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SELECTION CD 05 décembre 2022

Titus dans la paranoĂŻa terroriste



Spectacle marquant que cette Clémence de Titus captée à la Felsenreitschule de Salzbourg en 2003, dont les parti-pris entre la direction analytique et désabusée de Nikolaus Harnoncourt et la mise en scène oppressante de Martin Kušej, transposée dans l'après 11 septembre, fonctionnent en parfaite connivence. Un grand DVD Mozart, magnifiquement chanté de surcroît.


Le 20/09/2006
Yannick MILLON
 

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      (ex: Harnoncourt, Opéra)


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     Titus dans la paranoĂŻa terroriste



    Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
    La Clemenza di Tito, opera seria en deux actes (1791)
    Livret de Caterino MazzolĂ 

    Michael Schade (Tito)
    Dorothea Röschmann (Vitellia)
    Vesselina Kasarova (Sesto)
    Barbara Bonney (Servilia)
    Elina Garanča (Annio)
    Luca Pisaroni (Publio)

    Konzertvereinigung Wiener Staatsopernchor
    Wiener Philharmoniker
    direction : Nikolaus Harnoncourt
    Enregistrement : Felsenreitschule, Salzburg, 08/2003

    2DVD TDK DVWW-OPCLETI


    Dans le cadre idéalement sombre du Manège des rochers de Salzbourg, le metteur en scène autrichien Martin Kušej, bien plus inspiré que pour son Don Giovanni de l'été précédent, situe en 2003 la Clémence de Titus dans un bunker en béton et l'urgence d'une atmosphère post-11 septembre, brillante métaphore de l'exacerbation politique et de l'instabilité mondiale, mais aussi parfaite illustration de ce que peut être une actualisation intelligente.

    On pourra éventuellement reprocher une certaine tendance au spectaculaire – l'explosion de la fin du I, pourtant conséquence logique du pari initial – ou au systématisme – le fétichisme pour les sous-vêtements – mais on serait bien en peine de trouver direction d'acteurs plus aboutie, moins laissée au hasard – un Titus rongé par la peur de l'attentat, le mélange de détermination et de fragilité de Vitellia, l'existence inédite de Publius.

    Au-delà des incontestables atouts de la mise en scène, cette Clémence vaut pour l'excellence de sa partie musicale. Vesselina Kasarova est un Sextus survolté, incandescent, une torche vivante à l'aigu dévastateur, qui s'engage corps et âme en faisant oublier sans peine des registres hétérogènes. Michael Schade, autre figure marquante, est un Titus paranoïaque et psychotique, trouvant toujours des accents caméléons dans une vocalité peu italienne, assez proche du tenore di grazia viennois, un rien en péril toutefois dans un Se all'impero chanté à quinze mètres au-dessus du vide, après avoir gravi deux séries d'escaliers au pas de course.

    Dorothea Röschmann brĂ»le les planches en Vitellia suicidaire, couleur et tempĂ©rament de braise, technique pas toujours maĂ®trisĂ©e – un aigu fluctuant – mais nettement plus en place que lors de la reprĂ©sentation Ă  laquelle nous avions assistĂ©. Hormis la Servilia moyenne, piètre comĂ©dienne de Barbara Bonney, le reste du plateau est, comme souvent Ă  Salzbourg, de luxe, confirmant en Publius les espoirs suscitĂ©s par Luca Pisaroni ; dĂ©voilant Ă  la scène internationale l'Annius charnel et androgyne d'Elina Garanča.

    Rubato et reconversion

    Nikolaus Harnoncourt dĂ©fend Ă  la tĂŞte des Wiener Philharmoniker une lecture aux frontières de l'indĂ©fendable, comme vĂ©cue au ralenti, parsemĂ©e d'arrĂŞts sur image, de silences, qui selon l'humeur paraĂ®tront tantĂ´t saisissants tantĂ´t agaçants, mais qui vont parfaitement dans le sens de la partie scĂ©nique, entre noirceur et interrogations. Restent Ă©videmment l'art analytique, le sort fait Ă  chaque inflexion, que le chef autrichien pourrait justifier sans jamais ĂŞtre pris en dĂ©faut, ce rubato plus important que chez un Furtwängler, cette pâte sonore « classisĂ©e Â» qui, malgrĂ© un travail rhĂ©torique ne laissant rien au hasard, frĂ´le la reconversion.

    Dans le cadre du projet Mozart 22, Unitel a filmé cet été l'intégralité des productions mozartiennes données à Salzbourg, et devrait commercialiser à l'automne une captation de la reprise de cette Clémence. Mais il y a fort à parier que cette première mouture que propose TDK restera davantage dans les mémoires comme un spectacle obsédant, jamais anodin, fort comme un poison.

     
    Yannick MILLON


     

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