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ENTRETIENS 09 aoűt 2020

La bibliothèque qui chante
© Sylvie Biscioni - BNF

Jean-Pierre Angrémy

La mélodie française connaît comme un renouveau : rencontre à la Bibliothèque Nationale avec des deux grands artisans de ce phénomène.

 

Le 19/01/2001
Propos recueillis par Pauline GARAUDE
 



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  • Comment est nĂ© ce cycle de mĂ©lodies françaises ?


    J.P. Angrémy : Ce projet s'inscrit dans le prolongement de ce que j'avais entrepris à la Villa Médicis. Après avoir programmé quatre soirées de mélodies françaises, j'ai organisé avec François le Roux et Jeff Cohen une série baptisée " La vocce de Medicis ", avec seulement des jeunes chanteurs et un répertoire alliant airs d'opéras, lieder et mélodies. Face au succès rencontré, j'ai voulu réitéré cette expérience à la Bibliothèque Nationale de France quand j'en ai pris la direction. J'ai rappelé François, Jeff et Alexandre Tharaud. Mais là, l'idée était de faire exclusivement des Intégrales de mélodies françaises.

     
    L'équipe réunie autour de ce projet est de quatre personnes. Comment vous répartissez-vous le travail ?

    J.P. Angrémy : François recrute sur audition les jeunes chanteurs et établit la programmation. Nous disposons du très riche fonds de la Bibliothèque, sonore notamment, ce qui nous permet de faire découvrir beaucoup de partitions restées inédites. Les deux pianistes s'occupent de former des duos chanteur-pianiste qui ne sont pas forcément déjà constituées. De ce fait, nous suscitons maintes rencontres. Nous choisissons des pianistes qui sont, par exemple, considérés comme debussystes quand on fait l'intégrale de Debussy, ravéliens quand on fait l'intégrale Ravel, etc.

     
    Quelles sont les motivations premières de ce cycle ?

    J.P. Angrémy : Notre principal rôle est de mettre en valeur ce fonds de mélodies françaises que j'ai mentionné. Nous voulons aussi promouvoir la jeune génération de voix françaises, très talentueuse, et depuis deux ans, un nombre croissant de chanteurs, mais aussi de pianistes, nous sollicitent. L'autre élément primordial est de présenter ces concerts d'une manière agréable avec une " mise en scène " gaie, afin de l'offrir à un public plus vaste, car la mélodie a hélas été jusqu'à maintenant cantonnée à une élite fréquentant les salons. L'élargissement du public passe par l'originalité de la programmation et la deuxième partie de cette saison tournera ainsi autour des poètes.

     
    Quel type de voix et de technique exige la mélodie ?

    F. Le Roux : J'appliquerais les propos de Dietrich Fischer-Dieskau : "A l'opéra, il faut intérioriser puis extérioriser. Dans le lied et la mélodie, il faut intérioriser, extérioriser puis réintérioriser. " C'est un cheminement logique et spontané qui conduit à une incarnation de ce que le compositeur et l'écrivain ont voulu dire; l'interprète, lui, est comme au second plan : il doit porter l'oeuvre, et les moyens employés sont plus épurés qu'à l'opéra. La mélodie française doit faire appel à des couleurs claires, translucides, pour laisser passer le sens et la diction pure. Cela nécessite une technique trois fois plus importante que pour l'opéra, même si elle est moins visible. Il faut conduire la phrase de manière totalement porteuse de sens sans affect personnel. Ce n'est pas le son qui est premier, c'est l'intelligibilité. Le souffle est assujetti à la conduite mentale et sensuelle de la phrase. Dans l'opéra, la conduite peut très bien jouer du pathos et de l'émotion du moment.

     
    Beaucoup de chanteurs ici choisis viennent de l'univers de la musique baroque. Quelles en sont les raisons?

    F. Le Roux : Il y a un lien entre le chant baroque et la mélodie. Quand Rameau et Lully sont passés du recitativo à l'arioso, ils traitaient la langue française comme objet musical et porteuse de sens. Ils se sont attachés à ce que tout soit compris, ce qui impliquait une diction basée sur l'intelligibilité. Les cantates pour voix seule et basse continue sont pour moi l'ancêtre de la romance et de la mélodie. Les chanteurs baroques sont donc prédisposés à la mélodie. Mais il n'y aura plus de Fischer-Dieskau ou de Souzay, car aujourd'hui, les chanteurs ne sont plus spécialisés dans un répertoire, mais polyvalents.

     
    Depuis l'époque de Pierre Bernac, puis celle de Gérard Souzay, comment l'interprétation a-t-elle évolué?

    F. Le Roux : Elle est aujourd'hui plus intelligible et moins théâtrale. On ne peut plus rouler les " r " comme autrefois de manière systématique. Ce serait ridicule. Car, là encore, intervient la question du public. Si on veut l'élargir, il faut reconsidérer certains de ces détails techniques qui finalement deviennent majeurs. Néanmoins, l'évolution ne se fait pas toujours dans le bon sens.

