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SELECTION CD 31 octobre 2020

Décollage en Concord



Le compositeur Charles Ives est d√©cid√©ment peu honor√© au disque. Si on se souvient de l'activisme d'un Leonard Bernstein et de son disciple, Micha√ęl Tilson-Thomas, la rel√®ve tarde √† se faire entendre. Tout juste, r√©cemment, une Symphonie chez Naxos. C'est pourquoi le dernier enregistrement des pi√®ces pour piano par Jay Gottlieb est un petit √©v√®nement.


Le 02/07/2001
Françoise MALETTRA
 

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     D√©collage en Concord

    Pièces pour piano de Charles Ives
    Three-Page Sonata, The Anti-Abolitionist Riots, Study n¬į¬†20, Varied Air and Variations, Scene Episode, Piano Sonata n¬į¬†2¬†: Concord

    Jay Gottlieb, piano
    Pianovox PIA 542-2 (distribution Sony)


    Curieuse destinée que celle de Charles Ives, un des compositeurs les plus originaux du vingtième siècle, qui, sans jamais quitter sa petite ville de Dunbury dans le Massachussets, au coeur d'une Amérique étrangère encore aux révolutions musicales qui s'amorçaient en Europe, allait pratiquer à sa manière la polyrythmie, la polytonalité et le quart de ton.

    Mais ce père de la musique du Nouveau Monde, dont se réclament tant de musiciens (et Schöenberg, son exact contemporain, en première ligne), continue de se faire aussi rare au disque, c'est pourquoi la dernière contribution de Jay Gottlieb est précieuse. Le pianiste américain compose ici une passionnante anthologie de pièces qui concentre les aspects majeurs de la pensée musicale d'Ives (et de sa pensée tout court), dont la Sonate Concord est un sommet.

    Cette oeuvre est l'histoire d'une fascination, celle d'Ives pour la philosophie "¬†transcendantaliste¬†", fond√©e au milieu du dix-neuvi√®me si√®cle par l'excellent Ralph-Waldo Emerson, un mouvement id√©ologique qui pr√īnait un "¬†panth√©isme mystique, √©cologique et r√©solument pacifiste¬†", oppos√© √† tout diktat d'ordre religieux, politique ou artistique.

    La ville de Concord (Massachussetts) sera le quartier général de ses adeptes les plus célèbres (Emerson, Hawthorne, les Alcotts père et fille, Thoreau), et Ives poussera la révérence jusqu'à y emmener sa jeune épouse Harmony ( !) pour leur lune de miel, avant de faire des quatre philosophes les héros de sa Sonate. Chacun aura droit à son propre mouvement, qui sera censé traduire la propre pensée au sein du groupe.

     



    Pas de système, mais une mise en relations d'éléments composites : collages, citations, digressions, dispersions des motifs, superpositions ou explosions des rythmes, longues plages de méditation. Un immense brassage d'idées, allusives ou martelées, comme le serait " l'expérience humaine, avide d'accéder à la connaissance de l'univers. "

    Prophétique Charles Ives qui écrivait : " La beauté en musique est trop souvent confondue avec quelque chose qui laisse reposer les oreilles sur une chaise moelleuse, quand ce sont les dissonances qui sont en train de devenir beauté ". Jay Gottlieb ne cherche pas à décrypter le scénario mental du musicien, mais il fait mieux : en s'appuyant sur les repères dynamiques de la musique et une certaine logique de son armature harmonique, il assure un transport en souplesse dans le monde " transcendantal " d'Ives.

    Moins, beaucoup moins sérieuses, les courtes pièces qui précédent la Sonate Concord (et je suggère de terminer l'écoute avec elles). C'est le piano qui se moque du piano, qui agace le pianiste, s'amuse à faire le beau, le triste, le déluré ou le furieux.

    C'est Ives qui s'ent√™te √† √©noncer quarante fois le nom de Bach dans Three-Page Sonate, une plaisanterie sur tempo de marche et de valse, fait sa f√™te au ragtime dans une dr√īle de petite √©tude (Study n¬į¬†20), s'offre un remake de "¬†O Happy Day¬†" (Scene Episode), donne un coup de chapeau aux abolitionnistes de l'esclavage, et donc √† lui-m√™me au passage (The Anti-Abolitionist Riots), et qui enfin provoque fraternellement Satie dans une musique pour rire, un peu grin√ßante, truff√©e de "¬†jolies mesures et d'accords pour impressionner ou pour rendre fou¬†" (Varied Air and Variations).

    Dans son r√īle de transformiste, Jay Gottlieb est d√©cid√©ment inimitable.

     

     

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