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SELECTION CD 19 septembre 2019

Strauss le Viennois



Aubaine que le retour en un petit coffret de cinq CD de la totalité des enregistrements straussiens de Clemens Krauss à la tête des Wiener Philharmoniker au début des années 1950. Dans des conditions sonores idéales, on redécouvre un art de diriger Strauss à nul autre pareil, fin et cinglant, plein de libertés et de classe aristocratique.


Le 31/07/2014
Yannick MILLON
 

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     Strauss le Viennois

    Clemens Krauss - Richard Strauss
    The Complete Decca Recordings



    Clemens Krauss – Richard Strauss
    The Complete DECCA Recordings
    Richard Strauss (1864-1949)
    Don Juan, Ein Heldenleben, Also sprach Zarathustra, Don Quixote (Pierre Fournier, violoncelle), Sinfonia Domestica, Le Bourgeois Gentilhomme, Aus Italien, Till Eulenspiegel lustige Streiche
    Salome
    Christel Goltz (Salomé), Julius Patzak (Hérode), Margareta Kenney (Hérodiade), Hans Braun (Iokanaan), Anton Dermota (Narraboth), Else Schürhoff (Page d’Hérodiade)
    Wiener Philharmoniker
    direction : Clemens Krauss
    Enregistrements : Musikverein, Vienne, 1950-1954
    5 CD Decca 478 6493


    Grand seigneur de la direction d’orchestre, l’archi-Viennois Clemens Krauss, aux penchants politiques et à l’opportunisme troubles pendant les pires années du nazisme, demeure un météore de la direction d’orchestre, que sa mort d’une crise cardiaque en raison de l’altitude de Mexico en mai 1954, à l’âge d’à peine 61 ans, a privé d’une apothéose de carrière qui lui tendait grand les bras.

    Son legs straussien (pas intégral en tant que tel contrairement à ce qu’annonce la pochette, car il manquerait pour cela un Till l’espiègle de 1947 à la Scala, et une Mort et Transfiguration de la même année à la tête du London Philharmonic) qui est en fait un legs viennois que Testament avait commencé à publier il y a une dizaine d’années en disques séparés, nous revient d’un bloc chez Decca dans un remastering transfiguré, d’une aération phénoménale par rapport à tout ce qu’on avait connu jusque-là.

    Une prise de son très typée, dont on n’a plus guère l’habitude, et que d’aucuns trouveront probablement dure et acide, sèche et d’une clarté impitoyable, mais qui reflète avec une acuité parfaite la pertinence et la singularité des idées d’un straussien hors-pair, ami fidèle du compositeur lui ayant confié la co-écriture du livret de son ultime opéra Capriccio.

    Ce qui frappe le plus dans ces bandes enregistrées entre 1950 et 1954, c’est l’extrême liberté, aux limites de l’improvisation, que se permet Krauss, avide de prises de risques insensées dans le contexte du studio, et qui donne un sentiment d’interprétation sur le vif. Comme dans son Ring de Bayreuth ou son Chevalier à la rose phénoménal de Salzbourg, le chef autrichien privilégie le geste global, l’intention dramatique, la fulgurance du moment à la pure précision de la réalisation, laissant passer quelques savonnages de traits ou petites scories.

    Mais le plus important reste qu’un vĂ©ritable esprit souffle ici, personnel, authentique et d’une musicalitĂ© d’aristocrate. Les premières mesures de Don Quichotte donnent le ton : il y a lĂ  toute l’insouciance, la lĂ©gèretĂ©, les soupirs, l’instabilitĂ© d’humeur du hĂ©ros de Cervantès, avec cette petite rĂ©vĂ©rence de cordes un peu dĂ©daigneuse, très rubato, qui participe Ă  ce portrait incroyablement juste, avec les timbres melliflus de Wiener Ă©vocateurs comme jamais. « Chevaleresque et galant Â» indique Strauss. L’avait-on dĂ©jĂ  entendu Ă  ce degrĂ© de pĂ©nĂ©tration psychologique ?

    On a souvent reproché à Krauss sa fantaisie immodérée et son amour du séquentiel, au détriment de la grande forme, ce qui peut se justifier face à certains passages poussés à 150%, et d’autres laissés a volo, loin de tout spectaculaire. On sentira d’ailleurs Pierre Fournier infiniment plus cadré sur les rails de Karajan-Berlin en 1960 (DG), mais on n’est pas prêt de réentendre les moutons bêler avec une telle hargne.

    Ainsi parlait Zarathoustra ne joue en rien la carte du monumental, offrant au contraire des plages mouvementées transcendantes de pure virtuosité horizontale, avec un sens du drame et de l’avancée qui faisait les étincelles que l’on sait à l’opéra.

    Des qualités qu’on retrouve dans un Till l’espiègle d’un sadisme peu commun, acide comme un citron pas mûr, le rare Aus Italien, narratif, jouissif de science des timbres, ainsi qu’un Bourgeois gentilhomme plein de frasques, détendu de tempo, d’une nonchalance on ne peut plus viennoise, et une Sinfonia domestica où le chef musarde d’un bout à l’autre de cette partition si bourgeoise qu’elle peut tourner à l’indigestion sous des baguettes moins félines.

    Une Vie de héros compte parmi les moments forts du coffret, d’un élan à même d’abattre toutes les chausse-trappes, d’un art sonore de l’ironie absolument prodigieux. Écouter les interventions divines de Willi Boskovsky, Konzertmeister du Philharmonique de Vienne entre 1936 et 1979, alors à son tout meilleur, revient à se confronter à un art du violon solo d’orchestre disparu à tout jamais : brillant, piquant, crâneur et malicieux, d’une qualité de son, de vibrato et d’intonation inouïes.

    Et lorsqu’elles sont mêlées aux pépiements des bois des Wiener, fiers comme des paons, couinant tout leur saoul, on exulte devant la caricature de l’épouse du compositeur (La femme du Héros), rhabillée pour plusieurs hivers !

    La SalomĂ© de 1954, gravĂ©e quelques semaines avant la mort du chef d’orchestre, dĂ©jĂ  rĂ©Ă©ditĂ©e en petit coffret cartonnĂ© en 2004 intitulĂ© « Clemens Krauss conducts Strauss Â» dans la collection Original Masters de Decca, vaut principalement pour la direction, d’une fluiditĂ©, d’une Ă©lĂ©gance classique inapprochable, d’une finesse, d’une théâtralitĂ© dĂ©graissĂ©e comme on n’en a plus entendu depuis.

    La distribution, si l’on supporte l’Hérode façon attardé mental (une option intéressante quoique vite crispante) du nasillard Julius Patzak, est d’une bonne routine, avec un Iokanaan (Hans Braun) moyen mais aussi l’excellent Anton Dermota en Narraboth, et évidemment la tigresse Christel Goltz, même un rien mûre, dans le rôle-titre, qu’il faut avoir entendue, même si le live radiophonique de Keilberth à Dresde en 1948 (Berlin Classics, dans une prise de son hallucinante de qualité pour l’époque) la montrait nettement plus engagée.

    Une fois admis que cette tradition viennoise, impertinente, souvent capricieuse, n’a pas eu d’héritier, et qu’on lui préfère dans l’absolu l’évidence des lectures modèles de Rudolf Kempe avec la Staatskapelle de Dresde, on se doit d’attribuer un Coup de cœur à cet art de diriger Strauss tout aussi passionnant que marginal.

     
    Yannick MILLON


     

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