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SELECTION CD 08 mars 2021

Une passion "Weight Watchers"



Une Saint-Matthieu en deux disques : d'entrée de jeu, le nouvel enregistrement signé Paul McCreesh marque sa singularité. Singularité musicale aussi, car c'est en reprenant les thèses de Joshua Rifkin que le chef anglais entend réinventer notre écoute du chef d'oeuvre de Bach.


Le 13/05/2003
Yutha TEP
 

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    Une passion "Weight Watchers"
    Johann Sebastian Bach
    Passion selon Saint Matthieu
    Mark Padmore, ténor/Evangéliste & airs de ténor
    Peter Harvey, basse/Jésus & airs de basse
    Deborah York, Julia Gooding, sopranos
    Magdalena Kozena, Susan Bickley, altos
    James Gilchrist, ténor
    Stephan Lodge, basse

    The Gabrieli Players
    direction : Paul McCreesh
    Coffret 2CD Archiv 474 200-2


    Disons-le d'emblée, ce n'est pas réellement au niveau de l'Urtext que l'enjeu de cette parution se situe ; on signalera essentiellement la partie de viole de gambe, certes fameuse mais ici évacuée, du récitatif puis air pour ténor Mein Jesus schweigt/Geduld.

    Il s'agit plutôt ici de réexaminer, une nouvelle fois, la thèse maintenant bien connue de Joshua Rifkin concernant les effectifs dont disposait Bach, et préconisant l'utilisation d'un choeur à une voix par partie, ce qui donne un double-choeur à huit voix dans la Saint Mathieu : une série d'enregistrement chez Decca-L'Oiseau Lyre n'avait entièrement convaincu, faute peut-être de moyens musicaux conséquents.

    Ces dernières années, Sigiswald Kuijken et La Petite Bande se sont à leur tour emparé de ces canons interprétatifs, avec des résultats inégaux mais toujours passionnants. Paul McCreesh s'est lui aussi engouffré dans la brèche ainsi réouverte, promenant ainsi la Passion selon Saint Matthieu un peu partout en Europe, notamment en France.

    Premier constat : là où l'épreuve du concert, dans des salles souvent de trop vastes dimensions, mettait à mal les options du chef, le disque, lui, procure un confort bien supérieur. La sveltesse des effectifs ne devient plus rachitisme sonore, et l'on est immédiatement frappé par une lisibilité exceptionnelle obtenue au premier chef par un équilibre exemplaire entre voix et instruments. Les Gabrieli Players brillent de mille feux, avec une mise en place exemplaire de cohésion et de justesse.

    Il faut aussi dire que les forces vocales ici mobilisées sont très supérieures à celles sollicitées durant les tournées. Mark Padmore incarne un Evangéliste éminemment anglais, plus proche d'Anthony Rolfe-Johnson que des Equiluz ou Prégardien. La suavité de la voix n'empêche cependant pas un engagement de bon aloi, et l'aigu est suffisamment sûr pour assumer toutes les notes d'une tessiture éprouvante.

    A ses côtés, le Christ au timbre très clair de Peter Harvey brille toujours par une dignité profondément humaine, dénuée de toute solennité pesante. Les deux chanteurs tiennent leurs airs avec une efficacité irréprochable. Si Deborah York manque parfois d'un peu de souplesse (mais quelle lumière et quelle tenue), si le deuxième ténor James Gilchrist manque un peu de mordant (mais quel musicien au demeurant), Magdalena Kozena est, elle, vocalement – et stylistiquement – impériale, et son Erbarme dich digne des souvenirs les plus prestigieux. Dommage que son homologue, la d'habitude excellente Susan Bickley, retienne un peu son tempérament naturellement dramatique, perdant du même coup sa justesse pour un Können Tränen assez exsangue. Les deux choeurs formés par les solistes sont cependant d'une transparence extraordinaire.

    Et la direction ? Même si l'accélération des tempi n'est pas une conséquence automatique du dégraissement des effectifs (Sigiswald Kuijken l'a démontré), il est également significatif de voir la passion tenir sur deux disques seulement, une première sans doute. Un Magnificat quelque peu expédié pouvait rendre l'auditeur précautionneux, mais ici, la théâtralité intrinsèque de la partition suffit presque à porter l'enregistrement. On peut déplorer une insuffisance dans le jeu des contrastes – et donc de la rhétorique – mais l'on n'a que très rarement l'impression de vaine agitation que le chef anglais peut parfois donner.

    Avancée musicologique, innovation interprétative, cet enregistrement mérite en tout cas une oreille attentive : il convient simplement de savoir qu'elle échappe à toute comparaison, et qu'il faut oublier un instant les Harnoncourt, Leonhardt ou Herreweghe – pour ne citer que les « papes » de la mouvance baroque – pour pouvoir profiter pleinement de cette St-Matthieu « Weight Watchers ».

     
    Yutha TEP


     

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