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SELECTION CD 27 février 2021

Rafael Kubelik,
humaniste et terrien




Il y a un siècle naissait le chef d’orchestre Rafael Kubelik, souvent restĂ© dans l’ombre des gĂ©ants de son temps en raison d’une mĂ©diatisation moindre, mais Ă  qui Deutsche Grammophon rend un hommage amplement mĂ©ritĂ© en rĂ©Ă©ditant en un joli coffret-cube ses intĂ©grales des symphonies de Beethoven, Schumann, Dvořák et Mahler, jalons de l’histoire du disque.


Le 21/07/2014
Yannick MILLON
 

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     Rafael Kubelik, humaniste et terrien

    Kubelik – The Symphony Edition



    Rafael Kubelik – The Symphony Edition

    Ludwig van Beethoven (1770-1827)
    9 Symphonies
    London Symphony Orchestra (Sy1), Concertgebouw Amsterdam (Sy2), Berliner Philharmoniker (Sy3), Israel Philharmonic Orchestra (Sy4), Boston Symphony Orchestra (Sy5), Orchestre de Paris (Sy6), Wiener Philharmoniker (Sy7), Cleveland Orchestra (Sy8), Helen Donath (soprano), Teresa Berganza (alto), Wieslaw Ochman (ténor), Thomas Stewart (basse),
    Chor des Bayerischen Rundfunks, Symphonieorchester des Bayerischen Rundfunks (Sy9)

    Robert Schumann (1810-1856)
    4 Symphonies
    Berliner Philharmoniker
    Ouvertures Genoveva, Manfred
    Symphonieorchester des Bayerischen Rundfunks

    AntonĂ­n Dvořák (1841-1904)
    9 Symphonies
    Berliner Philharmoniker
    Scherzo capriccioso, Ouverture Carnaval, La Colombe des bois
    Symphonieorchester des Bayerischen Rundfunks

    Gustav Mahler (1860-1911)
    10 Symphonies
    Norma Procter (alto), Edith Mathis (soprano) (Sy2, 8), Marjorie Thomas (Sy3), Martina Arroyo, Erna Sporenberg (soprano), Julia Hamari (alto), Donald Grobe (ténor), Dietrich Fischer-Dieskau (baryton), Franz Crass (basse) (Sy8), Chor des Bayerischen Rundfunks (Sy2, 8), Tölzer Knabenchor (Sy3, 8), Frauenchor des Bayerischen Rundfunks (Sy3), Chor der Norddeutschen Rundfunks, Chor des Westdeutschen Rundfunks, Knaben des Regensburger Domchors, Frauen des Münchener Motettenchors (Sy8)
    Symphonieorchester des Bayerischen Rundfunks
    direction : Rafael Kubelik
    Enregistrements : Beethoven (1971-1975), Schumann (1963-1964), Dvořák (1966-1976), Mahler (1967-1971)
    23 CD Deutsche Grammophon 479 2689


    Le centenaire de sa naissance est l’occasion de faire un point sur le legs du chef d’orchestre Rafael Kubelik qui, si l’arrivée des communistes au pouvoir dans sa République tchèque natale en 1948 ne l’avait éloigné, par exil volontaire, de la Philharmonie tchèque dont il était directeur musical depuis six ans, aurait connu sans doute un tout autre destin. Un musicien qui ne retournera dans Sa Patrie qu’après la Révolution de velours plus de quarante années plus tard, alors même qu’il avait déjà quitté le podium pour raisons de santé.

    L’homme, affable, courtois, n’en a pas moins fait une très belle carrière occidentale (Chicago, Covent Garden, Radio bavaroise, invitations régulières à Berlin et Vienne), mais a longtemps laissé au disque l’impression de n’avoir jamais été vraiment à sa place : pas assez idiomatique dans la musique de son pays car sans orchestre tchèque pour enregistrer, pas assez allemand dans le grand répertoire germanique.

    À l’écoute de ce coffret anniversaire, la seule déception viendra du plus typiquement allemand des corpus, celui des symphonies de Schumann, plan-plan et étriqué, à mille lieux de l’exaltation romantique de ces partitions fruit d’un esprit tourmenté. On reste ici en permanence au raz des notes, certes sans faute de goût, mais avec une neutralité désarmante pour qui connaît l’engagement hyper expressif de Bernstein (DG).

    Dans le genre exégèse des textes, romantisme modéré, on préféra de loin Sawallisch-Dresde (EMI), d’un tout autre impact. Assez étrangement, les ouvertures proposées en complément (Genoveva, Manfred), toutes deux avec la Radio bavaroise alors que les symphonies sont confiées aux Berliner, semblent moins souffrir de ces réserves.

    Le reste du coffret offre en comparaison un bonheur sans nuage. On y retrouve d’abord une intégrale des symphonies de Beethoven humaniste, chaleureuse et lyrique, aux tempi médians, dont la particularité est d’être partagée entre neuf orchestres, avec un discernement assez fin de la part de Kubelik qui sait jouer des particularités de chaque phalange, culminant dans une très belle Cinquième avec Boston.

