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| SELECTION CD |
05 janvier 2026 |
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| Sélection Harmonia Mundi et Alpha |
L’esprit d’enfant des Mozart


Kindermusik
Leopold Mozart (1719-1787)
Die musikalische Schlittenfahrt
Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
Sérénade n° 6 « Serenata notturna » KV 239
Leopold Mozart (1719-1787)
Kindersinfonie
Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
Ein musikalischer SpaĂź KV 523
Ensemble L’Encyclopédie
direction : Florent Albrecht
Enregistrement : Pavillon de la sirène, Paris, février 2025
CD Harmonia Mundi HM 905.399
Pour commencer ces sélections de Noël, une petite plongée dans le monde de l’enfance à travers Kindermusik, le premier album, chez Harmonia Mundi, de l’Ensemble L’Encyclopédie, dirigé par le pianofortiste Florent Albrecht, un nom que les fidèles d’Altamusica reconnaîtront pour l’avoir souvent lu naguère dans ces colonnes. L’occasion de découvrir une formation sur instruments d’époque aux petits oignons, d’une éloquente exactitude jusque dans les bruitages de cette sélection. Mozart père et fils se partagent le programme équitablement, et en alternance.
De Leopold, plus encore que la célèbre Symphonie des jouets, aux timbres affutés et où tout l’instrumentarium enfantin fait merveille, avec un soin de la mise en scène rarement entendu à ce degré, on se délecte de la petite suite La Promenade en traîneau, où l’atmosphère sonore a été travaillée jusqu’à inclure cris de cochers, souffle glacial du vent, rires des convives, crépitements de feu d’artifice, coups de fouet et bruits de sabots par-delà les incontournables grelots.
Bien au-delà de la simple bluette, cette pièce en cinq mouvements somme toute assez rare convoque en son centre, dans La jeune femme tremblant de froid, une ambiance presque vénitienne, jamais loin de Vivaldi, pleine de mystère et d’ombres. Ici ou là , Florent Albrecht ponctue le discours de quelques accords au clavier ou au Glockenspiel.
Chez Wolfgang, ici le moins enfantin des deux Mozart, la Serenata notturna souffre d’un léger manque d’étoffe en raison d’une captation lointaine, dévitalisant particulièrement le violon solo. Un manque de chaleur contrecarré par des timbales très dynamiques, qui se paient le luxe d’une petite cadence pétaradante dans le Rondo, tandis que la Plaisanterie musicale fait preuve d’un sérieux très pince-sans-rire qui ne rend les fameuses sorties de route que plus savoureuses, sans jamais sombrer dans l’outrance.
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Retour au foyer


Mozart’s Clavichord
Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
Die Zauberflöte (ouverture)
Ein Mädchen oder Weibchen
La Clemenza di Tito (Marcia)
Das Veilchen
Fantasie KV 397
Sehnsucht nach dem FrĂĽhlinge
Das Kinderspiel
Die Alte
Rondo KV 485
Abendempfindung an Laura
Fantasie KV 396 (extrait)
Die Zufriedenheit
Adagio fĂĽr Harmonica
Das Lied der Trennung
Marche funèbre KV 453
Eine kleine deutsche Cantate KV 619
Lacrimosa (Requiem KV 626)
Georg Nigl, baryton
Alexander Gergelyfi, clavicorde
Enregistrement : Mozarts Geburtshaus, Salzburg, mars 2023
CD Alpha Classics ALPHA 1042
Noël rime souvent avec repli sur le foyer et les petites assemblées. Nous ne saurions donc que trop recommander cet album qui signe un retour à la pratique musicale zu Hause. Le clavicorde dont il est question ici était l’instrument favori de Mozart, aujourd’hui dans la maison natale du compositeur à Salzbourg, où ont été posés les micros d’Alpha.
Ce clavier transportable, extrêmement peu sonore et inutilisable dans une salle de concert, le divin Wolfgang l’aurait emmené avec lui de Vienne à Prague pour la création de La Clémence de Titus, avant de passer nuits et jours à ses côtés dans une cabane des faubourgs de Vienne pour mettre au point La Flûte enchantée ; en somme un compagnon de route des derniers mois du compositeur.
Le disque, conçu par le claviériste de Linz Alexander Gergelyfi, tient compte de ce contexte particulier, en présentant la Marche de La Clémence, les premières mesures inachevées du Lacrimosa du Requiem, l’ultime Petite cantate allemande de l’automne 1791, ainsi que l’ouverture de La Flûte (un tour de force sur un instrument aussi peu symphonique), avec à chaque fois d’incroyables couleurs, tantôt de clavecin, tantôt de guitare, voire de guimbarde, émanant pourtant d’un instrument très fatigué.
Pour élargir le panorama, d'authentiques pièces pour clavier ont été incluses, comme la Fantaisie en ré mineur, où règne un rubato assez insensé dans les arpèges introductifs. Alexander Gergelyfi s’est en outre adjoint pour quelques Lieder le concours de son compatriote le baryton Georg Nigl, au délicieux accent viennois (Die Alte), contraint à de multiples contorsions et à d’infinitésimales nuances pour ne pas écraser son accompagnement.
Inutile d’attendre ici la grande ligne, la piena voce dans cette approche souvent à la frontière du murmure, captée avec une proximité aux limites de l’intrusion, et paradoxalement un niveau de gravure extrêmement élevé. Ces sons blancs, ce vibrato épars, ce filet de voix très mince, ces options radicales (Abendempfindung, lentissime, est quasi méconnaissable) ne renvoient pas moins à une vraie pratique XVIIIe, à l’opposé du prestige du concert moderne, qu’il faudra apprivoiser pendant l’heure vingt de ce retour aux sources qui perturbera sans nul doute quelques oreilles.
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| Yannick MILLON
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