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SELECTION CD 16 octobre 2019

Ariane cousue de fil d'or



Le dernier enregistrement discographique de Giuseppe Sinopoli est de nature √† balayer les doutes sur ce chef controvers√©. A la t√™te de la Staatskapelle de Dresde et port√© par un plateau vocal d'exception ¬Ėen t√™te Natalie Dessay et Anne-Sofie Von Otter-, il livre un testament magistral avec cette Ariane √† Naxos.



Le 21/11/2001
Jacques DUFFOURG
 

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     Ariane cousue de fil d'or

    Ariadne auf Naxos par Sinopoli

    Staatskapelle Dresden
    Direction : Giuseppe Sinopoli.
    Avec Deborah Voigt : Primadonna, Ariadne ~ Anne-Sofie von Otter : Der Komponist ~ Natalie Dessay : Zerbinetta ~ Ben Heppner : Der Tenor, Bacchus ~ Albert Dohmen : Ein Musiklehrer ~ Stephan Genz : Harlekin ~ Christoph Genz : Brighella ~ Ian Thompson : Scaramuccio ~ Sami Luttinen : Truffaldin ~ Michael Howard :
    Ein Tanzmeister ~ Matthias Henneberg : Ein Per√ľckenmacher ~ J√ľrgen Commichau : Ein Lakai ~ Klaus-Florian Vogt : Ein Offizier ~ Christiane Hossfelfd : Najade ~ Angela Liebold : Dryade ~ Eva Kirchner : Echo.
    2 CD DGG, 2001, n¬į 0 28947 13232 5.


    On le sait, Ariane à Naxos n'a connu sa version définitive qu'en 1916, avec son Prologue et son Acte unique. Avec cet ultime gravure de Sinopoli, on réalise l'exploit accompli par ce chef récemment disparu dès le prélude de cet Acte proprement dit (plage 9).

    Par un jeu de frictions et d'√©panchements aussi sensuel qu'obs√©dant, il parvient √† y concentrer toute la tension accumul√©e au cours d'un Prologue d'anthologie. C'est aussi une bonne illustration du r√īle de dix-huiti√®me protagoniste qu'il d√©l√®gue √† ce petit ar√©opage de trente-sept musiciens voulu par Strauss et Hoffmanstahl .

    Un Karajan, un B√∂hm, un Kempe, un Levine, un Masur s'essay√®rent certes de m√™me, mais avec une moindre r√©ussite th√©√Ętrale. On sait la Staatskapelle de Dresde depuis longtemps intime de Strauss. Avec Sinopoli, qui conf√®re √† ses vents une opalescence et une causticit√© rares, et √† ses cordes un moelleux tenu juqu'√† la rupture, c'est une trame cousue de fil d'or qui sous-tend cette Ariane sur laquelle s'entrelace une distribution vocale d'exception.

    Les personnages de commedia dell'arte ne connaissent pas de faiblesses, √† commencer par les fr√®res Genz en Arlequin et Brighella. Na√Įade, Dryade, Echo, Laquais, Perruquier, Ma√ģtre de Danse - et m√™me le Majordome, seulement parl√©-, tous les seconds r√īles jouent √† fond la permanente et spirituelle ambivalence tragi-comique du chef d'oeuvre.

    Le quintette des r√īles principaux n'est pas moins relev√©. Curieusement, le moins enthousiasmant est peut-√™tre Ariane elle-m√™me¬†: impliqu√©e et convaincante, toujours expressive, Deborah Voigt trouve ses limites dans des forte ("¬†Es gibt ein Reich¬†", par exemple) mal canalis√©s au regard d'une Janowitz ou d'une Norman.

    En revanche, le Bacchus de Ben Heppner est un mod√®le de galbe et de tenue vaillante, se riant des chausse-trappes de sa partie. Malgr√© un timbre peu s√©duisant, le Ma√ģtre de Musique d'Albert Dohmen compense par surcro√ģt de finesse dans sa peau de double du Compositeur.

    Mais, c'est in fine √† deux dames d'exception, enfin r√©unies au disque, que cette Ariane doit d'entrer dans le petit cercle des enregistrements qui marquent une d√©cennie. Natalie Dessay conna√ģt son Strauss. Rompue √† Sophie (le Chevalier √† la Rose), Fiakermilli (Arabella), Aminta (la Femme silencieuse), elle a mis depuis longtemps Vienne √† ses pieds.

    Et ce n'est pas faire offense aux grandes qui l'ont pr√©c√©d√©e que d'√©crire qu'elle ne se conna√ģt pas de rivale en Zerbinette. Car, l'extravagance de Beverly Sills dans Gro√üm√§chtige Prinzessin comprise, toutes s'en tiennent √† une lecture admirable, mais simplement virtuose de ce n√©gatif d'Ariane. Avec des aigus adamantins, Dessay habite chaque mot et parvient √† une recr√©ation totale.

    " Qu'est-ce que l'Opéra ? " demande Zerbinette, " Qu'est-ce que la Musique ? " renchérit le Compositeur d'Anne-Sofie von Otter. Ce personnage, le plus important de l'oeuvre, par son sens sinon par sa durée, n'a jamais été mal distribué au disque.

    Mais avec la su√©doise, il trouve un accomplissement jamais atteint, lequel tire paradoxalement un immense profit des ind√©cisions vocales de l'artiste. En effet sa voix manifeste de plus en plus nettement une inclination vers l'aigu, un √©claircissement du timbre, voire une certaine instabilit√© dans l'√©mission¬†; autant d'√©l√©ments qui √©pousent ici jusqu'√† la chair de l'une des plus riches trouvailles de Strauss : un Prom√©th√©e musical qui craint de perdre, au moment de les faire na√ģtre, les moindres de ses cr√©atures.

    Fusionnelle autant avec les vents qu'avec Dessay, en un appariement aussi bref qu'enivrant ; tout √† la fois tendre, dr√īle et path√©tique : telle est la "¬†compositrice¬†" Von Otter. Avec ses forces conjugu√©es √† celles d'Heppner, Dessay et Sinopoli, l'√©cheveau de cette Ariane aura rarement si bien √©t√© d√©nou√©.

     

     

  • Ariane cousue de fil d'or
     



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