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SELECTION CD 16 novembre 2018

Sélection CD Orfeo d’Or d'août 2015



Entre réédition de ses propres disques, dont de formidables Dvořák de Kubelik, écho du travail d’Abbado avec des orchestres de jeunes, dernier concert de Böhm à Salzbourg, un fulgurant Tannhäuser de Bayreuth et la restauration enfin digne du Vin herbé de Friscay, Orfeo s’affirme toujours comme un incontournable éditeur d’enregistrements historiques.


Le 18/08/2015
Yannick MILLON
 

  • Adieux exténués
  • Atmosphères bohémiennes
  • La trilogie de la vie
  • Un grand pédagogue
  • Tannhäuser au sommet
  • Anxieux sortilèges
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      (ex: Harnoncourt, Opéra)


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     Anxieux sortilèges

    Création scénique du Vin herbé à Salzbourg





    Frank Martin (1890-1974)
    Der Zaubertrank
    Julius Patzak (Tristan)
    Maria Cebotari (Isot)
    Endré Koréh (König Marke)
    Maria von Illosvay (Isots Mutter)
    Dagmar Hermann (Isot die Weisshändige)
    Alfred Poell (Der Sprecher)
    Wilhelm Friedrich (Kaherdin)
    Karl Dönch (Herzog von Hoël)
    Chor der Wiener Staatsoper
    Mitglieder der Budapester Philharmoniker
    direction : Ferenc Fricsay
    Enregistrement : Landestheater, Salzbourg, 24/08/1948
    2CD Orfeo d’Or C890142A


    Dans l’immédiat après-guerre, l’une des vocations premières de Salzbourg fut de promouvoir la création, notamment pour montrer une soif de nouveauté tournant le dos à l’esthétique passéiste et à la glorification trop systématique des immortels chefs-d’œuvre du passé du Troisième Reich, sans pour autant oublier de célébrer Mozart ou Richard Strauss.

    En 1947, un jeune chef venu de Széged et passé par l’Opéra de Budapest était engagé pour assister Otto Klemperer dans la création de l’opéra la Mort de Danton de Gottfried von Einem. Le sexagénaire tombé malade, le jeune Ferenc Fricsay dirigera l’intégralité des représentations. Des débuts fracassants au point que lui sera confiée dès l’été suivant, la création scénique d’un ouvrage du compositeur suisse Frank Martin à la croisée des genres : le Vin herbé.

    À mi-chemin de l’opéra et de l’oratorio, cette partition d’une heure trois quarts sur la légende de Tristan et Yseult se veut le contrepied du drame wagnérien, défendant une ascèse absolue et l’effectif minimal d’un sextuor à cordes avec piano et les commentaires à l’antique du chœur, très présent. Musique fascinante d’hypnotisme, d’anxiété, contrepoison wagnérien salvateur pour les compositeurs du XXe siècle.

    Par son origine suisse même, l’œuvre se devait d’exister en bilingue, et c’est donc la version allemande qui sera donnée à Salzbourg, version préparée par le compositeur, et qui depuis est autant sinon plus jouée que l’original français, d’après trois chapitres du Roman de Tristan et Yseut de Joseph Bédier.

    Un sentiment de mort, de pessimisme traverse la lecture morbide de Fricsay, sans doute aussi en raison de cordes hongroises parfois incertaines, et parée pour l’occasion de voix immenses de l’époque comme l’inoubliable Maria Cebotari, célébrée en son temps comme une divinité et qui devait disparaître l’année suivante, dans la fleur de l’âge. Luxe inouï que cette Isot au flamboiement unique, figure tragique paradoxalement presque wagnérienne d’ampleur – pour comparaison, c’est le soprano lyrique-léger de Sandrine Piau qui officie dans le récent enregistrement Harmonia Mundi de Daniel Reuss.

    Face à elle, jamais le ténor si particulier, nasillard, court d’ampleur et de timbre de Julius Patzak, n’aura paru aussi essentiel, très en phase avec l’orchestration, d’une déclamation tragique absolue. Sœur jumelle de Cebotari, Hilde Zadek brille elle aussi en Brangäne d’un feu sacré, tout comme la Mère d’Isot de Maria von Illosvay, qui affirme des prémonitions de pythie, le timbre en transe. Le récitant d’Alfred Poell est quant à lui parfait d’intelligence insinuante.

    Et si les chœurs sont pour le moins datés, d’un vibrato trop opératique pour affirmer une nécessaire rupture stylistique avec l’opéra allemand conventionnel, et que la prise de son, malgré une restauration impeccable, n’en demeure pas moins étroite et monochrome, on ne saurait passer à côté des sortilèges toxiques de ce Vin herbé porté en scène pour la première fois en ce mois d’août 1948 au Landestheater de Salzbourg.

     
    Yannick MILLON


     

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