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SELECTION CD 31 octobre 2020

Une Aida
qui laisse sans voix




Personne n'attendait Harnoncourt dans Verdi et il était couru d'avance que son Aida allait diviser. Sans surprise donc, voici deux avis contradictoires sur cet album Teldec qui fait toutefois l'unanimité contre sa distribution vocale.


Le 23/11/2001
Gérard MANNONI
 

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      (ex: Harnoncourt, Opéra)


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     Une Aida
    qui laisse sans voix

    Aida de Verdi
    Arnold SchÂœnberg Chor
    Wiener Philharmponiker
    Direction : Nikolaus Harnoncourt
    Avec Laszlo Polgar (Il Re)- Olga Borodina (Amnéris)- Cristina Gallardo-Domas (Aida)- Vincenzo La Scola (Radamès)- Matti Salminen (Ramfis)- Thomas Hampson (Amonasro)- Kurt Streit (Un messagero)- Dorothea Röschmann (Una sacerdotessa).

    3 CD Teldec 8573-85402-2


    Dans le domaine de l'opéra, le principe le plus oublié actuellement est pourtant le plus fondamental : que ce soit à la scène ou au disque, le chef est l'artisan numéro un de la réussite ou de l'échec d'une interprétation. Si le chef a les solutions et les idées, il réussit, même avec des chanteurs moyens, voire médiocres ou inadéquats. Sinon, il échoue, avec les plus belles voix du monde.

    Or, nous sommes dans l'époque des metteurs en scène et des affiches commerciales réunissant des noms censés être vendeurs, plus dans celle des grands chefs d'opéra. L'Aïda que publie Teldec en est le dernier et pitoyable exemple. Tous les chanteurs y sombrent, les bons comme les mauvais.

    Car Aida n'est pas une partition qu'il faut disséquer comme une cantate de Bach ou un Oratorio de Haendel. Il faut la vivre avec son coeur, son corps, sa sensualité, et si possible pas trop avec sa cervelle, sauf pour en contempler les multiples beautés si l'instinct fait défaut pour y parvenir.

    Harnoncourt tombe dans tous les pièges, et du même coup rend l'oeuvre plate, sans couleurs autres que clinquantes, sans rythme, sans saveur et surtout, ce qui est encore pire, sans aucune dimension théâtrale. Dès lors, la partie est perdue, malgré les couleurs séduisantes du Philharmonique de Vienne, malgré le timbre toujours beau d'Olga Borodina qui serait une somptueuse Amnéris ailleurs.

    Les autres sombrent cordes vocales et biens. Qui a eu l'idée de distribuer Vincenzo la Scola en Radamès? La laideur de son timbre n'a d'égal que son incompréhension du rôle. Elle sonne petit et grêle. L'excellente Cristina Gallardo-Domas, belle Desdémone, Violetta et Mimi, n'a rien d'une Aida et l'on reconnaît à peine sa voix. Quant à Thomas Hampson, le moins verdien des barytons actuels, il fait regretter qu'Amonasro n'ait pas péri dès le début des combats contre les Egyptiens !

    Quand les firmes de disque cesseront de faire leurs distributions en jetant dix noms célèbres dans un chapeau et en les regroupant au petit bonheur la chance, elles mettront sûrement fin à la crise dont elles se plaignent tant. Ce n'est pas le marché qui se déglingue. Ce sont les directeurs artistiques.


    Pas d'accord

    Stupéfaction dans le monde lyrique lorsqu'en 1997, Harnoncourt ajoute Aida à son répertoire. Personne n'avait imaginé le chef viennois dans ce répertoire. Les uns auraient volontiers imaginé que Verdi est tout ce qu'il déteste, et les autres redouté sa manière décapante dans ce territoire chasse gardée des amateurs de belles et très puissantes voix.

    Sur ce point, son Aida a tout pour irriter les lyricomanes. Cependant, il faut se rappeler qu'Harnoncourt est coutumier des contre-emplois et des plateaux bancals (Cosi ou la Clémence et surtout le Stabat Mater de Pergolèse au disque). Sans doute, le projet musical prime et il n'est pas homme à se laisser importuner par l'ego des divas et des ténors.

    C'est pourquoi il est difficile de croire qu'il se soit laissé dicter une distribution, sinon par défaut ou indisponibilité. D'ailleurs ici, excepté Hampson qui est déjà un vieil équipier du chef (depuis l'intégrale Bach) et Borodina qui n'a sans doute pas encore l'envergure pour drainer le public avec son seul nom sur l'affiche (1), il n'y a pas à proprement parler de très grandes vedettes.

    Peut-on pour autant défendre cette distribution ? Excepté les deux précités (avec beaucoup de bonne volonté) et à l'extrême rigueur le Roi de Lazlo Polgar, c'est très difficile. En revanche, la lecture de la partition est si neuve qu'elle justifie en soi l'écoute de l'album.

    Fini le pathos et la boursouflure, le Wiener Philharmoniker devient à peine pas plus encombrant qu'un orchestre mozartien, et tout aussi agile et précis. À la place d'un magma orchestral en fusion ou bouillonnements constants, surgit un éventail de coloris presque exotiques, d'une texture toujours transparente et aérée. L'orchestre n'est plus porte-voix mais le moteur du drame. Grâce à lui, Aida oublie le vulgaire péplum au profit d'une noble geste mythologique.

    En dehors du quatuor à cordes ou de Falstaff (mais comme une réponse tardive à ses détracteurs), on a longtemps pu douter que Verdi s'intéressa réellement à l'écriture instrumentale. Face au génie orchestral d'un Puccini, sa plume seulement efficace parait encore souvent indigente. Cet Aida s'inscrit en faux contre cette idée et a peut-être trouvé une clef pour séduire ceux qui n'aiment pas Verdi.

    Eric Sebbag



    (1) On le saura peut-être avec son prochain récital, le 27 novembre au théâtre du Châtelet




     

     

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