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SELECTION CD 21 janvier 2022

Moment d'indicible et d'éternité



La véritable résurrection de Claudio Abbado depuis son départ de Berlin n'en finit pas d'étonner. Après des témoignages essentiels enregistrés au festival de Lucerne par TDK, EuroArts nous propose une 9e de Mahler avec le GMJO, stupéfiante d'engagement et de professionnalisme. Avec un Finale en authentique moment d'indicible et d'éternité.


Le 31/05/2005
Yannick MILLON
 

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     Moment d'indicible et d'Ă©ternitĂ©



    Gustav Mahler (1860-1911)
    Symphonie n° 9 en ré majeur
    Gustav Mahler Jugendorchester
    direction : Claudio Abbado
    Enregistrement public du 14 avril 2004 à l'Académie Sainte Cécile de Rome.

    1 DVD EuroArts 2054009


    En septembre 1999 lors des Berliner Festwochen, Claudio Abbado avait donné à la tête de ses Berliner Philharmoniker une 9e de Mahler qui avait laissé la salle de la Philharmonie en transe. Concert mythique repris au disque par Deutsche Grammophon quelques mois plus tard :



    L'an passé, en pleine période pascale, le Gustav Mahler Jugendorchester fait un détour à Rome lors de sa tournée avec Abbado et la même 9e. Grand choc, le DVD de l'événement, édité ce printemps par EuroArts, est sensiblement du même niveau que la version berlinoise, et jamais le Gustav Mahler Jugendorchester n'avait fait étal de plus incroyables qualités. Mais ce n'est pas tant aux Berliner que fait penser le GMJO. Les yeux fermés, on jurerait entendre l'Orchestre du Festival de Lucerne qu'a récemment refondé le chef italien. Au-delà de textures de vents finement ouvragées, c'est la densité, le mordant, la profondeur et le brillant des cordes qui laissent pantois.

    Dans des tempi qui privilégient toujours l'avancée, la grande arche du premier mouvement, ses sonorités annonçant clairement la Seconde Ecole de Vienne ; la pulsation inextinguible et les allures de valse psychotique du Scherzo, qu'Abbado réussit comme aucun autre ; la mécanique grinçante, l'effrayante danse de mort du Rondo-Burleske ; et surtout le combat à l'humanité bouleversante de l'Adagio, conclu aux confins du silence dans un troublant mélange de résignation et de sérénité ; toutes ces caractéristiques du Mahler d'Abbado sont rendues de manière inespérée par les jeunes musiciens européens. Et à chaque instant, cette clarté absolue de la polyphonie, cette souplesse des transitions, cette finition instrumentale stupéfiante.

    Des solos en état de grâce

    Ce 14 avril 2004 à Rome, à la fin du premier mouvement, certains pupitres sont littéralement en état de grâce : la flûte, dans un solo pourtant parmi les plus périlleux de la littérature symphonique (à 21'10), la clarinette en mib à la rondeur infinie (à 23'03), le violon déjà si mûr du konzertmeister Raphaël Christ (à 24'). Mais on retiendra surtout le violoncelle de Benoît Grenet, pour les plus bouleversants solos de la fin de l'Adagio que l'on ait pu entendre (à 1h12') : crépusculaires, ineffables, tout d'intériorité. L'expression même d'un sourire mêlé des larmes de la résignation, miracle de legato, de pureté de timbre et de sérénité dans le vibrato, qui donnerait des bobines de fil à retordre à tant de supersolistes de formations plus prestigieuses.

    Et tout du long, la vidéo de Paul Smaczny réussit à capter chaque manifestation de la complicité, du courant qui passe entre le chef et ses musiciens. Inoubliables, l'éclairage progressivement limité aux seuls pupitres à la fin de l'Adagio, et ce silence de plus d'une minute après l'extinction impalpable de la dernière tenue des cordes. Silence abyssal, parfaitement habité, impossible à narrer sans en altérer l'essence même. Moment d'abolition du temps, d'éternité. D'indicible.

     
    Yannick MILLON


     

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