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SELECTION CD 31 octobre 2020

Pianiste Zen



Disparu en juin 1995, le pianiste Arturo Benedetti Michelangeli aura marqué son siècle par une science du toucher probablement jamais égalée. Pourtant, le maître italien a assez peu enregistré, et c'est pourquoi les quatre albums impliquant son nom, que réédite ces jours-ci le label Divox, méritent une certaine attention.


Le 05/12/2001
Eric SEBBAG
 

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     Pianiste Zen

    4 rééditions Michelangeli


    De par sa faculté polyphonique et son immense répertoire en perpétuelle extension, le piano est par nature l'instrument des conquérants de la musique, ceux qui peuvent tout déchiffrer, veulent dévaler le plus possible de partitions et étreindre toutes les notes et toutes les gammes. Arturo Benedetti Michelangeli était exactement l'inverse.

    À son répertoire, une seule pièce de Schubert, pas plus pour Granados, Clementi ou Franck. Deux de Brahms, quatre de Schumann, quatre aussi de Ravel, un concerto de Rachmaninov, deux de Haydn, cinq de Mozart plus un quatuor avec piano, trois compositions de Liszt, quatre de Grieg, neuf de Beethoven.

    Avec vingt-deux pièces, Chopin aura été l'un des mieux servis, mais la moitié sont des Mazurkas et des Valses. Trois recueils complets de Debussy (les Images, les Préludes et Children's Corner), mais aucune intégrale d'aucun compositeur. La discographie est incroyablement étroite pour un pianiste né en 1920.

    Et encore, une majorité sont des captations de concerts, le plus souvent de piètre qualité d'enregistrement. Pourtant, Michelangeli n'était pas Célibidache, il ne refusait pas par principe les micros. Il a cultivé sciemment un répertoire très resserré avec un seul but : la perfection.

    Pour cette même raison, il refusait les concerts dès qu'il ne se sentait au meilleur de sa forme, et demandait toujours deux journées pleines avant le concert pour démonter et refaire entièrement l'harmonisation du piano qu'il allait jouer. La seule garantie pour lui de recréer la palette de couleur stupéfiante qui caractérise son jeu.

    Mais que signifie au juste cette métaphore pour un instrument où le doigt ne crée pas le son au contact direct de la corde ? Au piano, la couleur relève fondamentalement d'une alchimie pratiquement irrationnelle. Dans sa composition, il entre de nombreux ingrédients : le poids d'appui sur la touche – avec ou sans les épaules -, la vitesse de percussion, l'enfoncement, la distance avec les notes précédentes et suivantes, le contexte de résonance harmonique et dynamique, le jeu des étouffoirs, etc.

    Des infinies combinatoires possibles naissent des timbres très subtilement différents pour les mêmes notes. C'est pour parfaire ses dosages que Michelangeli revenait sans cesse sur les mêmes oeuvres, avec la concentration du tireur à l'arc Zen qui répète inlassablement les mêmes gestes et joute les mêmes cibles.

    Même en enregistrement monophonique pour la radio du Vatican, sa sonorité limpide mais profonde, de même que la dynamique micrométrique de son toucher d'orfèvre, s'entendent immédiatement. Sur les quatre disques du coffret Divox Memoria ABM capté au Vatican, les pièces pour piano seul offrent un rendu inouï.

    Le son est unilatéral, le piano localisé et très proche, les couleurs brutes. Il faut un temps d'accoutumance, mais le Gaspard de la Nuit dont il n'existe aucune version de studio est d'entrée une référence. Il n'a pas l'hédonisme d'un Pogorelich, la démesure presque sauvage d'une Argerich (surtout dans le " live " de Concertgebouw chez EMI), mais sa concentration purement apollinienne va droit au but : une sorte de métaphysique de la couleur et des gradations de gris (le Gibet).

    Avec la technique mono, le son est sans fard ni saturation artificielle des teintes. Le legato est souvent si fluide qu'il engendre l'impression qu'il y a d'autres instruments secrètement séquestrés dans les entrailles du piano : ici un hautbois, là une clarinette, ailleurs un basson, une flûte




    Par-dessus tout domine un équilibre souverain, la sensation que le piano épouse un cap immuable et ne dévie jamais même si la trajectoire n'est jamais linéaire. Pour qui ne souhaite pas acquérir le coffret entier, Divox propose une édition séparée avec le chef-d'oeuvre ravélien augmenté d'une sonate de Beethoven et de deux pièces de Chopin.

    Le coffret complet propose aussi des oeuvres concertantes, en particulier un Schumann (Op.54) qui vaut son pesant de grâce pianistique si l'on réussit à abstraire de son écoute un Orchestre symphonique de la RAI décidément très pataud. Au final, ce coffret est plus qu'un témoignage précieux, car il donne une image très précise du charisme qu'exerçait Michelangeli en public, où les " standing ovations " en plein milieu des concerts étaient presque la règle.



    Memoria ABM publie aussi le tout dernier concert Debussy du maître italien, à Hambourg. C'est un vrai pirate enregistré par un auditeur. La moindre toux provoque la perte de plusieurs notes. L'ensemble n'a qu'un intérêt purement sentimental et n'égale en rien les mêmes Debussy du Vatican, ni les indispensables enregistrements officiels réalisés pour DG.



    Pour compléter le portrait, Divox publie enfin un album de chants populaires harmonisés pour choeur a capella par le pianiste dans les années cinquante. Encore plus anecdotique. Reste que les Steinway du XXIe siècle attendent toujours le pianiste qui saura leur rendre l'arc-en-ciel Michelangelien.

    Visiter aussi un site consacré au pianiste

     

     

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