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SELECTION CD 08 mars 2021

La fièvre toscaninienne fait son retour



Après un fabuleux Requiem de Verdi londonien, d'une tension phénoménale, d'un impact à couper le souffle, Testament poursuit son exploration des archives toscaniniennes à travers trois nouvelles parutions de la période NBC proposées dans un remastering optimal, qui viennent une fois de plus rappeler la géniale radicalité des lectures du maestrissimo.


Le 20/11/2006
Yannick MILLON
 

  • La fièvre toscaninienne fait son retour
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     La fièvre toscaninienne fait son retour



    Franz Schubert (1797-1828)
    Symphonie n° 2 en sib majeur, D. 125

    Sonate pour piano Ă  quatre mains en ut majeur D. 812, « Grand duo Â»
    Orchestration de Joseph Joachim

    NBC Symphony Orchestra
    direction : Arturo Toscanini
    Enregistrements : live, Studio 8H, New York City, 23/03/1940 (Symphonie) et 15/02/1941 (Sonate).

    CD Testament SBT 1370




    Une petite précision tout d'abord. Testament annonce au sujet de cet album Schubert qu'il s'agit d'inédits au CD. Si l'affirmation est exacte pour le Grand duo, elle est en revanche erronée concernant la 2e symphonie, dont cette captation du 23 mars 1940 a déjà été commercialisée par Naxos (8.110838) en février 2000, couplée avec des extraits symphoniques de Parsifal issus de la même radiodiffusion. Ce sera la seule réserve à émettre sur cette parution, dont le contenu même n'en souffre aucune.

    Toscanini fut l'un des pionniers tant au disque qu'au concert de la 2e symphonie de Schubert, à laquelle il refusa tout romantisme, lui préférant une vision d'un classicisme motorique, loin de toute esthétique viennoise, sans concession quant à l'énergie et à l'avancée. Aucune mièvrerie, aucun attendrissement dans cette lecture volontaire, quasi beethovénienne, drue, renversant tout sur son passage – un Menuet bourru, scandé comme un scherzo, des tutti bruts de décoffrage. Et toujours cette impression d'anticipation sur la revisitation des tempi de la révolution baroque – un Andante sans le moindre alanguissement.

    Les aficionados du maestrissimo préféreront sans doute la vision plus jusqu'au-boutiste encore du concert du 12 novembre 1938 jadis éditée par Lys (337), dont la détermination est renforcée par une prise de son plus étriquée et sèche, et une densité orchestrale plus forte encore, mais on profite ici d'une lecture légèrement moins corsetée et d'une prise de son plus aérée et confortable, même si le Studio 8H n'a jamais eu qu'une réverbération fort pingre.

    Excellente idée ensuite que d'adjoindre à cette 2e la publication du seul témoignage de Toscanini dans l'orchestration par Joseph Joachim du Grand Duo, sonate pour piano à quatre mains qu'on a longtemps pensée être une étape préparatoire à l'élaboration de la symphonie de Gmunden-Gastein. Il a été prouvé depuis que la fameuse symphonie perdue n'avait rien à voir avec le Grand Duo et n'était en fait que la Grande Symphonie en ut majeur elle-même.

    Exercice très habile en tout cas que le travail de Joachim, basé sur les effectifs de la Grande – mais avec une pâte sonore souvent plus schumannienne que schubertienne – et qu'il serait intéressant de comparer avec l'orchestration plus récente de René Leibowitz. Voilà en tout cas un élément d'importance dans une discographie toscaninienne dont on pensait avoir épuisé tous les trésors.

     


    Felix Mendelssohn-Bartholdy (1809-1847)
    Les HĂ©brides, ouverture
    Symphonie n° 3 en la mineur op. 56, « Ă‰cossaise Â»

    Robert Schumann (1810-1856)
    Symphonie n° 2 en ut majeur op. 61

    NBC Symphony Orchestra
    direction : Arturo Toscanini
    Enregistrements : live, Studio 8H, New York City, 4/11/1945 (Ouverture), 5/04/1941 (Mendelssohn) et 29/03/1941 (Schumann).

    CD Testament SBT 1377




    Références déjà connues que les trois pièces présentées sur cet album Mendelssohn-Schumann, parues sous étiquette Lys il y a une dizaine d'années mais supprimées depuis, à l'exception du Schumann reparu chez Naxos. Nous n'irons pas par quatre détours : ce disque regroupe trois interprétations essentielles, rééditées dans un son d'une clarté dont étaient dépourvus les pressages précédents.

    Il entamera au passage bon nombre de préjugés sur Toscanini, comme le prouve d'emblée l'ouverture des Hébrides. La retenue conférée au tempo, nettement plus lent que la moyenne, la tendance au legato, la douce mélancolie qui émane des premières minutes vont tout à fait à l'encontre des clichés toscaniniens, même si l'on reconnaît parfaitement la patte du maître dans la manière de la coda, rapide comme l'éclair, énoncée recto tono, sans la suspension terminale pour laquelle optent les autres grands interprètes de l'oeuvre – les Bernstein, Reiner ou autre Schuricht.

    La Symphonie écossaise est plus proche de l'idée que l'on se fait habituellement de Toscanini, sans toutefois manquer de souplesse, dans des transitions aux variations de tempo presque imperceptibles qui permettent une excellente exégèse de la structure. Et toujours ce chant poignant des cordes – l'Andante con moto introductif –, cette énergie rythmique inimitable – Allegro un poco agitato – cette frénésie dans les attaques, ces bondissements de tout l'orchestre – Allegro vivacissimo terminal.

