altamusica
 
       aide















 

 

Pour recevoir notre bulletin régulier,
saisissez votre e-mail :

 
dťsinscription




ENTRETIENS 09 aoŻt 2020

Andreas Scholl, la voix de l'ambigu√Įt√©
© Harmonia Mundi

Quoi de plus ambigu et troublant qu'une voix d'alto masculin ? Alors que le contre-ténor David Daniels possède à s'y méprendre le timbre (et les moyens) d'une mezzo, Andreas Scholl dispose aujourd'hui de la voix la plus délicieusement équivoque qui soit. Il vient de se mettre à table à Paris dans un Banquet musical. Rencontre.
 

Le 31/01/2001
Propos recueillis par Roger TELLART
 



Les 3 derniers entretiens

  • Paul Lewis,
    le style classique

  • Jean-Fran√ßois Borras,
    le plaisir et la prudence

  • Maria Jos√© Siri, de Tosca √† l‚Äôinfini

    [ Tous les entretiens ]
     
      (ex: Harnoncourt, Opéra)


  • Pour vous, comme pour tant d'autres contre-t√©nors, la musique a commenc√© dans les rangs d'une ma√ģtrise d'enfants, d'un Knabenchor, comme on dit en Allemagne


    Oui, √† 7 ans tr√®s exactement. J'√©tais alors petit sopraniste dans le choeur d'enfants - le Kiedricher Chorbuben - que dirigeait mon p√®re √† Kiedrich, ma ville natale, pr√®s de Wiesbaden en Rh√©nanie. Un ensemble o√Ļ j'ai beaucoup appris : la musicalit√©, la justesse et surtout la prise de conscience de mon individualit√© au service du collectif.

     
    √Ä quel √Ęge avez-vous d√©cid√© de tenter une carri√®re dans le chant ?

    √Ä 17 ans, quand j'ai r√©alis√© que ma voix d'adulte avait r√©sist√© dans le registre aigu aux habituels ravages de la mue. Encourag√© par ma famille, je suis alors all√© √©tudier √† la Schola Cantorum de B√Ęle, ce super-conservatoire pour tous ceux et celles passionn√©s par le r√©veil des r√©pertoires (et des instruments) dits " d'√©poque".

     
    √Ä B√Ęle, vous avez d√©couvert une ambiance de ruche bourdonnante, stimulante entre toutes. Quels y ont √©t√© vos professeurs ?

    Richard Lewitt pour l'enseignement vocal et René Jacobs pour l'esthétique. Du premier, j'ai appris le sens du juste style et du juste son dans la conduite de la ligne de chant ; du second, une juste vision des répertoires et des pratiques musicales du passé, avec une constante mise en regard de la musique avec les autres arts (il faut ajouter que notre formation était complétée par tout un enseignement axé sur la danse, l'accompagnement à la basse continue, l'histoire de la musique, etc.).

     
    Et deux ans plus tard, votre carrière a commencé. Une carrière qui, d'emblée, a été facilitée par des dons naturels qu'on ne retrouve pratiquement chez aucun de vos concurrents actuels.

    Disons que ces atouts m'ont √©vit√© la plupart des probl√®mes qui se posent √† un contre-t√©nor d√©butant. J'ai la chance d'avoir le m√™me timbre ais√© dans le grave, le m√©dium et l'aigu et une √©mission qui ne me pose aucune difficult√© technique (le probl√®me des " notes de passage " n'existe pas pour moi). D'o√Ļ une √©gale projection de la voix dans toutes les situations, ce qui me permet d'√©viter les pi√®ges du mani√©risme dans l'expression.

     
    Pourtant, ces dons ne vous ont pas dispensé d'un travail patient, obstiné. Ni de réfléchir plus particulièrement à ce qu'a pu être l'idéal du chant baroque, entre autres à l'époque des castrats


    Les castrats : voil√† le mot-cl√© l√Ęch√©, la l√©gende ayant ici occult√© ce qu'a pu √™tre l'histoire ; plus pr√©cis√©ment, √† l'√Ęge d'or du belcanto et de l'op√©ra seria √† Naples au XVIIIe si√®cle. Ce que fut exactement cette r√©alit√© du chant des castrats, nous l'ignorons. Gageons que si les mod√®les d'√©poque se r√©veillaient aujourd'hui, nous serions assez surpris par ce qu'ils nous donneraient √† entendre ! Simplement, une piste me semble assez vraisemblable, que j'exprimerai en allemand : "rein und stark", c'est-√†-dire un chant tout √† la fois pur et puissant ; en tout cas diff√©rent de ce que nous proposent les sopranos actuels. Mais je le r√©p√®te, nous avons perdu les cl√©s et le style de ce mode de chant et nous en sommes r√©duits aux conjectures. En revanche, ce que l'on sait, c'est que les grandes stars n'√©taient pas si nombreuses que cela chez les castrats et que les th√©√Ętres lyriques se les disputaient pour les "premi√®res" des nouveaux op√©ras. Ensuite, une "doublure" - souvent un contre-t√©nor - prenait le relais de ces premiers r√īles pour la poursuite des repr√©sentations. Un sc√©nario qui para√ģt bien avoir √©t√© celui des th√©√Ętres londoniens au temps des op√©ras de Haendel.

