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ENTRETIENS 12 décembre 2018

Marie Devellereau, un gosier qui monte

Soprano lyrique léger, Marie Devellereau a gagné ses galons de diva en remportant les Voice Masters de Monte Carlo en 1997. Elle est actuellement la Voix du ciel de Don Carlo à la Bastille et sera l'an prochain la Sophie du Chevalier à la rose mais aussi La Femme silencieuse, Zerbinette à Marseille et Suzanne à Antibes.
 

Le 29/03/2001
Propos recueillis par Gérard MANNONI
 



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  • On dit parfois que la musique classique et l'opéra en particulier sont en perte de vitesse face à une génération surtout intéressée par la techno et le cinéma. Pourtant il surgit de jeunes artistes comme vous décidés à se consacrer à ces arts "traditionnels". Comment devient-on cantatrice encore en l'an 2001 ?

    Pour moi, tout a commencé très tôt. À quatre ans, paraît-il, je chantais plus que je ne parlais. On m'a donc fait apprendre la musique, en l'occurrence le piano et on s'est aperçu un jour que j'avais l'oreille absolue. J'étais mordue de solfège car j'adorais mon professeur. À seize ans, j'ai voulu arrêter le piano qui ne me plaisait qu'à moitié, mais il me fallait pratiquer un instrument pour continuer le solfège. J'ai préféré tout arrêter. Sauf le chant choral, même si on me reprochait toujours de chanter trop fort.

    J'ai passé mon bac avec l'idée de m'inscrire dans une école de commerce (HEC), comme ma soeur aînée. Mais ma mère se doutait que ce n'était pas vraiment ma vocation. Elle avait raison. J'avais fait un peu de danse, de théâtre, j'aimais la scène, mais je ne concevais pas qu'on puisse en faire un métier. De fil en aiguille je me suis quand même retrouvée chez Georgette Rispal, commençant à travailler ma voix une fois par semaine. Mais c'était insuffisant pour m'occuper pleinement. Comme j'étais très attirée par les États-Unis, j'ai passé le concours de la Juilliard School et je suis partie là-bas. Tout s'est donc opéré sans préméditation et me voilà sur scène à l'Opéra.

     
    Qu'avez-vous appris à la Juilliard School ?

    Je n'y ai pas appris à chanter. J'avais trop d'heures de cours de toutes sortes pour trouver le temps de travailler la voix. Après deux années de hautes études musicales avec deux heures de chant seulement par semaine, j'avais encore tout à apprendre de l'art vocal. Ces années furent très dures mais j'ai découvert beaucoup de répertoire, et avalé énormément de partitions. Rentrée à Paris, j'ai voulu vraiment savoir jusqu'où pouvait aller ma voix et je suis entrée à l'école d'art lyrique de l'Opéra.

    Isabel Garcisanz m'a alors redonné les bases de la technique. J'ai fait peu à peu mon chemin, mais difficilement, car j'étais très déboussolée après ce séjour américain et le milieu lyrique ne comprenait pas bien mon itinéraire. Pourquoi les États-Unis ? Pourquoi l'École de chant et pas le conservatoire ? Mon parcours intriguait, dérangeait. Et puis j'ai passé ce concours de Monte-Carlo qui a débloqué la situation. J'ai aussi eu la grande chance de rencontrer Jane Berbié qui m'a beaucoup apporté.

     
    Comment s'organise-t-on à la fois intellectuellement et professionnellement à ce stade de la carrière ?

    Il faut d'abord apprendre à dire non. C'est difficile car on doit gagner sa vie, mais une certaine lucidité est indispensable pour refuser ce qui n'est pas pour vous ou ce qui vient trop tôt. Par ailleurs, au début je voulais trop, trop vite. J'ai maintenant appris à attendre, à cerner mon répertoire, à bien discerner le propre de ma voix en comparaison de certaines de mes collègues que j'admire. Je pense par exemple à Natalie Dessay ou à Patricia Petibon qui peuvent tenir des rôles qui me sont encore inaccessibles, même si une partie de nos répertoires est en commun. En revanche, je serais peut-être plus à l'aise dans d'autres rôles, je commence progressivement à réaliser où sont mes points forts et comment affirmer mon identité.

     
    À ce stade de la carrière, vaut-il mieux chanter un grand rôle dans un petit théâtre ou un petit rôle dans un grand théâtre ?

    Il serait idiot de refuser un petit rôle dans un grand théâtre, mais un grand rôle est toujours plus gratifiant. J'ai la chance de pouvoir faire les deux. J'ai eu des petits rôles à l'Opéra de Paris, mais cela me conduit à y faire l'an prochain un grand rôle. Tenir de grands rôles dans des théâtres de moindre importance est néanmoins la seule façon d'apprendre son métier. Un premier rôle est toujours plus stimulant mais il en est des petits qui ont un passé glorieux. Les filles fleurs dans Parsifal ont servi de tremplin à bien des grandes cantatrices, ne serait-ce qu'à Christiane Edda-Pierre par exemple. La Voix du ciel dans Don Carlo est brève mais très exposée et ce fut le premier rôle salzbourgeois d'Anna Tomowa-Sintow.

     
    Comment envisagez-vous maintenant l'évolution de votre carrière ?

    Outre les rôles de lyrique légers de Strauss, j'aimerais beaucoup chanter Hänsel et Gretel, Despina dans Cosi fan Tutte, des rôles avec une portée théâtrale. Sophie du Chevalier à la rose n'est pas un rôle très intéressant dramatiquement, mais la partie musicale est sublime. Donizetti me tente beaucoup plus que Bellini qui est un peu large pour moi. Chez Mozart, j'adore Suzanne des Noces de Figaro, qui est aussi un grand personnage de comédie. Mais, en aucun cas, je ne veux brûler les étapes.

    J'ai refusé Constance de l'Enlèvement au Sérail pour un grand festival international en 2003, car c'est une écriture trop tendue et trop dramatique pour mes moyens actuels. Peut-être pourrai-je le faire sans danger dans quelques années si ma voix évolue davantage vers le lyrique, mais c'est de toute évidence trop tôt. Savoir dire oui ou non, voilà exactement de quoi dépend mon évolution au stade où je me trouve, et tant pis s'il faut contrarier son agent ou les directeurs de théâtre. Certains le comprennent très bien, et tant pis pour les autres et pour moi s'ils ne veulent plus m'inviter !

     

    Le 29/03/2001
    Gérard MANNONI



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