belles voix en Finlande, des voix solides, sans doute parce que les conditions climatiques sont dures et que la vie chez nous a un côté ascétique. On y trouve aussi une grande quantité de chefs d'orchestre de talent, dont certains, qui ne sont connus que localement, sont excellents, sans parler de Salonen, Saraste, Kamu, Segerstam...Markko Franck n'a qu'une vingtaine d'années mais il est fantastique. Nous sommes bien entourés, bien préparés, et nous ne cherchons pas à devenir des stars. A l'Opéra Studio de l'Académie Sibelius, à Helsinki, nous avions des cours de comédie, de danse. C'est indispensable pour un chanteur, car c'est vraiment difficile de jouer et de chanter en même temps. La voix et le talent ne sont rien sans travail ni discipline.

     
    Vous avez signé un contrat d'enregistrement avec Erato; pourquoi avoir choisi ce label français?

    Parce que c'est celui qui m'a proposé les choix artistiques les plus intéressants. Nous commencerons par un récital de mélodies de compositeurs nordiques, puis un autre d'airs d'opéras slaves. Ensuite, nous ferons une intégrale de Jenufa.
    En vos prochaines prises de rôles?
    En ce moment, je suis dans Fidelio, que je dois bientôt chanter en concert à Paris sous la direction de Wolfgang Sawallisch. Ensuite, ce sera l'Arabella de Strauss, que j'attends avec impatience, en espérant un jour Salomé.

     

    Le 02/11/1999
    Propos recueillis par Michel PAROUTY



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