    La 2e symphonie de Schumann retrouve quant à elle une relative modération du tempo dans les volets extrêmes, rehaussée d'une vitalité, d'une énergie intérieure qui font que jamais le discours ne s'enlise. Le plus étonnant de la part d'un chef réputé objectif reste l'entorse à l'orchestration – les ajouts de trompettes sur le motif de quinte initial qui irrigue toute l'oeuvre, assumés avec tout l'éclat possible à la fin des premier et quatrième mouvements, comme pour mieux souligner les débuts du principe cyclique dans le monde de la symphonie.

    Le Scherzo est l'un des plus extraordinaires du disque, ultra réactif, toujours à l'affût, avec ces cordes d'une précision diabolique en embuscade à chaque coin de mesure, ces accents toujours aiguisés, ce staccato orchestral inouï, et cette coda en course à l'abîme qui laisse le souffle coupé. Non moins prenante, la ligne de chant des violons dans l'Adagio fait sentir le métier d'un chef rompu à la scène lyrique, en de magnifiques crescendi tendus et accélérés aux limites de la rupture.

    Et mĂŞme si la plastique orchestrale accuse d'une certaine manière son âge – le vibrato des bois, la sonoritĂ© parfois « napolitaine Â» des trompettes –, un incontestable jalon de la discographie schumannienne.

     


    Richard Wagner (1813-1883)
    Le Vaisseau fantĂ´me, ouverture
    Tannhäuser, prélude à l'acte III (version originale)
    Parsifal, synthèse symphonique (arrangement Toscanini)
    Prélude à l'acte I
    Enchantement du vendredi saint
    Prélude à l'acte II
    Prélude à l'acte III
    Le Jardin enchanté de Klingsor
    Finale de l'acte III

    Enregistrements : live, Studio 8H, New York City, 31/03/1946 (Vaisseau), 23/03/1940 (Parsifal) ; live, Carnegie Hall, New York City (29/11/1953).

    CD Testament SBT 1382




    Pour finir, une autre parution majeure, consacrée à Wagner, dont Toscanini a été l'un des grands défenseurs, y compris pendant la Seconde Guerre mondiale, quand, anti-fasciste notoire et déclaré, il continuait à le diriger aux États-Unis, affirmant ainsi que le compositeur appartenait au patrimoine mondial bien autant qu'à l'Allemagne.

    L'ouverture du Vaisseau fantôme sous la baguette du chef italien n'avait jamais eu les honneurs d'une publication officielle, y compris dans la monumentale Toscanini edition des années 1990 chez RCA. Le préjudice est désormais réparé grâce à Testament. Cette exécution de 1946, la dernière du maestro, offre une tempête maritime très contrôlée, au tempo initial relativement modéré et aux emballements successifs de plus en plus tumultueux.

    Très célèbre pour son interprétation de l'Ouverture et Bacchanale de Tannhäuser, Toscanini comptait aussi parmi les champions du beaucoup plus méditatif Prélude à l'acte III – dans la version initiale, longue de treize minutes, rapidement abandonnée par Wagner. Enregistrée le 29 novembre 1953, durant la dernière saison du maestro à la tête du NBC Symphony avant sa retraite d'avril 1954, cette exécution dont c'est également la première édition officielle bénéficie d'une hauteur de vue inédite, d'une chaleur, d'une transparence admirables, captées par une prise de son d'une superbe qualité dans un Carnegie Hall infiniment préférable au Studio 8H.

    Premier non Allemand invité à diriger à Bayreuth en 1930 et 1931, le bouillant Italien considéré comme l'un des chefs les plus rapides de l'histoire a laissé lors de son passage sur la Colline le record absolu de lenteur dans Parsifal. Il n'en existe malheureusement aucune trace sonore, et le témoignage le plus rapproché dans le temps dont nous disposions est l'exécution du Prélude – et de l'Enchantement du vendredi saint – en concert à la BBC en 1935, à la lenteur en effet exceptionnelle. Par la suite, Toscanini a souvent dirigé des extraits de l'ultime chef-d'oeuvre wagnérien, parmi lesquels la présente synthèse symphonique du 23 mars 1940 – qu'avait partiellement édité le CD Naxos mentionné plus haut, en complément de la 2e symphonie de Schubert.

    On peut certes s'interroger sur la cohérence de pareil va-et-vient dans la chronologie de l'opéra, mais force est de constater que les transitions arrangées par le maître sont habilement réalisés et les climats bien alternés. La lenteur, le recueillement, la majesté, la clarté de la polyphonie qui ont tant fait sensation à Bayreuth sont toujours au rendez-vous – un Prélude du I de plus de treize minutes ; un Prélude du III lentissime et terriblement affligé, sublime de douleur rentrée comme d'intensité – mais aussi la douceur, l'aération du tissu orchestral – le Jardin de Klingsor –, la force dramatique des passages où s'exacerbe le chromatisme – le Prélude du II.

    Bref, une forme de quadrature du cercle dans un ouvrage aux multiples atmosphères. Qu'importe alors la conclusion avec sa trompette trémulante, quand on a affaire à une publication fondamentale, la seule à même de donner une idée correcte que ce qu'a pu être le Parsifal proprement historique de Toscanini.

     
    Yannick MILLON


     

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