     
    Précisément, je crois que Haendel est votre auteur favori à la scène puisque deux de ses opéras figurent dans votre calendrier des douze mois à venir.

    En effet, je chanterai dans le Jules C√©sar produit en juin prochain √† Copenhague. Puis √† Paris, dans la production de Rodelinda pr√©vue au Th√©√Ętre du Ch√Ętelet en janvier 2002.

     
    Revenons sur vos pr√©c√©dents r√©citals √† Paris, au Th√©√Ętre des Abbesses. Des concerts o√Ļ le r√©citaliste √©tait √† l'honneur dans un programme d'airs intimistes, entre Renaissance et Baroque. Un r√©pertoire qui requiert des vertus bien diff√©rentes du lyrisme o√Ļ se d√©ploie l'op√©ra haendelien. √Ä choisir entre les deux, abandonneriez-vous l'un pour l'autre ?

    Les deux m'attirent assurément. Pourtant, si je devais trancher, j'opterais peut-être pour le récital, car j'apprécie par-dessus tout les rapports, disons "personnalisés" que le concert en soliste permet de développer avec le public. Une connivence en direct qui n'existe pas en tant que telle à l'opéra.

     
    Parlons précisément répertoires. Bien d'autres auteurs vous sont familiers, à commencer par votre musicien favori, Jean-Sébastien Bach, dont vous chantez régulièrement Passions et Cantates.

    Certes, Bach est pour moi l'auteur de l'Ile déserte. Avant tout, celui des Passions et de la Messe en Si (par exemple, l'imploration de l'Agnus Dei : un sommet dont je ne me lasse jamais).

     
    Et outre Bach ?

    Tous les grands pr√©d√©cesseurs du XVIIe si√®cle allemand : Sch√ľtz pour qui j'ai une tendresse particuli√®re, puis ses disciples et continuateurs : Krieger, Albert, Hammerschmidt, Buxtehude, etc.

     
    Vous êtes plus regardant avec d'autres écoles ?

    Question de sensibilité, de tempérament. Evidemment, le répertoire italien est pour moi fondamental, comme pour tout chanteur. J'adore ainsi les monodies du début du Baroque, tout autant que les opéras serias du XVIIIe siècle : Vivaldi, Caldara, Scarlatti. Mais je me réserve Monteverdi pour plus tard (c'est une musique qui exige tant de soins, d'attention, de réflexion). Et je suis encore timide avec les Français, sauf pour l'Air de Cour (2 airs de cour de Guédron figuraient dans ma sélection du Musicall Banquet aux Abbesses).

     
    Evoquons votre riche carrière d'interprète au disque. Il y a eu précisément ce superbe album du Musicall Banquet compilé par Robert Dowland (le fils de John) chez Decca. Quels sont vos prochains projets dans ce domaine ?

    Un Album de Folk-songs (anglaises, irlandaises, √©cossaises, galloises, am√©ricaines), toujours chez Decca : un r√©pertoire a priori atypique, eu √©gard √† mon profil de "baroqueux", mais o√Ļ je me sens bien, "relax", heureux. Puis un programme de Cantates italiennes du d√©but du XVIIIe si√®cle. Voil√† pour les choses √† venir tr√®s prochainement. De toute fa√ßon, je n'aime pas travailler dans la h√Ęte, le stress et j'aime choisir mes projets, comme mes partenaires.

     
    Justement, combien de concerts - opéras et récitals confondus - donnez-vous chaque année ?

    Une cinquantaine au maximum. Et, dans l'ensemble, plut√īt moins. Il faut pr√©server et sa voix et sa vie personnelle.

     
    Une derni√®re question, Andreas Scholl. Depuis octobre dernier, vous √™tes professeur de chant ancien √† la Schola de B√Ęle. Quels conseils donneriez-vous √† vos √©l√®ves d√©sireux de commencer une carri√®re de chanteur ou de chanteuse professionnel(le) ?

    Un seul avis qui résume tout : beaucoup de travail, mais lentement, car vite et bien, en musique, ne font pas bon ménage.

     


    3 disques pour découvrir l'interprète
    -English Folksongs & Lute Songs (John Dowland, Thomas Campion
    )
    Avec Andreas Martin au Luth Harmonia Mundi
    -Cantates baroques allemandes avec le Concerto di Viole et Basel Concert Harmonia Mundi
    -Vivaldi Nisi Dominus et Salve Regina avec l'Australian Brandenburg Orchestra dirigé par Paul Dyer Decca

     

    Le 31/01/2001
    Roger TELLART



      A la une  |  Nous contacter   |  Haut de page  ]
     
    ©   Altamusica.com