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SELECTION CD 08 mars 2021

La douce lumière de Parsifal



Riche en références d'après-guerre, quand les grands chanteurs étaient légion, la discographie wagnérienne peine à s'enrichir de parutions décisives depuis presque trente ans. Sans prétendre à l'immortalité, le nouveau Parsifal que Deutsche Grammophon a confié à Christian Thielemann comporte toutefois quelques éminentes qualités.


Le 19/10/2006
Yannick MILLON
 

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     La douce lumi√®re de Parsifal



    Richard Wagner (1813-1883)
    Parsifal, festival scénique sacré en trois actes (1882)
    Livret du compositeur

    Falk Struckmann (Amfortas)
    Ain Anger (Titurel)
    Franz-Josef Selig (Gurnemanz)
    Pl√°cido Domingo (Parsifal)
    Wolfgang Bankl (Klingsor)
    Waltraud Meier (Kundry)
    Benedikt Kobel (Erster Gralsritter)
    In-Sung Sim (Zweiter Gralsritter)
    Daniela Denschlag (Erste Knappe)
    Janina Baechle (Zweite Knappe)
    John Dickie (Dritte Knappe)
    Peter Jelosits (Vierte Knappe)
    Inna Los (Blumenmächen Erste Gruppe)
    Bori Keszei (Blumenmächen Erste Gruppe)
    Antigone Papoulkas (Blumenmächen Erste Gruppe)
    Simina Ivan (Blumenmächen Zweite Gruppe)
    Ildikó Raimondi (Blumenmächen Zweite Gruppe)
    Nadika Krasteva (Blumenmächen Zweite Gruppe)
    Janina Baechle (Stimme von oben)

    Chor und Orchester der Wiener Staatsoper
    direction : Christian Thielemann
    préparation des choeurs : Ernst Dunshirn

    Enregistrement live : Staatsoper, Wien, 06/2005

    4CD Deutsche Grammophon 00289 477 6006


    Disons-le d'embl√©e, ce nouveau Parsifal ne contestera pas l'h√©g√©monie des grandes r√©f√©rences bien connues de Bayreuth : Knappertsbusch (1951 avant tout, 1952, la letztes Mal de 1964 avec Vickers et Hotter) et ses n√©gatifs Krauss (1953) et Boulez (1970), les plus recommandables √† notre sens, devant les studios de Solti (desservi par le Gurnemanz prosa√Įque de Gottlob Frick) et Karajan (aux voix aigu√ęs tr√®s faibles), voire Barenbo√Įm.

    Dans ce live viennois, Thielemann prend mod√©r√©ment son temps, accordant un soin particulier √† la couleur, √† la souplesse, √† l'a√©ration du tissu motivique, √† la douceur des transitions, √† la finition des fondus-encha√ģn√©s, et engendre autant de moments magiques : le changement d'univers sonore au Parsifal, Weile ! de Kundry ; le no man's land pr√©c√©dant Gelobter Held ! ; l'Enchantement du Vendredi saint ; la conclusion du III, avec ce long trait d'union des hautbois entre les deux derniers accords, lointaine r√©miniscence de Tristan.

    On se doute que les points de tension, de drame ¬Ė notamment au II ¬Ė y perdent quelque acuit√© et ar√™tes vives. Mais d√®s que le discours s'apaise, le grand wagn√©rien du moment distille force sortil√®ges, suspensions, sensations d'espace infini, de continuit√© absolue entre diatonisme et chromatisme, laissant toujours planer en sfumato une tenue de cor, de clarinette, sans que jamais se perde la trame. L'Orchestre de l'Op√©ra de Vienne sonne avec une clart√© miraculeuse, une plastique de r√™ve, des cordes √† la tendresse, √† l'immat√©rialit√© sans limites, des bois color√©s et finement cisel√©s, des cuivres opalescents.

    © Wiener Staatsoper GmbH / Axel Zeininger

    Inutile en revanche d'attendre pareille excellence au niveau de la distribution, seulement conforme aux standards wagnériens de notre époque, à commencer par des Filles-fleurs plus acceptables que de coutume, un Klingsor local, sans histoire, un Titurel un peu vert.

    Le sens de la narration est l'atout majeur du Gurnemanz de Franz-Josef Selig, √©lev√© √† la rh√©torique de la musique ancienne, fort utile au doyen des chevaliers du Graal. Seulement, au-del√† des intentions judicieuses ¬Ė ces sons non-vibr√©s qui ouvrent un espace expressif in√©dit ¬Ė la voix est dans un √©tat tr√®s moyen : √©rod√©e, √©triqu√©e d√®s le mezzo-forte et d'aigu poussif. Mais l'incarnation ne manquera pas de retenir l'attention, voire de faire √©cole.

    Falk Struckmann a l'aigu conqu√©rant et les moyens d'Amfortas, mais p√®che par exc√®s de monolithisme, et rugit sans la douleur rentr√©e du roi maudit. Pl√°cido Domingo est un Parsifal √† l'italienne, d'une belle jeunesse malgr√© ses 65 ans, avec cette ligne de chant ensoleill√©e, azur√©enne ¬Ė un rien engonc√©e toutefois au III ¬Ė, dont la g√©n√©rosit√© mange une partie du texte. Du beau chant assur√©ment, mais le chaste fol y perd son √©tranget√© : sans doute trop de lumi√®re, de culture, d'intelligence pour ce personnage absent, ici constamment trop mature et comme rassasi√© de chair.

    Une Kundry vénéneuse et surnaturelle

    Reste Waltraud Meier, incontournable Kundry, incontournable wagn√©rienne tout court, qui rend √† l'ultime personnage f√©minin du compositeur sa complexit√©, son m√©lange de sorcellerie, de f√©minit√© et d'animalit√© dans une incarnation aux multiples facettes. Et m√™me si les notes les plus hautes de la tessiture sont nettement plus tendues qu'en studio, impossible de passer √† c√īt√© de pareille ferveur, d'un timbre aussi cam√©l√©on, v√©n√©neux, d'une √©mission aussi soign√©e, avec cette accroche, cette nasalisation des finales qui rappellent pas moins que l'art d'une Schwarzkopf ¬Ė les Schlaf, surnaturels.

    Une belle version moderne, d'orchestre avant tout, et sans doute le Parsifal le plus soigné, le plus irréel du disque, sinon le plus mystique ou le plus dramatique.

     
    Yannick MILLON


     

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