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SELECTION CD 27 février 2021

Un point supplémentaire pour les femmes



Après une Lady Macbeth de Chostakovitch idéalement glacée et pétrifiante, Martin Kušej déçoit dans cette Elektra au langage visuel guère renouvelé et toujours constellé des tics chers au metteur en scène. Direction solide de Dohnányi, mais surtout un plateau dominé par un trio féminin à connaître.


Le 08/01/2007
Yannick MILLON
 

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     Un point supplĂ©mentaire pour les femmes



    Richard Strauss (1864-1949)
    Elektra, tragédie en un acte (1909)
    Livret de Hugo von Hofmannsthal d'après Sophocle

    Eva Johansson (Elektra)
    Marjana Lipovšek (Klytämnestra)
    Melanie Diener (Chrysothemis)
    Rudolf Schasching (Aegisth)
    Alfred Muff (Orest)
    Reinhard Mayr (Der Pfleger des Orest)
    Cassandra McConnell (Die Vertraute)
    Christine Zoller (Die Schleppträgerin)
    Andreas Winkler (Ein junger Diener)
    Morgan Moody (Ein alter Diener)
    Margaret Chalker (Die Aufseherin)
    Kismara Pessatti (Erste Magd)
    Katharina Peetz (Zweite Magd)
    Irène Friedli (Dritte Magd)
    Liuba Chuchrova (Vierte Magd)
    Sen Guo (FĂĽnfte Magd)

    Chor des Opernhauses ZĂĽrich
    Orchester der Oper ZĂĽrich
    direction : Christoph von Dohnányi
    mise en scène : Martin Kušej
    décors : Rolf Glittenberg
    costumes : Heidi Hackl
    Ă©clairages : JĂĽrgen Hoffmann
    préparation des choeurs : Ernst Raffelsberger
    Enregistrement : ZĂĽrich, Opernhaus, 30/11-04/12/2005

    1DVD TDK DVWW-OPELEK


    Metteur en scène lyrique parmi les plus doués de sa génération, Martin Kušej alterne les spectacles prenants et les échecs. À Salzbourg, après un Don Giovanni criant de vide mais très flatté par la vidéo, le jeune Autrichien avait marqué les esprits avec une Clémence de Titus judicieusement transposée dans la sphère terroriste. En juin 2006, il frappait de même un grand coup à l'Opéra néerlandais avec une Lady Macbeth de Chostakovitch génialement oppressante et d'un désespoir sans appel, laissant présager une excellente adéquation avec la violence et les déchirements des Atrides.

    À l'issue de cette captation zurichoise, c'est la perplexité qui l'emporte. La scénographie, bien conçue – un couloir suffocant muni de portes latérales laissant passer une lumière saturée – ne suffit plus à éviter le sentiment que Kušej peine à se renouveler, en nous gratifiant une fois encore de la même ambiance visuelle, des mêmes teintes bleutées de toutes ses mises en scène, du même fétichisme fatigant pour les sous-vêtements et la nudité, mais aussi d'une nuée d'inutiles figurants hystériques qui traversent régulièrement la scène sans que cela fasse vraiment sens.

    Clytemnestre, façon Michel Galabru en travelo limite alcoolo, ne tranche jamais entre le simple monstre et la reine décatie et pitoyable ; Chrysothémis, chaste comme une nonne, apparaît telle l'Immaculée Conception au finale ; Égisthe en mafieux lubrique et obèse, colt à la main, est répugnant jusqu'au ridicule. Et cette Électre en jogging à capuche très bad girl, cet Oreste trop mature, beaucoup plus vieux que son précepteur – un comble !

    Si bon an, mal an, le spectacle se tient dans un premier temps, avec même quelques images fortes – l'ensevelissement d'une petite fille comme sortie d'un cauchemar au moment de déterrer la hache du meurtre –, on sombre trop souvent dans le grand guignol au cours du dernier quart d'heure – une désastreuse ambiance de carnaval à Copacabana en guise de danse d'Elektra. On reste quoi qu'il en soit bien loin de la violence minérale d'un Kupfer.

    Moins impressionnant qu'à Paris, Christoph von Dohnányi privilégie toujours une lecture rapide et anguleuse, des atmosphères chambristes, un tissu symphonique dégraissé, mais certaines approximations – dans les changements de tempi en particulier – et chutes de tension auraient tendance à entamer une partie orchestrale déjà un peu lisse.

    Côté vocal, les hommes ne sont guère marquants. L'Oreste d'Alfred Muff est transparent, sans majesté ni ambiguïté, autant dire indifférent, l'Égisthe de Rudolf Schaching vulgaire et débraillé. Mais les rôles féminins sont admirablement tenus. Malgré des aigus trop peu incendiaires – il est rare de pouvoir chanter Mozart et les opéras noirs Strauss avec la même adéquation des moyens – Melanie Diener est une Chrysothémis touchante, par la pureté du timbre, le frémissement, la fragilité.

    Réusissant la gageure d'avoir bien chanté Freia et Elektra, Eva Johansson irradie par la fermeté d'un aigu dardé avec une insolence qui rappelle souvent Christel Goltz – même diction un peu étrange, même format en rien colossal, mêmes intonations de bête fauve. Cette Électre encore jeune – un indéniable atout –, au caractère bien trempé, sait aussi alléger, et même si le timbre s'altère alors, d'ardentes attaques non vibrées achèvent de nous convaincre que nous avons affaire à l'une des grandes titulaires méconnues du rôle.

    Composition saisissante enfin que la Clytemnestre de Marjana Lipovšek, claire, au timbre acéré et à l'émission toujours aussi accrochée, chantant toutes les notes sans perdre en déclamation et osant des accents originaux toujours judicieux, qualité supplémentaire d'une personnalité lyrique hors du commun. Ce trio féminin de choc vaut à ce DVD TDK un point de notation supplémentaire.

     
    Yannick MILLON


     

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