    On notera aussi l’élégance du Concertgebouw (2), le magnifique chant des cordes des Berliner (3) et les sonorités de rêve des Wiener (7). Mais le plus étonnant viendrait finalement d’un Israel Philharmonic en état de grâce (4) et d’un Cleveland Orchestra (8) où l’on sent encore la machine pince-sans-rire de l’époque Szell, sans oublier une très belle Neuvième (plus que décemment chantée) avec un Orchestre de la Radio bavaroise en majesté (même s’il n’eût pas coûté grand-chose de refaire une prise de la coda du Finale, entachée d’un magnifique pain de piccolo sur la dernière note). Il n’est guère que la Pastorale (Orchestre de Paris) à souffrir de lenteurs manquant de tenue.


     
    Des Dvořák au sommet


    Les Dvořák ont une extraordinaire unitĂ©, sans vraie faiblesse interne, avec une jubilation Ă  arpenter les terres quasi inconnues des premiers opus absolument grisante. Difficile en effet de trouver lectures plus enthousiastes de l’essai de jeunesse des Cloches de Zlonice (1), d’une tenue presque brucknĂ©rienne qui redore son blason. Il est jusqu’à la trilogie finale, considĂ©rablement plus enregistrĂ©e, de tenir la route sans peine (mĂŞme si l’on rĂ©Ă©coutera avec toute l’attention requise la gravure viennoise parallèle chez Decca).

    Tout le génie de Kubelik est de parvenir à mêler esprit Mitteleuropa de ses origines et ampleur de la forme, solidité des structures que lui facilitent des Berliner Philharmoniker dans l’absolu pas assez fruités de bois, mais d’un parfait sens de l’architecture. Assis sur un quintette à cordes déjà bien dressé par Karajan, le chef tchèque n’a qu’à faire chauffer les textures de la Septième pour les laisser déployer une assise grave à se pâmer (Finale), et ne souffre que de manière passagère d’approximations rythmiques (Furiant de la Sixième).

    On tutoie ici partout les sommets, bien qu’on puisse trouver des versions plus substantielles encore dans la discographie séparée des dernières symphonies, mais aucune somme intégrale ne possède à nos oreilles ce degré d’achèvement et d’authenticité (y compris chez Neumann-Philharmonie tchèque (Supraphon), plus idiomatique ; Kertesz-LSO (Decca), plus rutilant ; et Rowicki-LSO (Decca), plus libre de ton).

    Enfin, après des dizaines d’approfondissements dans les méandres de leur psyché, on est heureux de retrouver l’intégrale des symphonies de Mahler de Kubelik, rapide, parfois sèche, sans pathos, concrète et d’une grande simplicité qui lui confère d’un bout à l’autre un sentiment d’accessibilité. Toujours restée dans l’ombre des autres intégrales pionnières de Bernstein-New York (Sony), Haitink-Concertgebouw (Philips), on se demande si on ne lui trouve pas finalement, avec le recul, une plus grande authenticité.

    On retrouve ici une trilogie de symphonies médianes instrumentales (5, 6, 7) d’une lisibilité absolue, d’une efficacité dramatique de chaque instant, où l’on pourra certes manquer ici ou là de mystère, mais où l’on rend les armes devant une approche aussi claire et sans détours. La Sixième, cravachée comme jamais mais sans la moindre saturation, donne pour la première fois à entendre aussi nettement les balises de la forme sonate classique. La Septième Symphonie, complexe, souvent aride, trouve sans doute sa vision la plus accessible, tandis que la Cinquième, d’une clarté irradiante, ne pèche que par un Finale au tempo trop retenu, après un Adagietto sans lenteur au magnifique lyrisme.

    Certes, Kubelik maîtrise souvent moins bien que d’autres les blocs comme les mouvements extrêmes de la Résurrection ou le Finale de la Troisième, mais débarrassée de toute métaphysique, la Titan, printanière et terrienne en diable, se laisse écouter d’une traite, la Quatrième et ses violoncelles un peu surannés, vibrants à l’ancienne dans le mouvement lent, est d’une réelle nostalgie de l’enfance.

    On peut faire la fine bouche sur les solistes vocaux, en premier lieu Norma Procter (2) et Marjorie Thomas (3), pâteuses et poussives, mais aussi sur Elsie Morison (4), Frau Kubelik à la ville, honorable mais tellement loin des merveilles d’Irmgard Seefried, Elisabeth Schwarzkopf, Lucia Popp ou même du petit sopraniste Helmut Wittek, tout en précisant que ces réserves s’appliquent beaucoup moins à la Huitième, où Fischer-Dieskau est étreignant, ou Donald Grobe se sort avec une réelle classe de la tessiture insensée du Docteur Marianus, dans une Symphonie des Mille là encore d’un seul élan, d’une totale probité, sans les interminables digressions métaphysico-fumeuses et pour le coup très typiques de notre époque d’un Chailly ou d’un Nagano.

    Une somme à réévaluer d’urgence, d’autant que la Neuvième et l’Adagio de la Dixième, jamais cités comme moments majeurs de cette intégrale, sonnent avec une tenue exemplaire qu’on souhaiterait entendre plus souvent dans les salles de concert. Reste que Kubelik avait trouvé en la Radio bavaroise l’orchestre idéal pour graver cette intégrale d’une constante musicalité sans chichis ni arrière-plans freudiens, avec ses belles cordes trapues et ses cuivres juste assez verts (la trompette).

     
    Yannick MILLON


     

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