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SELECTION CD 18 février 2020

Trop joli pour être beau



Pour son nouveau récital chez DGG Magdalena Kozena a choisi un programme ambitieux et cohérent : la cantatrice tchèque rend ici hommage à son pays natal. Accompagnée par la Philharmonie de Prague elle chante des airs de compositeurs du XVIIIe siècle, qui tous ont séjourné dans cette ville .


Le 26/03/2002
Christian PETER
 

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     Trop joli pour √™tre beau

    Le Belle Imagini par Magdalena Kozena
    Mozart : airs de La Clemenza di tito, Le Nozze di Figaro, Lucio Silla, Idomeneo, La Finta giardiniera.
    Gluck : airs de Paride e elena, La Clemenza di Tito.
    Josef Myslivecek : airs de Abramo ed Isacco, Antigona, L'Olimpiade.
    Magdalena Kozena, Mezzo-soprano.
    Prague Philharmonia, direction Josef Swierczewski.
    1 CD DGG No 0 28947 13342 1


    C'est Mozart, bien s√Ľr, qui se taille la part belle avec six airs : de Lucio Silla (1772 ) √† La Cl√©mence de Titus (1791), un panorama o√Ļ les pages c√©l√®bres c√ītoient judicieusement d'autres, moins fr√©quentes au disque. En compl√©ment, des oeuvres de Gluck et de Myslivecek (n√© √† Prague en 1737). Le livret, fort luxueux, comporte de nombreuses photos de l'interpr√®te, au demeurant ravissante, sur fond de monuments Pragois .

    Mais à quoi bon graver Voi che sapete si l'on n'a rien de nouveau à proposer dans cet air dont il existe d'innombrables versions ? On y cherche en vain le frémissement, le trouble de l'adolescent qui s'éveille à l'amour, et cette sensualité, essentielle chez Mozart. Même remarque pour les airs de Sextus : pour s'en tenir aux seules contemporaines, Cecilia Bartoli et Anne-Sofie von Otter en ont laissé des témoignages autrement plus convaincants, chacune avec sa personnalité.

    Et c'est justement ce qui manque √† la voix de Kozena : la personnalit√©. Tous les airs sont chant√© peu ou prou de la m√™me mani√®re. Certes, le timbre est agr√©able, la technique est s√Ľre et l'instrument a gagn√© en homog√©n√©it√©, mais la palette des couleurs est limit√©e, et la caract√©risation sp√©cifique des personnages et des situations fait d√©faut, si bien que tr√®s vite l'ennui gagne. Seul l'air de Ramiro (La finta giardiniera) suscite l'int√©r√™t, peut-√™tre √† cause de sa raret√©. Tandis que Il tenero momento ( Lucio Silla) r√©v√®le quelques difficult√©s dans le grave.

    Gluck est un peu mieux servi avec les deux airs de P√Ęris (Paride e Elena), r√īle que la chanteuse a tenu en 1998 √† Drottningholm, et qu'elle interpr√®te avec d√©licatesse...En revanche, s'il √©tait astucieux de rapprocher sa Cl√©mence de Titus de celle de Mozart, le r√©sultat laisse perplexe : comment ne pas penser √† Bartoli qui dans son tout dernier r√©cital se montre d√©chirante dans l'air de Sextus o√Ļ Kozena appara√ģt du coup bien prosa√Įque !

    Ce sont finalement les quatre plages consacrées à Myslivecek qui captent réellement l'attention : compositeur très en vogue dans les années 1770, il fut surnommé par les Italiens Il divino Boemo . Son écriture n'est pas sans rappeler celle du jeune Mozart à qui l'on a longtemps attribué l'oratorio Abramo ed Isacco, dont figure ici un extrait particulièrement poignant. Kozena en donne une lecture impliquée, sans toutefois le mordant nécessaire. Ces pages semblent convenir idéalement à ses moyens - Il est vrai qu'elle n'a ici aucune concurrence à redouter. On regrette qu'il n'y en ait pas davantage, car il s'agit véritablement d'une découverte passionnante qui justifierait à elle seule l'acquisition du CD.

    Au pupitre, le chef Michel Swierczewski est plus qu'un accompagnateur de récital, sa direction élégante et (trop ?) sobre, n'est pas sans rappeler Sir Charles Makerras, dont il fut d'ailleurs l'élève. Au final, un joli disque dans lequel une jolie chanteuse chante joliment de jolis airs
    Bref un récital trop joli pour être beau.

     

     

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