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SELECTION CD 08 mars 2021

La fête continue



Après des années 1990 marquées par l'inconsistance de Mehta, Muti et Maazel, le Concert du Nouvel An a abordé le nouveau millénaire avec des idées neuves et les géniales prestations d'Harnoncourt en 2001 et d'Ozawa en 2002. Le 1er janvier 2003, Harnoncourt reprenait du service, pour le plus grand bonheur des amateurs de musique viennoise.


Le 13/05/2003
Yannick MILLON
 

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     La f√™te continue

    Concert du Nouvel An 2003



    Concert du Nouvel An 2003
    Kaiser-Franz-Joseph I. Rettungs-Jubel-Marsch (Joh), Schatzwalzer (tirée du Baron Tzigane)(Joh), Niko-Polka (Joh), Scherz-Polka (Joh), Delirien (Joh), Pêle-Mêle (Joh), Aufforderung zum Tanz (Carl Maria von Weber), Secunden (Joh), Hellenen-Polka (Joh), Kaiser-Walzer (Joh), Bauern-Polka (Joh), Lob der Frauen (Joh), Chiniser Galopp (JohP), Ungarische Tänze nr.5 & 6 (Johannes Brahms), Krönungslieder (Joh), Leichtes Blut (Joh), Furioso-Polka (Joh), An der schönen, blauen Donau (Joh), Radetzky-Marsch (JohP).
    Wiener Philharmoniker
    direction : Nikolaus Harnoncourt
    2CD Deutsche-Grammophon (474 250-2)
    1 DVD TDK (DV-WPNK03)


    L'année passée, dans notre dossier sur les grands Concerts du Nouvel An, nous soulignions à quel point il était judicieux de la part des Wiener Philharmoniker de reprogrammer Harnoncourt, après son miraculeux concert du 1er janvier 2001. Pour son deuxième Concert du Nouvel An, le chef autrichien propose un programme copieux, comme toujours extraordinairement agencé, alternant idéalement les genres et les styles. On peut noter dans le programme quelques audaces : l'Invitation à la Valse de Weber dans l'orchestration de Berlioz, et deux Danses hongroises de Brahms, dans des orchestrations inédites de Friedrich Reichert, qu'Harnoncourt a exhumées des archives de la Gesellschaft der Musikfreunde.

    Dans l'Invitation √† la Valse, le chef autrichien fait la part belle aux finesses des interventions de la harpe et de ses doublures avec les fl√Ľtes et hautbois, dans une vision d'un grand raffinement. Le violoncelle solo de Franz Bartholomey, planant √† souhait, se glisse √† la perfection dans une conception aussi esth√©tisante. L'extr√™me fin de la pi√®ce, avec le retour au calme apr√®s la p√©roraison grandiose de la valse, est envo√Ľtante par la douceur et le sfumato des accords des bois pos√©s avec une d√©licatesse insoup√ßonnable.

    Incident peu reluisant

    Au sujet de l'√©pilogue, on a pu assister √† un incident prouvant l'inculture du public guind√© du Concert du Nouvel An, qui s'est mis √† applaudir apr√®s la p√©roraison de la valse, coupant la parole √† l'√©pilogue. Au CD, Deutsche Grammophon assume son public d'incultes en laissant les applaudissements. Au DVD, TDK essaie de gommer tant bien que mal le malheureux incident en coupant les applaudissements, mais r√©duit √† n√©ant le silence √©crit dans la partition, en encha√ģnant l'√©pilogue beaucoup trop vite, sans nous laisser le temps de respirer. La solution de TDK est pr√©f√©rable, m√™me si mal r√©alis√©e.

    Pour ce qui est des 5e et 6e Danses hongroises de Brahms, Harnoncourt en donne une lecture d√©rangeante, pas ¬ę hungarisante ¬Ľ pour un sou, en jouant la carte du pastiche viennois, avec des tempos plut√īt lents et un important rubato. On y perd en spontan√©it√©, mais on y gagne en recherche stylistique.

    Kaiser-Walzer dans le sillon de Karajan

    Dans le reste du programme, le chef autrichien se révèle aussi génialement inspiré qu'en 2001, signant une Kaiser-Walzer de toute beauté, lente et sculpturale, extrapolant comme seul Karajan l'avait fait avant lui cette valse en un poème symphonique brucknérien par l'ampleur de la respiration et la hauteur de vue. De même, il dévoile des trésors de sonorités et de rhétorique dans les valses Krönungslieder et Delirien.

    Dans les polkas, le motorisme insolent du fondateur du Concentus Musicus fait des merveilles, notamment dans Pêle-Mêle, Leichtes Blut, et le premier bis, Furioso ainsi que dans le truculent Galop chinois et la grisante Franz-Joseph Rettungs-Jubel-Marsch. On sait aussi que le chef autrichien a toujours vu dans la musique des Strauss le constat d'une société névrosée et moribonde. Ceci est particulièrement palpable dans la Niko Polka, beaucoup plus inquiète que de coutume, très loin en tout cas d'un simple folklorisme russe.



    Fr√īlant parfois la caricature, Harnoncourt montre un solide sens terrien quant il s'agit d'√©voquer les paysans de la Bauern-Polka. En 1989, Kleiber en donnait une lecture √©lectrique, sautillante, presque impertinente, envisag√©e au second degr√©. Le ¬ę p√®re du baroque ¬Ľ lui, pr√©f√®re le premier degr√© et le martellement gauche des lourds sabots. Il rend les articulations et les phras√©s patauds, jouant √† fond la carte de la ¬ę bonne franquette ¬Ľ. Qui a dit que la musique des Strauss n'√©tait pas de la musique populaire ?

    Enfin, m√™me si la Radetzky-Marsch ¬Ė beaucoup moins grisante et dans un tempo h√©las bien plus rapide qu'il y a deux ans ¬Ė et le Danube sont moins exceptionnels qu'en 2001, il n'y a rien d'indigne ici, bien au contraire, et peu de chefs savent mener ces pi√®ces avec ce m√©lange inimitable de panache et de symphonisme grandiose.

    Inutile de pr√©ciser que dans l'ensemble du programme, les Wiener Philharmoniker se montrent irr√©prochables et stylistiquement on ne peut plus ad√©quats. Quoi qu'il en soit, voici un Concert du Nouvel An de plus √† acqu√©rir dans toute bonne discoth√®que Strauss, et l'on choisira selon ses affinit√©s soit le double CD DG, soit le DVD TDK¬Ė soit les deux ¬Ė tout en sachant que les deux supports conservent l'int√©gralit√© du concert.

    Profitons-en, car l'adage ¬ę toutes les bonnes choses ont une fin ¬Ľ ne tardera pas √† se v√©rifier. L'an prochain, ce sera Muti, et dans deux ans, Maazel. Voyons le bon c√īt√© des choses, pendant deux ans, on pourra r√©veillonner √† loisir sans se soucier de devoir se lever pour regarder le Concert du Nouvel An.

     
    Yannick MILLON


     

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