altamusica
 
       aide















 

 

Pour recevoir notre bulletin régulier,
saisissez votre e-mail :

 
désinscription




SELECTION CD 25 aoűt 2019

L'art de la grâce douloureuse



Parution fondamentale que cette nouvelle gravure des concertos pour piano de mars 1786 par une Mitsuko Uchida exaltant dans l’optique traditionnelle toute la complexité et la richesse psychologique d’un Mozart débarrassé de ses oripeaux classiques au profit d’une conception intérieure et méditative qui réinvente la dramaturgie d’ouvrages entre ombre et lumière.


Le 21/10/2009
Yannick MILLON
 

  • L'art de la grâce douloureuse
      [ Toutes les parutions ]


  • Les 3 derniers dossiers
  • Les "indispensables" Bach de nos critiques

  • Telefunken Legacy : le nec plus ultra des collections historiques

  • Les dernières parutions pour l'annĂ©e Bach

    [ Tous les dossiers CD ]


     
      (ex: Harnoncourt, Opéra)


  •  

     L'art de la grâce douloureuse

    Mitsuko Uchida
    Mozart Concertos pour piano n° 23 et 24

    Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
    Concerto pour piano n° 24 en ut mineur, K. 491 (1786)
    Concerto pour piano n° 23 en la majeur, K. 488 (1786)
    Cleveland Orchestra
    direction et piano : Mitsuko Uchida
    Cadences : Uchida (K. 491), Mozart (K. 488)
    Enregistrement : Severance Hall, Cleveland, 12/2008
    CD Decca 478 1524



    En dirigeant depuis le clavier ce nouvel enregistrement des 23e et 24e concertos pour piano de Mozart, Mitsuko Uchida s’assure une conception unifiée, sans risque de divergences esthétiques avec un vrai maestro. La pianiste japonaise, nourrie à l’atmosphère viennoise depuis ses études dans la capitale autrichienne, réalise ici un petit miracle, celui de revisiter, à la tête d’un Orchestre de Cleveland en totale symbiose, un répertoire galvaudé au-delà de l’imaginable.

    Dès les premières notes du Concerto en ut mineur qui ouvre le disque, l’attention est immédiatement captée par une approche qui exalte comme peu avant elle dans l’optique traditionnelle la dualité, la complexité mozartiennes, par un art de gratter derrière les notes et l’apparente simplicité du langage, de dénicher du malaise, par cette Sehnsucht annonciatrice du pré-romantisme.

    Et quelle surprise, de la part d’une interprète dont les fulgurances de karatéka, les coups de griffe ont pu dans d’autres répertoires rebuter, que ce toucher opalescent qui est la poésie même, l’expression d’une grâce douloureuse, que cette manière de murmurer les phrases, de millimétrer la dynamique, de poser les accords avec tendresse, de maîtriser les marteaux avec un legato prodigieux et une absence totale de dureté !

    On reste médusé devant la perfection absolue des jeux de va-et-vient entre soliste et orchestre, et plus particulièrement devant l’entrelacs de bois volontairement crépusculaires avec le piano, et cet art du fondu des timbres, de l’immense fil d’Ariane mélodique tissé par-delà les familles instrumentales, le tout sur un tapis de cordes discret, portant le discours en toute intimité.

    Voilà en outre un Mozart non baroque qui exalte le génie contrapuntique du compositeur par sa conception horizontale, loin des trépignements dramatiques et des exécutions verticales qui négligent l’expansion dans la durée des dissonances au profit du balisage métrique – on citera ici seulement l’exemple à tirer des larmes de la coda du premier mouvement de l’ut mineur, où la flûte ouvre des perspectives vertigineuses sur l’infini.

    Aucune précipitation ni agitation inutile, aucune virilité déplacée, aucune emphase orchestrale, pas une phrase débitée de manière mécanique comme il arrive si souvent en concerto, bref, les conditions idéales à une véritable introspection, à une réflexion sur la condition humaine, sur l’éphémère du bonheur, dans ce diptyque si particulier intervenant au moment de la concrétisation du rôle de la Franc-Maçonnerie, de l’accession à l’Illumination dans la carrière de Mozart, mais aussi de ses premiers soucis financiers.

    Une interprĂ©tation sans affectation, d’une intĂ©rioritĂ© ni bĂ©ate ni dĂ©pourvue d’inquiĂ©tudes – les angoisses rentrĂ©es du miraculeux Adagio du Concerto en la majeur –, aux antipodes de l’image d’Épinal d’un prĂ©tendu « classicisme Â» dont on rĂ©alise aujourd’hui tout ce que la notion porte en elle d’univoque et de dĂ©passĂ© ; une gravure des concertos de mars 1786 tournant enfin la page de toute une tradition de Mozart joliment inoffensifs ou trop uniment dans le drame, rĂ©trospectivement bien basiques pour qui s’est blessĂ© l’âme Ă  ce manifeste poĂ©tique dont on ne guĂ©rira point.

     
    Yannick MILLON


     

  • L'art de la grâce douloureuse
     



  •   A la une  |  Nous contacter   |  Haut de page  ]
     
    ©   Altamusica.com