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SELECTION CD 08 mars 2021

Marthe Keller tutoie Poulenc



La discographie du Dialogue des Carmélites de Francis Poulenc est étrangement famélique et les deux tiers remontent à moins de dix ans. C'est pourquoi la sortie en DVD d'une production magistrale signée Marthe Keller, avec à ses côtés le chef Jan Latham-Koenig, mérite d'être saluée.


Le 23/01/2002
Jacques DUFFOURG
 

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     Marthe Keller tutoie Poulenc

    Dialogues des Carmélites de Francis Poulenc
    Opéra National du Rhin (1999), centenaire de la naissance du compositeur
    Mise en scène : Marthe Keller
    RĂ©alisation : Don Kent.

    Choeurs de l'Opéra National du Rhin,
    Orchestre Philharmonique de Strasbourg
    Direction : Jan Latham-Koenig.

    Avec Anne-Sophie Schmidt : Blanche de la Force, Nadine Denize : Madame de Croissy (Première Prieure), ValĂ©rie Millot : Madame Lidoine (Seconde Prieure) ~
    Patricia Petibon : Soeur Constance, Hedwig Fassbender : Mère Marie de l'Incarnation, Michèle Besse : Mère Jeanne de l'Enfant JĂ©sus, Laurence Dale : le Chevalier de la Force, Didier Henry : le Marquis de la Force


    1 DVD Arthaus, 2001, n° 4 006680 100043. Pas de sous-titres français.


    Le Dialogue des Carmélites est à la fois un aboutissement et un condensé de toute l'Histoire de l'Opéra. Poulenc se réfère d'ailleurs expressément à Monteverdi dans sa préface. Mieux, le choix d'un texte de dureté et de lumière (Bernanos), que la musique commente, enrichit, caresse et entrelace sans jamais l'obscurcir, retourne directement aux sources du Combatimento di Tancredi e Clorinda ou du Lamento d'Arianna.

    Est-ce cette prosodie en musique, dans laquelle mots et notes se reflètent toujours, d'une certaine façon Ă  la manière d'un Gluck, ou est-ce encore l'emploi frĂ©quent de la consonance qui valut au compositeur quelques reproches d'acadĂ©misme et de passĂ©isme ?

    On aura pourtant peine Ă  trouver dans la mĂŞme pĂ©riode (la fin des annĂ©es cinquante), une oeuvre si riche, aussi simple et aussi essentielle ; un drame si dense pĂ©tri de persĂ©cutions, de foi, de grâce, de mort et de peurs, mais par-dessus tout de multiples formes d'amour.

    CrĂ©Ă© Ă  la Scala de Milan le 26 janvier 1957 (en italien, avec en particulier Virginia Zeani et Leyla Gencer), le grand oeuvre lyrique de Poulenc a très rapidement gagnĂ© la gloire internationale, a-t-on coutume de lire. Les plus grands théâtres du monde l'ont montĂ©, avec des distributions prestigieuses, il est vrai.

    Mais en France, surtout depuis le retrait de Regine Crespin, on a surtout la sensation qu'il est considĂ©rĂ© comme un minus habens opĂ©ratique. D'oĂą la divine surprise que constituait, en 1999, la production de Marthe Keller ; laquelle dĂ©butait la scène lyrique par la face nord. Cette captation fut rĂ©alisĂ©e pour la tĂ©lĂ©vision et diffusĂ©e sur Arte et France 3.

    La grande rĂ©ussite de Marthe Keller est d'avoir fait sienne cette linĂ©aritĂ© qui encercle, plus qu'elle n'appuie, les psychologies diverses, voire opposĂ©es, des personnages et des groupes. L'idĂ©e de " Dialogue " n'est pas ici gratuite, il se lit sur les visages et imprime tous les discours.

    Elle est traduite par un art consommé du portrait qu'exalte une science des éclairages à la Georges de la Tour, entrecoupés de noir et blanc. À l'image, le tout paraît en même temps sophistiqué et allant de soi. La caméra de Don Kent n'en manque par une bribe.

    Décors et costumes sont épurés, à l'image des mouvements des personnages qui sont d'une très grande simplicité, et ne font que renforcer l'impact d'une scène finale qui hantera longtemps le mélomane-spectateur, avec le visage de Patricia Petibon en icône.

    Par la mise en évidence de plans sonores transparents et très respectueux des lignes vocales, Jan Latham-Koenig démontre une réelle affinité avec le compositeur. Tout juste lui reprochera-t-on de manquer parfois de tranchant, privant certaines litanies de leur brutale scansion voulue


    Belle tenue d'Anne-Sophie Schmidt dans le rôle central de Blanche. Dans la première moitié de l'oeuvre, il lui manque toutefois cette illumination de la voix qu'une Felicity Lott a quasiment enregistrée pour l'éternité (1). Le duo de Blanche avec soeur Constance - Patrica Petibon - y perd un soupçon d'intérêt. En revanche, suivant cette dernière dans la mort, Anne-Sophie Schmidt irradie le plateau d'un véritable chant d'action de grâces en final.

    De leur cĂ´tĂ©, les Prieures soulèvent quelques menues difficultĂ©s. Si Madame de Croissy (Nadine Denize) tisse avec une grande sobriĂ©tĂ© les deux pans de son double portrait de l'Acte I (on prĂ©fĂ©rerait cependant des graves plus profus dans l'Agonie) ; ValĂ©rie Millot (Madame Lidoine) chante trop probe dans un français confus et manque de charisme maternel.

    Bien plus subtile est Mère Marie de l'Incarnation (Hedwig Fassbender), qui évite de composer une rigoriste univoque, et soutient avec panache une partie fort complexe. Les autres religieuses sont à louer sans réserves, de même que Laurence Dale, le Chevalier de la Force, frère désappointé d'une mystique sans famille.

    Autant dire que dans sa globalité, ce DVD se place d'entrée dans la partie haute du catalogue, celle qui tutoie presque le divin.



    (1) Enregistrement public du 25 avril 1980, au TCE. PubliĂ© chez " INA, mĂ©moire vive " en 1999. Direction : Jean-Pierre Marty. Avec : Felicity Lott, RĂ©gine Crespin, Jocelyne Chamonin, Anne-Marie Rodde, Geneviève Barrial, LĂ©onard Pezzino
    La version de référence au disque devant Dervaux (1958, EMI, mono et mythique) et Nagano (1992, Virgin).




     

     

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