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SELECTION CD 22 septembre 2018

Sélection CD Orfeo d’Or d'août 2015



Entre réédition de ses propres disques, dont de formidables Dvořák de Kubelik, écho du travail d’Abbado avec des orchestres de jeunes, dernier concert de Böhm à Salzbourg, un fulgurant Tannhäuser de Bayreuth et la restauration enfin digne du Vin herbé de Friscay, Orfeo s’affirme toujours comme un incontournable éditeur d’enregistrements historiques.


Le 18/08/2015
Yannick MILLON
 

  • Adieux exténués
  • Atmosphères bohémiennes
  • La trilogie de la vie
  • Un grand pédagogue
  • Tannhäuser au sommet
  • Anxieux sortilèges
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      (ex: Harnoncourt, Opéra)


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     Tannhäuser au sommet

    Le premier Tannhäuser de Bayreuth de Wolfgang Sawallisch





    Richard Wagner (1813-1883)
    Tannhäuser
    Josef Greindl (Hermann)
    Wolfgang Windgassen (Tannhäuser)
    Dietrich Fischer-Dieskau (Wolfram von Eschenbach)
    Gerhard Stolze (Walther von der Vogelweide)
    Franz Crass (Biterolf)
    Georg Paskuda (Heinrich der Schreiber)
    Theo Adam (Reinmar von Zweter)
    Victoria de los Angeles (Elisabeth)
    Grace Bumbry (Venus)
    Else-Margrete Gardelli (Ein junger Hirt)
    Chor und Orchester der Bayreuther Festspiele
    direction : Wolfgang Sawallisch
    Enregistrement live : Festspielhaus, Bayreuth, 03/08/1961
    3CD Orfeo d’Or C888143D


    Au disque, les bons Tannhäuser de Bayreuth ne se bousculent pas. Passé l’admirable témoignage Elmendorff de 1930, bénéficiant du travail de fosse acharné de Toscanini qui devait au départ l’enregistrer, on saute directement au Nouveau Bayreuth, où par chance quatre témoignages des premières années (et des deux spectacles successifs) de Wieland Wagner sont aujourd’hui couramment disponibles.

    À l’été 1954, pour le retour de Tannhäuser sur la Colline, les planches démangent la direction électrique d’un Joseph Keilberth tendu, nerveux, affûté, et transcendant la torche vive que sera, au prix de multiples contorsions vocales, le rôle-titre damné de Ramón Vinay. Face à lui, l’Elisabeth de chair et de feu de Gré Brouwenstijn, vibrato serré, ardent, ancienne école, se consume de concert, tandis que Fischer-Dieskau donne déjà le Wolfram le plus musical du monde (CD Archipel)

    L’année suivante, en seulement deux répétitions pour pallier l’absence d’un Eugen Jochum parti enterrer son fils, André Cluytens fait des débuts très remarqués dans le Saint des Saints, avec sa lecture aux antipodes de celle de Keilberth, modulant la dynamique en profondeur, offrant un éclairage inédit à maintes pages d’une lumière soudain impressionniste, scrutant les zones d’ombre et le tragique intérieur de la partition comme peu avant ou après lui.

    Le seul changement majeur du plateau offre le Tannhäuser dans ses années de gloire d’un Wolfgang Windgassen aussi solaire que son prédécesseur était lunaire, d’une insolente santé vocale dénuée de la cuirasse des Heldentenor mais d’une déclamation admirable, bref, d’une bien chantance inespérée dans un rôle aussi lourd, profitant largement de l’éventail dynamique du chef franco-belge (2CD Orfeo).

    Six années plus tard, en 1961, Wieland reprogramme l’ouvrage en reprenant sa dramaturgie de zéro. Longtemps disponible dans des éditions pirates quoique de bonne qualité sonore (celle de Myto, dernière en date, était déjà excellente), cet écho de la première année du remake de Wieland connaît aujourd’hui les honneurs d’une édition officielle chez Orfeo, avec un excellent appareil critique (photos et textes soignés comme toujours) et un son miraculeux de présence.

    Officiant au festival depuis son Tristan de 1957, Wolfgang Sawallisch trouve un excellent compromis entre théâtralité et atmosphères chambristes, dans une vision constamment juste, gardant de bonnes réserves de puissance pour les moments-clé, permettant à un Windgassen moins juvénile qu’une décennie plus tôt mais plus engagé encore, étonnant même de tension dans un récit de Rome anthologique, de sortir de ses gonds en évoquant le refus de l’absolution par le Pape.

    Lumière latine incarnée et soin infini d’un chant ouvragé comme on en entend si rarement dans Wagner, Victoria de los Angeles est une Elisabeth d’un frémissement, d’une féminité certainement pas chaste, dotée d’un matériau radieux, d’un timbre au focus façon Schwarzkopf et d’une diction assez inespérée qui donnent le frisson. Incarnation majeure il va sans dire, et unique à Bayreuth – la soprano espagnole ne reprendra le rôle qu’en alternance, et seulement l’année suivante.

    Si Hertha Wilfert était une tentatrice bien légère dans les années 1950, loin des mastodontes altos, Grace Bumbry, la fameuse et scandaleuse Vénus noire, qui valut au festival deux cents lettres d’insultes de wagnériens à cheval sur l’inégalité des races, offre l’une des incarnations absolues d’un rôle souvent confisqué par les crieuses, et parfait double maléfique vocal d’Elisabeth, avec ce chant sopranisant mais jamais court de grave, monument d’appel à la débauche, à l’aigu d’une facilité, d’une intensité inouïes – et qu’importent les dernières notes pas très justes ce 6 août.

    Fischer-Dieskau donne cette fois un Wolfram plus dramatique et déclamé, moins dans la simple vocalité (déjà miraculeuse en soi) de la production précédente, éliminant toujours d’un revers de timbre toute concurrence passée ou à venir par son génie de Liedersänger, la classe infinie de sa caractérisation et les intuitions géniales de sa ligne de chant – un ultime appel à Elisabeth, immensément long, sur le crescendo du chef, qui donne le frisson. Inoxydable Josef Greindl en roi Hermann, Walther très touchant de Gerhard Stolze, au timbre si particulier, et chœurs ramassés et intenses comme jamais font de cette soirée un incontournable du Bayreuth des grandes années.

    Le disque officiel, avec les vrais micros de Philips, viendra l’année suivante, gravant à notre sens dans le marbre des changements de distribution problématiques. Car aussi dramatiques et engagées soient leurs incarnations, ni l’Elisabeth cinglante d’une Anja Silja bien éprouvante pour les tympans, ni le Wolfram névropathe et déchaîné d’Eberhard Waechter, malgré leurs efforts, ne se hisseront à la cheville des incarnations entendues ici.

     
    Yannick MILLON


     

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