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SELECTION CD 06 mars 2021

Vivre avec Violetta



Notre collaborateur Michel Parouty publie un livre intitulé Verdi et la Traviata aux éditions Arte/Mille et une nuits. Comme le titre l'indique, il s'agit d'une monographie sur le chef-d'oeuvre du compositeur italien. En exclusivité pour Altamusica, en voici quelques bonnes feuilles.



Le 12/03/2001

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     Verdi et la Traviata

    Verdi et la Traviata de Michel Parouty
    Extraits de Verdi et la Traviata de Michel Parouty, Editions Mille et une Nuits, 2001.

    "Sempre libera degg'io/Follegira di gioia in gioia " (La Traviata, Acte I)

    " Ah ! ma io ritorno a viver !/Oh gioia !" (La Traviata, Acte III)



    Ce n'est d'abord qu'une voix. Virtuose et path√©tique. Charmeuse et d√©chirante. La Traviata. On l'√©coute, une fois, deux fois... Et puis, un jour, on s'aper√ßoit qu'on vit avec Violetta Valery. Le mot n'est pas trop fort. Troublantes, radieuses, fragiles, ent√™tantes, inqui√©tantes, la Comtesse des Noces de Figaro, Pamina de La Fl√Ľte enchant√©e, Lucia di Lammermoor, Carmen ou Lulu ne sont pas aussi imm√©diatement famili√®res. A peine a-t-on rencontr√© Violetta qu'on croit la conna√ģtre, qu'on est s√Ľr de l'aimer. Le miroir de l'√©vidence, toutefois, ne tarde pas √† se troubler, et l'image adul√©e √† s'√©vanouir, pour mieux rena√ģtre. La Traviata, c'est le pi√®ge par excellence, celui dans lequel on est heureux de tomber.

    Du roman √† la pi√®ce, du drame √† l'op√©ra, les pistes remontent toutes √† Alphonsine Plessis, √©ph√©m√®re qui illumina quelque temps le demi-monde parisien. La vraie Violetta Valery, la vraie Marguerite Gautier, c'est elle. Sa modeste tombe, au cimeti√®re Montmartre, est toujours fleurie. Le portrait peint par Edouard Vienot a fix√© √† jamais ses traits, et son regard √©nigmatique, mi-larmes, mi-sourire, auxquels le cin√©phile ou le m√©lomane superposent aussit√īt ceux de Greta Garbo, l'immortelle Camille de George Cukor, de Maria Callas, la Violetta la plus accomplie. Mieux que des interpr√©tations, de v√©ritables incarnations. Une voix, un sourire √† peine esquiss√©. Une douleur infinie, qui br√Ľle, qui consume. Que trouve-t-on derri√®re le miroir ?

     



    Il y a fort √† parier que les oeuvres d'Alexandre Dumas fils dorment paisiblement sur les rayons poussi√©reux des biblioth√®ques familiales. Le cin√©ma n'a pas d√©sarm√© : Isabelle Huppert a rejoint les rangs des phtisiques c√©l√®bres incommod√©es par l'odeur des fleurs. Marguerite a m√™me trouv√© une nouvelle √©toile capable de faire briller son nom au fronton d'une salle parisienne, Isabelle Adjani. Rude entreprise. Mais c'est l'op√©ra qui d√©cha√ģne toujours les passions. Faut-il en vouloir √† Verdi qui, en 1853, signe avec La Traviata son ouvrage le plus achev√© ? De la courtisane cynique et d√©sabus√©e, il fait, admirablement aid√© par son librettiste, Francesco Maria Piave, une femme bless√©e et lucide qui trouve sa r√©demption dans l'amour et la mort. Sous leurs plumes conjugu√©es, un simple personnage devient un mythe. On ne r√©siste pas √† la magie du chant. Eros et Thanatos : les th√®mes sont √©ternels et les variations infinies. A chacun de vivre son r√™ve.

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    La censure s'√©meut : l'intrigue lui semble d'autant plus scandaleuse qu'elle est contemporaine. Il faut la d√©placer sous le r√®gne de Louis XIII, au grand dam du compositeur qui d√©teste l'id√©e de voir ses interpr√®tes rev√™tus de costumes historiques. De plus, il n'a qu'une confiance limit√©e dans les possibilit√©s de la prima donna impos√©e par La Fenice, la Salvini-Donatelli. De bons √©chos lui sont parvenus du d√©but de la saison v√©nitienne, mais une reprise impr√©vue d'Ernani est venue ravier ses craintes, et il n'h√©site pas √† demander le remplacement de la soprano, alors que son contrat pr√©voit qu'il ne pourra plus r√©cuser la distribution apr√®s le 15 janvier 1853. Le 30, il √©crit au Dottore Carlo Marzari, " pr√©sident des spectacles du Teatro La Fenice " : " Je crois qu'il va de mon int√©r√™t et de celui de votre th√©√Ętre de se mettre en qu√™te tout de suite d'une prima donna
    Les seules cantatrices qui me sembleraient convenir sont : 1¬į : La Penco, qui chante √† Rome. 2¬į : Mme Boccabadati qui chante Rigoletto √† Bologne, et enfin la signora Picolomini, qui se produit en ce moment √† Pise. La Penco (la seule d'entre elles que je connaisse) serait, je crois, la meilleure. Elle est belle, expressive, et dot√©e d'une belle pr√©sence sc√©nique. Ce sont les qualit√©s les plus importantes pour une Traviata
    Piave n'a pas encore fini la versification de La Traviata, et dans ce qui est terminé, on trouve encore quelques longueurs qui feraient dormir le public, spécialement à la fin, qui doit être rapide et faire de l'effet. "


     



