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SELECTION CD 09 aoűt 2020

De la dynamite



Par son énergie hors du commun et la singularité de son univers musical, la première parution discographie consacrée au compositeur Franck Bedrossian est une détonante réussite qui place son auteur comme l’un des plus sûrs espoirs de la musique française de ces prochaines années. Attention, grand disque explosif !


Le 21/05/2008
Laurent VILAREM
 

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     De la dynamite



    Franck Bedrossian (*1971)
    Charleston, pour quinze musiciens
    L’usage de la parole, pour clarinette, violoncelle et piano
    Digital, pour contrebasse, percussion et Ă©lectronique
    La solitude du coureur de fond, pour saxophone alto
    Transmission, pour basson et Ă©lectronique

    JĂ©rĂ´me Laran, saxophone
    Brice Martin, basson
    Robin Meier et Benjamin Thigpen : réalisation informatique musicale

    L’Itinéraire
    direction : Mark Foster

    CD Sismal Records SR003


    Un conseil lors de la première écoute de cette parution consacrée à Franck Bedrossian : éloignez tout d’abord les enfants, mettez le son à très fort volume et, une fois n’est pas coutume, commencez par la cinquième et dernière plage du disque : Transmission, pour basson et électronique. L’effet d’inouï et de sidération est tel que vous aurez l’impression immédiate d’écouter un classique de l’Histoire de la musique. Car avez-vous déjà entendu un langage à ce point excessif, gifle sonore qu’une imagination débordante, héritée des musiques électroniques savantes et populaires, apprivoise tout d’abord à l’informatique puis au basson ?

    C’est en effet dans cette pièce de 2002, l’une de ses premières, que Bedrossian pose à la manière du Prélude à l’après-midi d’un faune de Debussy ou, plus proche de nous, des Périodes de Gérard Grisey, les bases d’un nouveau langage et ouvre une boîte de Pandore musicale : celle d’une musique physique aux deux sens du terme, du son que l’on fissurerait, pareil à un atome, pour en libérer l’énergie.

    Ce courant risque bien d’ailleurs de faire Ă©cole, puisque ce compositeur français dont la rĂ©putation grandissait rapidement dans les cĂ©nacles parisiens, vient d’être nommĂ© – au mĂŞme endroit et au mĂŞme âge que son maĂ®tre GĂ©rard Grisey en 1982 – professeur de composition Ă  la prestigieuse UniversitĂ© de Berkeley en Californie. On parlait de sĂ©rialisme, de dodĂ©caphonisme et de musique spectrale, il faudra maintenant s’habituer Ă  employer le terme de « musique saturĂ©e Â».

    On gagerait même à l’écoute de l’opus 1 de son catalogue présent sur ce disque, l’Usage de la parole, pour clarinette, violoncelle et piano, et qui ne se distingue encore que timidement des tics habituels de la musique contemporaine, que le jeune compositeur a besoin de pousser le langage instrumental dans ses retranchements pour, dans le débordement et la perte de contrôle, affirmer sa singularité. On notera ainsi dans ce disque, qu’il s’agisse de la Solitude du coureur du fond, pour saxophone solo, contaminée par les sons multiphoniques, ou de Digital, pour contrebasse et percussion, infectée par une électronique merveilleusement bruissante, qu’il y a toujours chez Bedrossian une ombre menaçante qui soumet le monde instrumental à se révolter ou à demander de l’aide.

    Impressionnante ampleur dramatique

    Toutefois, le plat de résistance de ce CD qui réunit des œuvres de 1999 à 2007 est Charleston, pour ensemble, la plus récente du recueil. Admirablement interprétée par l’ensemble l’Itinéraire dirigé par Mark Foster, rejoignant davantage d’autres musiques contemporaines, celles de Murail ou de Lachenmann, elle affirme la maturité d’un compositeur trentenaire et dénote dans sa conduite d’une impressionnante ampleur dramatique. C’est, disons-le, un chef-d’œuvre enthousiasmant, débutant en effet par une déflagration instrumentale, qui se lancerait puis qui s’écraserait comme une plainte animale que l’on réduirait au silence.

    Il faudra s’y reprendre à plusieurs fois pour que la colère d’un instrument réveille celle d’autres pupitres et les pousse jusqu’à leurs plus extrêmes limites – cordes fissurées, cuivres remplis d’air, bois tels des trompes de guerre – dans un bouillonnement qui se rebelle contre la forme que leur impose leur créateur. De cette propagation du son naît paradoxalement un sentiment aussi rare que vital dans la musique contemporaine : une souveraine et contagieuse joie.

    Franck Bedrossian est un des rares compositeurs d’aujourd’hui qui, sans concéder quoi que ce soit à l’écriture, parvienne à faire jouir l’auditeur du son, et ce n’est pas la moindre de ses mérites que de ce plein, il laisse soupçonner des failles insurmontables.

     
    Laurent VILAREM


     

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