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SELECTION CD 20 octobre 2019

Qualités et défauts d'un Mozart outsider



On l'attendait, ce nouveau Mozart-Jacobs. Après un Così iconoclaste et surexcité il y a quatre ans, Jacobs remet Mozart sur le tapis pour des Noces où qualités et défauts se valent, et qui risquent de plus vite voir le débat s'émousser. En attendant la prochaine étape, un Don Giovanni par exemple ?


Le 06/04/2004
Gérard MANNONI
 

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     Qualités et défauts d'un Mozart outsider

    Les Noces de Figaro de Mozart par René Jacobs
    Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
    Les Noces de Figaro (1786)

    Collegium Vocale Gent
    Concerto Köln
    direction : René Jacobs.

    Avec : Véronique Gens, Patricia Ciofi, Angelika Kirchschlager- Lorenzo Ragazzo, Simon Keenlyside, Marie McLaughlin, Kobie van Rensburg, Antonio Abete, Nuria Rial, Elisabeth Rapp, Yeree Suh.

    3 CD Harmonia Mundi HMC 801818.20


    Reflet de représentations qui eurent lieu au Théâtre des Champs-Élysées à Paris, cet enregistrement possède bien des qualités et bien des défauts ! Ses qualités ? D'abord, une approche sonore orchestrale agréable tant pour la nature du son que pour sa justesse, loin des approximations de tant de lectures baroques actuelles. René Jacobs a eu ici des exigences que l'on voudrait bien retrouver chez nombre de ses collègues. En outre, sa direction a de la vie, une vie théâtrale qui était très appréciable à la scène dans le spectacle signé Jean-Louis Martinoty, et qui passe tout aussi bien au disque. Elle n'est pourtant pas exempte de choix d'accentuation très discutables, trop systématiquement destinés à modifier l'écoute habituelle de la ligne mélodique principale. C'est arbitraire, intéressant au départ, artificiel ensuite. Cela fait partie des défauts, on s'en doute.

    Côté qualités, reconnaissons la même tonicité à l'interprétation vocale. Trois interprètes se détachent nettement. Le Comte de Simon Keenlyside est remarquable à tous égards et il anime et colore tout dès qu'il est présent. C'est particulièrement sensible au deuxième acte qui, après un début un peu plat, prend un fabuleux relief dès son entrée. Tout devient alors rapide, exact, fulgurant, intelligent et l'acte s'achève de manière somptueuse. C'est d'ailleurs le meilleur moment de l'enregistrement. Particia Ciofi est une Suzanne adéquate, tout comme Angelica Kirchschlager a les bon moyens de Chérubin. Véronique Gens incarne une comtesse à la belle musicalité mais sans personnalité particulière, avec un timbre lisse et peu expressif. Le principal défaut pourtant de ce trio féminin est d'avoir des timbres beaucoup trop semblables, ce qui retire une grande partie du relief de leurs ensembles. On retrouve bien là cette uniformité de l'école de chant actuelle qui tend à une sorte de « vocalement correct Â», mais ne développe pas de personnalités marquées, à de rares exceptions près.

    Côté défauts, outre les problèmes d'accentuations mentionnés plus haut, on trouve cette regrettable manie à la mode d'ajouter des ornements à tout propos. Dans la majorité des cas, cela n'apporte strictement rien du point musical ni expressif. Le seul résultat est de couper la pureté admirable de la ligne mélodique des airs, comme à la fin de l'air de Suzanne au quatrième acte. A noter aussi la relative faiblesse du Figaro de Lorenzo Regazzo. Il y en eut tant de plus futés et de mieux dotés vocalement au disque comme à la scène, que celui-ci reste bien en retrait, surtout face au Comte de Keenlyside. On serait Suzanne
    Les autres rôles sont tenus de manière adéquate, avec notamment une Marcelline plus crédible qu'à l'ordinaire en la personne de Mary McLaughlin. Regret encore pour certains tempi brusquement accélérés, notamment au final. Ce sont tous ces choix, une certaine brusquerie aussi, qui font penser que René Jacobs ne fait pas assez confiance à Mozart et qu'il cherche trop souvent à intervenir, à imposer une originalité, là où il suffirait de laisser couler plus simplement la musique.

    On retrouvera en juin au Théâtre des Champs-Élysées la très astucieuse mise en scène de Jean-Louis Martinoty avec René Jacobs au pupitre, mais seule Angelica Kirchschlager sera dans la nouvelle distribution où l'on attend beaucoup de la Comtesse d'Annette Dasch après le récital que cette jeune cantatrice a donné au Théâtre de la Ville. Luca Pisaroni devrait aussi apporter plus de couleur à Figaro.

    Mais au disque, un bilan mitigé pour ce Mozart outsider.

     
    Gérard MANNONI


     

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