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SELECTION CD 17 octobre 2018

Sélection CD Orfeo d’Or d'août 2015



Entre réédition de ses propres disques, dont de formidables Dvořák de Kubelik, écho du travail d’Abbado avec des orchestres de jeunes, dernier concert de Böhm à Salzbourg, un fulgurant Tannhäuser de Bayreuth et la restauration enfin digne du Vin herbé de Friscay, Orfeo s’affirme toujours comme un incontournable éditeur d’enregistrements historiques.


Le 18/08/2015
Yannick MILLON
 

  • Adieux exténués
  • Atmosphères bohémiennes
  • La trilogie de la vie
  • Un grand pédagogue
  • Tannhäuser au sommet
  • Anxieux sortilèges
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      (ex: Harnoncourt, Opéra)


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     La trilogie de la vie

    Les Dvořák bavarois de Rafael Kubelik





    Antonín Dvořák (1841-1904)
    Concerto pour violon et orchestre en la mineur op. 53
    Yuuko Shiokawa, violon
    Symphonie n° 7 en ré mineur op. 70
    Symphonieorchester des Bayerischen Rundfunks
    direction : Rafael Kubelik
    Enregistrement live : Herkulessaal, Munich, 02/11/1979 & 02/04/1978
    CD Orfeo d’Or C594031B






    Antonín Dvořák (1841-1904)
    Sérénade pour instruments à vent, violoncelle et contrebasse en ré mineur op. 44
    Symphonie n° 8 en sol majeur op. 88
    Symphonieorchester des Bayerischen Rundfunks
    direction : Rafael Kubelik
    Enregistrement : Herkulessaal, Munich, 27/05/1977 ; Stadthalle, Erlangen, 17/05/1976 (live)
    CD Orfeo d’Or C595031B






    Antonín Dvořák (1841-1904)
    Sérénade pour cordes en mi majeur op. 22
    Symphonie n° 9 en mi mineur op. 95 « du Nouveau Monde »
    Symphonieorchester des Bayerischen Rundfunks
    direction : Rafael Kubelik
    Enregistrement live : Herkulessaal, Munich, 25/05/1977 & 20/06/1980
    CD Orfeo d’Or C596031B


    Kubelik et l’Orchestre symphonique de la Radio bavaroise une nouvelle fois, mais durant les dernières années du mandat du chef tchèque, dans une trilogie des dernières symphonies de Dvořák offrant de grisantes comparaisons avec les lectures précédentes du célèbre maestro féru de jeu d’échecs. Durant toute sa carrière, Kubelik n’a cessé de remettre sur le métier son cœur de répertoire, avec les formations les plus différentes que l’on puisse imaginer, de la Philharmonie tchèque à la Radio bavaroise, des Wiener Philharmoniker au Chicago Symphony, du Philharmonia de Londres aux Berliner.

    Au sommet, on retrouve la Symphonie du Nouveau Monde (20 juin 1980), d’une hauteur de vue, d’une clarté, d’un engagement émotionnel supérieur aux gravures les plus connues du chef tchèque. Si à nos oreilles, l’enregistrement Mercury avec Chicago (1951) demeure le plus essentiel en termes de poigne, de fermeté, de sonorités idéalement americano-tchèques au vu du contexte dans lequel l’œuvre a vu le jour, dans un sillon toscaninien d’autant plus impressionnant qu’il s’agit d’une gravure de studio, et si le disque officiel avec les Berliner (DG, 1972) demeure LA version de base pour aborder l’ouvrage, la force tranquille de cette lecture munichoise, le cantabile sublime du mouvement lent, la pulsation encore intacte du Scherzo et le dramatisme sans le moindre effet de manche du Finale, dans une prise de son parfaite, au service du message du chef, font de cette bande de concert un incontournable.

    On en dira presque autant de la Septième Symphonie (2 avril 1978), étrangement réservée dans un premier mouvement parfois indécis, comme pour mieux laisser éclater le drame dans un Finale aux cordes superbement articulées, tension au juste point d’équilibre, cuivres rougeoyants et démarche Mitteleuropa très différente des précédentes version du maestro, aussi loin de la noirceur cinglante de la version Philharmonia (Warner, 1951) que de la machine orchestrale implacable des Berliner (DG, 1971) ou de l’enregistrement intermédiaire, moins tranché, avec les Wiener (Decca, 1956).

    La Huitième (17 mai 1976, concert à Erlangen) marque le seul léger recul de ces rééditions, mécanique un rien moins affûtée, jointures plus floues, tutti parfois savonnés, malgré de belles envolées et une tenue globale enviable, mais aussi quelques brutalités des cuivres inattendues au milieu du premier mouvement. Les symphonies étant dispatchées sur trois CD séparés, de généreux compléments toujours dévolus à Dvořák complètent ces galettes Orfeo déjà publiées il y a douze ans.

    Avant la Septième, le Concerto pour violon (2 novembre 1979) avec la jeune Yuuko Shiokawa qui jouait alors, merveilleux hasard du destin, le Stradivarius l’Empereur de 1715 ayant appartenu à Jan Kubelik, père du chef d’orchestre. Lignes claires et fines, violon solo au petit son étonnamment Europe centrale pour une interprète japonaise, facture extrêmement classique et lecture sans effets pour cette exécution tout en simplicité. À l’évidence sans l’aura immense d’un Oïstrakh, mais avec une extrême sensibilité et l’accompagnement fabuleux d’écoute du chef tchèque.

    Précédant la Huitième, une attachante Sérénade pour instruments à vent, violoncelle et contrebasse (1977, en studio), hommage à Mozart sans doute pas impérissable dans la production du compositeur mais servi avec un bonheur tout chambriste du partage qui donne l’impression d’un dialogue entre partenaires à égalité (le Moderato initial), comme sans chef, Kubelik se contentant d’assurer la cohésion de l’ensemble en laissant les instrumentistes respirer à leur guise (Andante). Glorieux moment à faire écouter aux fanatiques de l’interventionnisme musical.

    Enfin, avant la Nouveau Monde, une Sérénade pour cordes (25 mai 1977) autrement empoignée, d’un lyrisme haletant, d’une tension harmonique et des archets assez rares dans cette œuvre au confort souvent émollient, troqué ici contre des sonorités plus aiguisées et tendues. Et même si les violons de la Radio bavaroise n’ont pas la justesse des aigus de leurs confrères de Vienne, rarement l’œuvre aura autant donné l’impression d’une vraie direction et d’enjeux autres que décoratifs – les arrière-plans de la Valse, les empoignades du Scherzo et du Finale, gorgées de crin d’archet.

    Un modèle en tout cas que ces bandes Dvořák d’une évidence sonore, d’une vie tout simplement irremplaçables.

     
    Yannick MILLON


     

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