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SELECTION CD 08 mars 2021

Norma toutes voiles dehors



L'éditeur italien Hardy Classic s'est depuis longtemps spécialisé dans la commercialisation de VHS " historiques ". L'arrivée du DVD lui donne l'occasion d'étrenner ce media idéal pour mélomane avec la Norma de Bellini dont l'anniversaire de la naissance a été si injustement méprisé l'an passé.


Le 19/01/2002
Jacques DUFFOURG
 

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     Norma toutes voiles dehors

    Norma de Vincenzo Bellini.
    Orchestre et Choeurs du Teatro Regio de Turin
    Direction : Giuseppe Patané.

    Avec Montserrat Caballé (Norma), Josephine Veasey (Adalgisa), Jon Vickers (Pollione), Agostino Ferrin (Oroveso), Marisa Zotti (Clotilde), Gino Sininberghi (Flavio).

    Captation du 20¬†juillet 1974 au Th√©√Ętre Antique d'Orange.
    Opéra mis en scène et filmé par Pierre Jourdan.
    Direction artistique de Jacques Bourgeois.

    1 DVD Hardy Classic Video 2001, n¬į¬†8 018783 040030. Propri√©t√© de l'INA.
    Sous-titres français. Pas de livret ; présentation sommaire, hagiographique mais pertinente.


    Un peu d'histoire¬†: le 22¬†d√©cembre 1972, Montserrat Caball√© se rodait √† Paris dans Norma (le "¬†r√īle des r√īles¬†" pour les mordus de bel canto) et juste apr√®s dans le saint des saints¬†: la Scala. L'avaient directement pr√©c√©d√©e dans ces lieux Leyla Gencer (1965, d'ailleurs gu√®re inoubliable) et Maria Callas (le 7¬†d√©cembre 1955, direction Votto, un "¬†pirate¬†" en plusieurs points admirable).

    Le souvenir de cette dernière (pourtant peu ménagée à ses débuts à la Scala) contribua à la naissance d'un cliché tenace et inutile (comme tous les clichés) : celui d'un " dramatisme " de Callas opposé à " l'angélisme " de Caballé.

    Il fallait du courage pour chercher √† imposer un autre abord du personnage. La Catalane n'en manqua pas, m√Ľrit son interpr√©tation, et se pr√©senta √† son z√©nith vocal dans un Th√©√Ętre Antique o√Ļ m√™me le Mistral (qui avait sans doute renifl√© la bonne affaire) √©tait venu s'investir¬†; d'ailleurs si vigoureusement que la repr√©sentation fut interrompue. Chaque protagoniste dut lutter jusque tard dans la nuit contre un √©l√©ment qui, paradoxalement, les aida √† se surpasser.

    Sur le papier, l'entourage de Caball√© peut surprendre. Josephine Veasey s'imposait davantage dans Berlioz et Wagner¬†; tandis que Jon Vickers portait sur sa large carrure plut√īt Otello ou Peter Grimes, mais aucun h√©ros bellinien. Seul Agostino Ferrin, un authentique briscard du bel canto, semblait l'homme de l'emploi.

    Contre toute attente, le quatuor se r√©v√©la id√©al. Bellini √©crivit en effet le r√īle de Pollion pour un "¬†fort t√©nor d'agilit√©¬†" (traduction litt√©rale). Or John Vickers poss√®de des poumons puissants et en remontrerait √† d'autres quant √† la vocalisation, quasi-parfaite. Il est de surcro√ģt tr√®s attachant, dans ce personnage veule et ingrat.

    Plus √©patante encore est Josephine Veasey¬†: outre une ligne vocale se pliant exquis√©ment aux f√©roces exigences du compositeur, son maintien sc√©nique et les expressions de son visage - telle une Vierge au Calvaire - sont empreints d'une chastet√© th√©√Ętrale proprement sid√©rante.

    De son c√īt√©, Agostino Ferrin est bien plus qu'un faire-valoir pour la magnifique partie d'Orov√®se (surtout le second air). On l'a n√©glig√© √† tort pour son peu de pyrotechnie, alors qu'il s'agissait d'un choix d√©lib√©r√© du compositeur pensant √† sa basse Negrini, lequel √©tait r√©put√© poignant, mais maladif et vocalement peu enclin √† la voltige.

    Sur les √©paules de Montserrat Caball√© repose l'h√©ritage de Giuditta Pasta qui cr√©a le r√īle. D'embl√©e, il est inutile d'avoir entendu une seule autre Norma dans sa vie pour succomber d√®s le Sedioze voci, qui s'encha√ģne √† Casta Diva par un de ces pianissimos fil√©s devenus illustres, et toujours en phase avec la psychologie.

    L'√©tendue est souveraine - et il le faut, pour une h√©ro√Įne que Lili Lehmann jugea plus √©prouvante que les trois Br√ľnnhilde r√©unies¬†! -, l'agilit√© presque sans rivale, l'endurance vocale et l'investissement dramatique sans failles.

    Mais plus encore, c'est la capacité à interroger, de l'intériorité de sa voix lunaire, les conflits qui animent Norma, avec un constant mélange de fière autorité et de douceur piétiste, qui mérite de passer à la postérité. À cet égard, toute la scène de la supplique au père Deh, non volerli vittime est sans doute l'un des plus grands moments de chant et de musique qu'une caméra ait jamais volé.

    Pierre Jourdan est derrière l'objectif et le fait qu'il signe également la mise en scène n'est pas un moindre atout. Si les moyens techniques dont il dispose remontent à une trentaine d'années, il est mieux à son affaire avec cette longue déploration statique, que bien de nos contemporains technologiquement surarmés.

    Il est aussi aidé par le fameux Mistral qui donna du souffle à la scène en animant magiquement les draperies des costumes sobres et traditionnels (ah ! les voiles de Caballé s'élevant dans la nuit d'Orange
    ). La captation sonore est excellente pour l'époque ; elle parvient, ce qui n'est guère aisé en plein air, à mettre en valeur l'excellente direction de Giuseppe Patané (qui fut par ailleurs un maestro inégal).

    Or Norma est assez souvent mal dirigée. La dernière catastrophe en date est signée Riccardo Muti chez EMI, et l'éditeur l'a déjà pudiquement chassée du catalogue. De fait, peu de chefs semblent avoir saisi la splendeur également instrumentale de cette partition, que pourtant Wagner lui-même vénérait.

    Même sans intention de mal faire, trop nombreux sont ceux qui perpétuent cette tradition tenace qui veut Bellini grand mélodiste, mais médiocre orchestrateur. Encore un cliché qu'il faudra déchirer ! Il faut (ré)écouter sans préjugés le duo Juliette-Roméo des Capulet, le finale de la Somnambule ou des Puritains pour s'en convaincre : ce Bellini auquel Verdi doit tant est un grand compositeur, et le bicentenaire de sa naissance fut l'un de ces ratages colossaux dont la France a le secret.

     

     

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