     
    Y a-t-il donc des lacunes dans l'enseignement ?

    F. Le Roux : Enormément. L'enseignement est scindé entre l'art dramatique, d'un côté, et le Conservatoire national supérieur de musique de Paris (CNSM, de l'autre. Il n'y a donc plus dans l'enseignement vocal d'échanges entre le texte et la musique. Les chanteurs n'ont aucune culture poétique et n'ont pas la curiosité, quand ils chantent les Nuits d'Eté, de lire les poèmes de Théophile Gautier, et de saisir le cheminement esthétique de Berlioz. Or le travail d'une interprétation, c'est avant tout de remonter aux sources poétiques. Un compositeur a toujours une bonne raison de jeter son dévolu sur un texte; c'est cette raison qu'il faut comprendre. C'est un travail totalement occulté que je m'attache à enseigner. Je demande aussi toujours à mes élèves quel niveau de langue ils utilisent et la majorité d'entre eux sont surpris de découvrir qu'il existe plusieurs niveaux de langue. La langue poétique est régie par des règles strictes: si vous ne prononcez pas dans Clair de Lune, " quasi " mais " quoisi ", la rime avec " choisi " est pauvre. D'autre part, musicalement, les professeurs de composition s'intéressent rarement à un cycle de mélodies. Elle est presque jugée secondaire, tel un laboratoire caché.

     
    Comment jugez-vous alors la situation et l'avenir de la mélodie en France ?

    F. Le Roux : Si l'on parle de composition, la mélodie est un genre qui continue de se perpétuer et on a d'ailleurs suscité des créations de la part de compositeurs, comme par exemple Noël Lee sur Mallarmé, Philippe Hersant sur Théophile Gautier, Nicolas Bacri sur Victor Hugo, sans oublier Betsy Jolas. Une de nos idées est également de créer des rencontres entre compositeurs et écrivains contemporains. Mais il n'y aura plus de collaborations comme au temps de Poulenc avec Mallarmé et Apollinaire. Cela s'explique par la fameuse ambition qu'ont certains compositeurs d'être aussi leur propre écrivain. Je suis convaincu que c'est une mauvaise solution car les compétences ne sont pas les mêmes. C'est comme si moi chanteur, je décidais de m'accompagner au piano !

     
    Quelle est la suite que vous souhaitez donner à cette aventure réussie des cycles ?

    J.P. Angrémy : Après quatre ans d'existence, nous avons réussi à rassembler un public fidèle, qui brasse plusieurs générations. Nous souhaitons l'élargir davantage; ce que nous avons montré jusqu'à présent du répertoire, n'est que la partie visible de l'iceberg. Nous sommes loin d'être au bout de nos ambitions mais nous irons au minimum jusqu'en 2003, l'année Berlioz, où seront présentées toutes les mélodies du compositeur. La prochaine saison, ouverte par Felicity Lott, sera intitulée " Les mélodies françaises de l'étranger ". Une série " de la Romance à la mélodie " est déjà quasiment établie et nous pensons finir avec la chanson française qui est le prolongement de la mélodie avec Jean Ferrat, Léo Ferré, Boris Vian.

     
    François Le Roux, pour ceux qui désirent découvrir la mélodie, que conseillez-vous d'écouter ?

    F. Le Roux : Certaines mélodies sont de réels chefs-d'oeuvre car elles mettent en exergue le rapport entre le texte et la musique. Et là, je pense aux mélodies de Duparc sur Baudelaire - La Vie Antérieure -, La Bonne Chanson de Fauré sur Verlaine, Les Ariettes oubliées de Debussy, Le Bestiaire de Poulenc, les mélodies de Raynaldo Hahn, puis celles de Gounod et Saint-Saëns sur Victor Hugo.

     


    Les prochains concerts de la BNF :

    - Mardi 30 janvier, 19h00 : Mélodies de Darius Milhaud - Sandrine Piau, soprano, Corinne Durous, piano & Jocelyne Daubigney, flûte.

    - Mardi 6 février, 19h00 : Mélodies de Darius Milhaud - Florence Katz, mezzosoprano & Maciek Pikulski, piano.

    - Mardi 13 février, 19h00 : Autour de... Guillaume Apollinaire - Laurent Alvaro, baryton, Pascal Rogé, piano & Macha Méril, récitante.

    - Mardi 20 février, 19h00 : Mélodies d'Erik Satie - Francis Dudziak, baryton & Pascal Devoyon, piano.

    - Mardi 27 février, 19h00 : Mélodies d'Erik Satie - Anne-Sophie Schmidt, soprano & Mickaël Dian, piano.

    Visitez le site de la BNF

     

    Le 19/01/2001
    Pauline GARAUDE



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