    La Fenice cherche une autre chanteuse, en vain : toutes celles propos√©es par Verdi sont d√©j√† engag√©es. Le 16 f√©vrier -moins de deux semaines avant la premi√®re !-, le compositeur accuse r√©ception de deux nouveaux morceaux, un air de t√©nor, et un de la basse, au second acte. Il demande encore √† Piave des modifications, annonce son arriv√©e prochaine √† Venise (" Fais moi pr√©parer l'appartement habituel √† l'H√ītel Europa, avec un piano bien accord√©
    Fais en sorte que tout soit bien parce que dès que j'arriverai, dans la nuit, je compte me mettre à orchestrer "), et mentionne une lettre anonyme qui lui conseille de remplacer la prima donna et la basse, faute de quoi il court à un échec assuré. Le 21 février, Verdi est à Venise et, fidèle à ses habitudes, commence son orchestration sur place. Les répétitions le satisfont d'autant moins que les interprètes ne sont guère empressés d'obéir à ses intentions. Le 6 mars, La Traviata, transposée, finalement, au XVIIIème siècle, est enfin présentée au public, accompagnée du ballet d'Antonio Monticini La Lucerna maravigliosa.

    On a longtemps parl√© de l'insucc√®s qui suivit et prend place, aux c√īt√©s des cr√©ations du Barbier de S√©ville, de Norma, de Carmen, de Pell√©as et M√©lisande parmi les premi√®res mouvement√©es de l'art lyrique. La correspondance du compositeur confirme l'√©chec, mais laisse place √† l'espoir. " Je suis d√©sol√© de t'annoncer une triste nouvelle, mais je ne peux te dissimuler la v√©rit√©. La Traviata a √©t√© un fiasco. N'en cherchons pas la raison. C'est ainsi. " (√† Ricordi, le 7 mars). " La Traviata, hier soir, a √©t√© un √©chec. Est-ce ma faute ou celle des chanteurs ? Le temps sera juge." (√† Emanuele Muzio). " Je ne t'ai pas √©crit apr√®s la premi√®re de La Traviata, je t'√©cris apr√®s la seconde. Fiasco d√©finitif ! Je ne sais √† qui en incombe la faute et je pr√©f√®re ne pas en parler. Je ne te dirai rien de la musique et permets-moi de ne rien dire des interpr√®tes " (au sculpteur Vincenzo Luccardi, le 9 mars 1853). Pour de Sanctis, pour le chef d'orchestre Mariani, il use des m√™mes termes : " La Traviata a √©t√© un √©chec, et pire, j'en ai ri. Que veux-tu ?
    j'ai tort ou ils ont tort. En ce qui me concerne, je crois que les mots prononcés hier à propos de Traviata sont loin d'être les derniers. Nous la reverrons, et nous verrons."

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    La structure de l'op√©ra est fid√®le √† celle du drame, mais toute action secondaire a disparu, ainsi que certains personnages, Nichette et Gustave, mais aussi Prudence. Apr√®s l'acte d'exposition, rapidement men√©, la tension ne cesse de cro√ģtre jusqu'√† l'entr√©e du p√®re, mais rien ne subsiste du deuxi√®me acte de la pi√®ce. Dramatiquement, l'ellipse est tr√®s forte : on quitte, au rideau du I, une femme h√©sitante, qui s'√©tourdit dans le plaisir pour fuir une vie d√©risoire, et l'on retrouve d√®s le tableau suivant les deux amants filant le parfait amour. Quant √† la tentative de Marguerite pour se procurer de l'argent, il n'en est plus question ; le contexte social , sans √™tre effac√©, est adouci au profit d'une vision sentimentale, intimiste et id√©alis√©e. Si les probl√®mes mat√©riels sont √©voqu√©s, dans l'op√©ra, c'est qu'Alfredo apprend que sa ma√ģtresse se d√©fait de tout ce qu'elle poss√®de, ou que son p√®re croit que la jeune femme conduit sa prog√©niture √† la ruine. Plus besoin des basses oeuvres d'une entremetteuse ; exit Prudence. Et lorsque l'amoureux d√©pit√©, au cours du bal chez Flora, jette √† la figure de la malheureuse l'argent qu'il a gagn√© au jeu, c'est pour la d√©dommager des sommes qu'elle a d√©pens√©e pour lui et non pour payer une derni√®re nuit d'amour. La muflerie, √† l'op√©ra, a ses limites.

    Qui est Violetta ? Certes pas cette courtisane " qui en est encore à la virginité du vice " décrite par Dumas. Une femme qui se vend ? Non. Une victime de la grande ville, ce " désert peuplé qui s'appelle Paris ", et, au-delà, un être humain qui a fait sien la maxime de Montaigne : " Il faut se prêter aux autres et se donner à soi-même. " Mais cette connaissance de soi n'a de sens que si elle se prolonge dans l'amour d'autrui. C'est pour le bonheur d'Alfredo que Violetta accepte de se sacrifier ; la force de son sentiment lui fait supporter l'humiliation, première étape d'une ascension spirituelle qui, proportionnelle à sa déchéance physique, n'a d'autre issue que fatale. Retrouve-t-on jamais la pureté originelle, et peut-on, empêcher la mort d'être une injustice ? A cette interrogation, Verdi n'apporte pas de réponse. Le dernier mot de Violetta est " gioia " (joie) ; est-ce une illusion de croire qu'il sonne plus vrai que l'ultime " dolor " de Germont ? Un vieux principe philosophique incite pourtant à affirmer que l'on ne peut penser l'un sans l'autre. " Croce e delicia ", croix et délice, tourment et bonheur.
    (...)

    À noter que l'ouvrage comprend une iconographie abondante, discographie, filmographie et bibliographie exhaustive ainsi qu'un CD rassemblant des extraits d'interprétations de référence (en particulier celle de Maria Callas).

     

     

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