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SELECTION CD 08 mars 2021

Bruckner dans un placard de sacristie



Premier essai dans le domaine symphonique bruckn√©rien, la 7e symphonie enregistr√©e par Herreweghe et ses troupes des Champs-√Člys√©es, malgr√© un int√©r√™t sonore √©vident, ne marquera pas la discographie du compositeur en raison d'un exc√®s de pr√©cautions qui vire tr√®s vite √† l'insignifiance. Sit√īt √©cout√©, sit√īt oubli√© ; un comble !


Le 26/11/2004
Yannick MILLON
 

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     Bruckner dans un placard de sacristie



    Anton Bruckner (1824-1896)
    Symphonie n¬į 7 en mi majeur
    Edition Nowak [sic]

    Orchestre des Champs-√Člys√©es
    direction : Philippe Herreweghe

    CD Harmonia Mundi HMC 901857


    Après un magnifique CD consacré à la musique religieuse du Ménestrel de Dieu il y a plusieurs années, Herreweghe s'attaque à la substantifique moelle de la production brucknérienne, les symphonies. Et si ce nouvel enregistrement de la 7e charme l'oreille par son originalité sonore, il s'essouffle bien vite à la réécoute par excès de précautions.

    Qu'entend-on de vraiment nouveau ? Une p√Ęte sonore d√©graiss√©e jusqu'√† l'osseux, une lecture chambriste et intime ¬Ė un tuba translucide aux contours de cornet √† bouquin ¬Ė, refusant l'essence m√™me du tutti bruckn√©rien, une ex√©cution tr√®s allante et sans consistance. Toutes les tenues et notes r√©p√©t√©es ne p√®sent rien ¬Ė y compris chez les cuivres ¬Ė et volettent comme de jolies plumes. Mais √† force de subtilit√©, de d√©licatesse, l'interpr√©tation, assez flatteuse quant √† la plastique sonore ¬Ė hormis un √©nonc√© de premi√®re phrase rien moins qu'homog√®ne et des cuivres un peu tremblotants dans l'√©pilogue fun√®bre du mouvement lent ¬Ė sombre trop souvent dans l'insignifiance pour surnager dans une discographie surabondante en r√©f√©rences.

    On √©coutera les couleurs s√©duisantes des bois, notamment de la fl√Ľte, en regrettant l'absence de projet interpr√©tatif autre que de transformer le dernier Bruckner en adolescent attard√© √©crivant avec les dynamiques de l'Inachev√©e de Schubert. D√©graisser est une chose, faire avorter syst√©matiquement les immenses crescendi en est une autre. O√Ļ sont les angoisses √† 9' du premier mouvement, dissoutes ici dans un bain d'eau ti√®de, o√Ļ est l'immense crescendo tellurique √† la fin du m√™me Allegro moderato, ici absolument an√©anti, avec en lieu de lame de fond aux timbales un l√©ger courant d'air ? Bruckner a beau se situer √† ¬ę mille lieues du culte de la puissance ¬Ľ, il ne peint pas, √† la fin du XIXe si√®cle, les trompettes du jugement dernier avec deux fl√Ľtes √† bec !

    Une fausse ¬ę √©dition Nowak ¬Ľ

    Plus grave, la m√©trique bruckn√©rienne est ici simplifi√©e √† l'extr√™me, sans la moindre trace d'assouplissement rythmique. Bruckner pr√īnait certes des fluctuations agogiques minimales, mais pour autant l'orchestre doit-il √™tre priv√© de respiration dans les fins de phrases, qui tombent comme un cheveu sur la soupe en raison d'un tactus d'une r√©gularit√© maniaque √† la limite de la caricature ? On ne s'attardera pas non plus sur le pr√©tendu choix de l'√©dition Nowak de la partition, qui, priv√©e comme ici du coup de cymbale et des percussions dans le climax de l'Adagio, s'appelle √©dition Haas.

    Apr√®s cette 7e d√©risoire, revenons √† nos r√©f√©rences du pass√©, parmi lesquelles le sublime Karl B√∂hm (DG), et dans les versions plus r√©centes, le t√©moignage cr√©pusculaire de Celibidache (EMI) mais surtout la lecture pour le coup r√©volutionnaire et essentielle d'Harnoncourt (Teldec), qui r√©ussit avec un orchestre traditionnel ¬Ė le Philharmonique de Vienne ¬Ė l√† o√Ļ Herreweghe √©choue avec un vrai ensemble √† l'ancienne. Car en guise de cath√©drale sonore, le Bruckner d'Herreweghe r√©sonne un peu comme un placard de sacristie.

     
    Yannick MILLON


     

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