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SELECTION CD 26 septembre 2018

Une Elektra incandescente



Le hasard des publications permet souvent de garder une nécessaire distance, un recul salutaire au moment de commenter les nouveautés. Ainsi, l’Elektra de Thielemann publiée par DG eût sans doute gagné en estime si Orfeo n’avait sorti au même moment un somptueux remastering de celle, légendaire, de Böhm à l’Opéra de Vienne.


Le 15/01/2015
Yannick MILLON
 

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     Une Elektra incandescente

    Karl Böhm, Elektra à l'Opéra de Vienne

    Richard Strauss (1864-1949)
    Elektra
    Regina Resnik (Klytämnestra)
    Birgit Nilsson (Elektra)
    Leonie Rysanek (Chrysothemis)
    Wolfgang Windgassen (Aegisth)
    Eberhard Wächter (Orest)
    Frederick Gunthrie (Der Pfleger des Orest)
    Margareta Sjöstedt (Vertraute / 2. Magd)
    Margarita Lilowa (Schleppträgerin / 1. Magd)
    Gerhard Unger (Junger Diener)
    Herbert Lackner (Alter Diener)
    Danila Mastilovic (Aufseherin)
    Margarete Ast (3. Magd)
    Gundula Janowitz (4. Magd)
    Gerda Scheyrer (5. Magd)
    Chor und Orchester der Wiener Staatsopernchor
    direction : Karl Böhm
    Enregistrement live : Staatsoper, Vienne, 16/12/1965
    2 CD Orfeo C 886 1421



    Depuis plusieurs années, la mythique Elektra de Böhm à l’Opéra de Vienne n’était disponible au disque que dans un mauvais pressage Standing Room, devenu au fil des ans objet de collection s’échangeant à prix d’or sur les sites de vente en ligne. Il est donc peu dire que l’on se réjouit de la voir paraître chez le très sérieux éditeur Orfeo, dont le travail de remasterisation n’est plus à vanter. Car une nouvelle fois, le label rouge et noir a opéré des miracles à même de rendre plus incontournable encore cette soirée lyrique bénie des dieux.

    Ce 16 décembre 1965, les Viennois découvraient une nouvelle mise en scène de l’opéra straussien le plus noir par Wieland Wagner, qui devait se faire démolir par quasiment toute la presse – alors que l’équipe musicale fut unanimement fêtée – mais qui allait pour autant rester à l’affiche de la Staatsoper jusqu’au milieu des années 1980.

    Pour les discophiles de 2015, à l’heure où l’Elektra de Thielemann débarque dans les bacs des disquaires, ce type d’exhumation vient remettre les pendules à l’heure tant il est question ici à chaque seconde de transcendance, tant chacun va chercher au fond des tripes tout ce qu’il peut donner pour recréer un climat d’une tension proche de l’insoutenable.

    S’il est un chef pour lequel la froide Birgit Nilsson a toujours accepté de brûler les planches, forçant une nature nettement plus placide, c’est bien Karl Böhm, avec lequel le courant passait au point que le vieux maestro réussissait à chaque fois à transcender ce phénomène vocal en phénomène musical.

    Il s’agit ici, pour la wagnérienne la plus facile de son temps, d’une prise de rôle sur une scène internationale, à l’heure où sa voix de diamant brille encore de tous ses feux, avec ce focus concentré et incroyablement dardé, cet aigu javelot légendaire et cette couleur encore jeune et insolente qui vaut au personnage un caractère aussi juvénile que déterminé, mais aussi porté sur une vive ironie. Ses premiers appels à Agamemnon dans son monologue d’entrée auraient presque la couleur fauve d’une Inge Borkh.

    La mécanique vocale imperturbable que l’on connaissait bien dans l’enregistrement de Solti se fait ici chair et vie, de manière plus flagrante encore que chez Regina Resnik, Clytemnestre médiumnique et possédée jusqu’à la transe, d’une diction maniaque et d’une accroche à faire froid dans le dos, jusque dans des Lichter ! paralysants de démence, immense moment de théâtre enregistré.

    Plus floue de diction, parfois imprécise d’intonation, Leonie Rysanek campe pourtant une fois encore une Chrysothémis de légende, folle d’ivresse dans l’aigu. Et si Eberhard Wächter, plus jeune de timbre que vraiment somptueux de stature, use d’une déclamation riche en consonnes pour camper un Oreste plus impuissant qu’à Salzbourg l’été précédent, plus torturé, plus rétif à accomplir sa tâche, la présence de Wolfgang Windgassen en Égisthe dresse un portrait idéalement Memme (femmelette) du couard occupant le lit d’Agamemnon, d’une vocalité en point d’équilibre parfait entre émission lyrique et caractérisation, sans concurrence au disque.

    Ultime point d’extrême satisfaction, la direction de Karl Böhm (avec les coupures usuelles), à son tout meilleur, ardent, fulgurant et inspiré comme à nul autre moment de sa carrière. Ni la direction très minérale de l’enregistrement studio de 1960 à Dresde (DG), ni le live bavarois de 1954 (Golden Melodram), pourtant déjà exceptionnel, ni l’ultime live munichois de 1975 (Bella Voce) ou la sculpturale bande son du film de Götz Friedrich (Decca) ne possèdent ce degré d’évidence.

    Cordes comme des lames de rasoir, saillies de cuivres abruptes, le chef autrichien joue la force brute du théâtre, les lignes de tension, sans temps mort, et trouve constamment le tempo juste, donnant une importance toute particulière au rythme, dont les répétitions et trépignements sont portés à leur acmé. Un sommet de direction straussienne, tendue vers l’essentiel, sans surcharge ou pinaillage d’aucune sorte.

    Une version qui, somptueusement rééditée par Orfeo (la présence de l’orchestre, la clarté des voix), rejoint à notre sens Mitropoulos-Salzbourg 1957 et Karajan-Salzbourg 1964, tous deux chez le même éditeur, nouvelle bonne pioche parmi les archives autrichiennes, au pinacle de la discographie de cet opéra qui demeure une bombe lyrique plus d’un siècle après sa création.

     
    Yannick MILLON


     

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