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SELECTION CD 22 novembre 2017

Un Enlèvement peut en cacher deux autres



Le Singspiel qui fit tant pour la renommée de Mozart est sous les feux de l’actualité, avec pas moins de trois versions récentes de l’Enlèvement au sérail venant étoffer une discographie moins abondante que celle de la trilogie Da Ponte ou de la Flûte enchantée. Jacobs, Nézet-Séguin et Rhorer s’affrontent avec le même constat : directions passionnantes mais distributions moyennes.


Le 28/07/2016
Yannick MILLON
 

  • René Jacobs
  • Yannick Nézet-Séguin
  • Jérémie Rhorer
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     René Jacobs

    René Jacobs





    Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
    Die Entführung aus dem Serail
    Robin Johannsen (Konstanze)
    Maximilian Schmitt (Belmonte)
    Dimitri Ivashchenko (Osmin)
    Julian Prégardien (Pedrillo)
    Mari Eriksmoen (Blonde)
    Cornelius Obonya (Pacha Selim)
    RIAS Kammerchor
    préparation : Frank Markowitsch
    Akademie für Alta Musik Berlin
    direction : René Jacobs
    Enregistrement : Teldex Studio, Berlin, 09/2014
    2 CD Harmonia Mundi HMC 902214.15


    Après avoir réservé à la Flûte enchantée un traitement façon livret d’images audio, René Jacobs récidive avec le premier Singspiel complet achevé par Mozart, l’Enlèvement au sérail, doté des mêmes caractéristiques quoique poussant le bouchon moins loin sur les bruitages, dans une conception au final moins militante. Avec son pianoforte volubile s’invitant dans les dialogues, une dramaturgie tenant presque du mélodrame se fait jour, choix contestable mais ô combien assumé, convoquant un accompagnement au clavier Sturm und Drang façon Sonate en la mineur, citant même le Lied Ich möchte wohl der Kaiser sein quand Pedrillo tentera de se donner du courage avant d’entamer sa sérénade.

    Tout comme la musique s’invite dans les passages parlés, il n’est pas rare que quelques répliques s’insèrent dans les pauses, introductions ou conclusions instrumentales, chaque personnage y allant ici ou là de son commentaire. Les dialogues, revus par le chef, ont la bonne idée de creuser essentiellement dans le livret original de Bretzner assez mal plagié à Vienne par Gottlieb Stephanie. L’idée que Selim soit un renégat, fils immigré turc né chrétien en Espagne avant de se convertir à l’Islam, apporte notamment de l’eau au moulin de la dramaturgie mozartienne.

    En revanche, alors que ce Hörspiel apparaît extrêmement vivant, on ne comprend pas la volonté de Jacobs (qu’on soupçonne de tenir le rôle parlé d’un Veilleur) de conférer au Pacha de l’Autrichien Cornelius Obonya, Selim à la voix râpeuse, un fort accent étranger d’autant plus incongru qu’Osmin, ici le seul véritable Turc de l’histoire, parle un allemand de souche.

    Qu’importe au fond face à la richesse des couleurs de l’Akademie für Alte Musik Berlin, aux cordes dont la modulation du vibrato fait des miracles pour peindre les états d’âme, aux bois irisés à l’infini et frappant toujours juste dans la caractérisation psychologique. La dramaturgie fonctionne du reste à plein grâce à des tempi très contrastés, d’un Marsch, Marsch, Marsch ! tambour battant à un dernier duo enlevé comme jamais, de l’air de vengeance d’Osmin détaillé sans précipitation à un chœur final contaminé par le regret, envisagé comme une action de grâces.

    Du regret, nous en éprouverons seulement face à un plateau de voix étroites et blanches bien que servant avec un extrême dévouement les visées interprétatives du chef. Seule exception, l’Osmin fort en gueule de Dimitri Ivashchenko, mordant et charbonneux, d’une parfaite germanité, car même le Pedrillo fine mouche de Julian Prégardien, bien chantant mais à la demi-teinte pâlichonne, ne résiste pas à la concurrence passée du rôle au disque.

    Pour ne rien dire du Belmonte de Maximilian Schmitt, voix sans corps ni consistance, écrêtée dans l’aigu, qui a au moins du style à faire valoir, et de la Blonde insuffisante de Mari Eriksmoen, air sur la voix et suraigu vrillant (Durch Zärtlichkeit). Quant à Robin Johannsen, caractère bien trempé mais troisième registre en tête d’épingle et émission aigrelette vite insupportable, elle ne marquera pas non plus le rôle de Konstanze malgré l’agilité de la colorature.

    Au final un produit très soigné, comme chaque parution lyrique Harmonia Mundi, avec une excellente prise de son servant la richesse de l’orchestration, un livret épais avec l’argumentation passionnante du chef gantois et les textes en trilingue, bref une parution à envisager comme un tout, où les faiblesses individuelles sont compensées par la force du projet global, y compris dans ses aspects les plus contestables.

     
    Yannick MILLON


     

  • René Jacobs
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