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CHRONIQUES
03 décembre 2021

La voix d'ange s'est tue

Renata Tebaldi dans la Gioconda.

L'une des plus belle voix du XXe si√®cle, peut-√™tre m√™me la plus belle, s'est tue. Renata Tebaldi s'est √©teinte √† l'√Ęge de quatre vingt-deux ans, vingt-sept ans apr√®s sa rivale absolue Maria Callas, tournant d√©finitivement la page de toute une √©poque o√Ļ l'art des cantatrices primait sur les fantaisies des metteurs en sc√®ne.
 

Le 20/12/2004
Gérard MANNONI
 



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  • Elle n'avait que vingt-deux ans lorsqu'elle d√©buta dans le r√īle d'Elena du Mefistofele de Bo√Įto. C'√©tait √† Pesaro, en 1944. Elle venait d'y achever des √©tudes commenc√©es √† Parme. Tr√®s vite rep√©r√©e en Italie, c'est Toscanini qui lui apporte la notori√©t√© internationale en la choisissant pour la r√©ouverture de la Scala de Milan en 1946. La suite appartient √† l'histoire de la musique. A Milan, puis dans les plus grands th√©√Ętres lyriques du monde, elle impose un timbre d'une qualit√© et d'une pl√©nitude uniques dans un r√©pertoire essentiellement vou√© au v√©risme italien et √† Verdi, avec quelques incursions chez Wagner et chez Gounod.

    La perfection de la voix et de l'√©mission, la v√©rit√© et la puret√© du style en firent l'interpr√®te id√©ale de la Desd√©mone de Verdi, mais aussi d'A√Įda, de la Force du destin ou du Bal masqu√©. Elle √©tait aussi une Mimi incomparable de fra√ģcheur et de lyrisme, une Tosca dont la force dramatique s'imposait par la musique plus que par le geste. Excellente musicienne aussi, elle avait travaill√© le piano avant le chant.

    A Milan, on l'opposa tr√®s vite √† la Callas, qui √©tait en effet son contraire, tant par la mani√®re de chanter que par le r√©pertoire. Les grands r√īles de la Callas ne furent quasiment jamais abord√©s par la Tebaldi qui ne se risqua dans le Bel canto pur que tr√®s tardivement et seulement au disque. Les m√©dias b√Ętirent √† plaisir une rivalit√© qui faisait la une des magazines et des radios et qui servait, il faut le reconna√ģtre, la carri√®re de ces deux authentiques monstres sacr√©s. On reprocha beaucoup √† la Tebaldi sa corpulence, alors qu'elle aurait paru mince aux c√īt√©s des multiples ob√®ses que v√©n√®re le public d'aujourd'hui. On lui reprocha aussi de n'√™tre pas une trag√©dienne. Ses moyens d'expressions √©taient autres que ceux du th√©√Ętre gestuel, mais quand elle chantait la pri√®re de la Tosca ou celle de Desd√©mone, ou encore Butterfly ou Mimi, on √©tait transport√© dans un autre monde.

    Souvenirs de journaliste

    Qu'il me soit permis d'√©voquer quelques souvenirs personnels. La Tebaldi est peu venue √† Paris. Une premi√®re fois, furtivement, en 1951, pour deux repr√©sentations de la Jeanne d'Arc de Verdi avec un tourn√©e du San Carlo de Naples la Scala de Milan, puis, en grande invitation officielle, en 1959 pour A√Įda et en 1960 pour Tosca. C'est tout, et bien peu. Je me souviens que lorsqu'elle fit son entr√©e en sc√®ne dans A√Įda, nous f√Ľmes plusieurs, rassembl√©s dans une quatri√®me loge de c√īt√©, √† nous regarder brusquement, nous demandant d'o√Ļ pouvaient provenir des sons pareils. Etait-il possible qu'ils sortent d'un gosier humain ? Non, c'√©tait bien la ¬ę voix d'ange ¬Ľ, telle qu'on l'appelait en Italie. Certes, elle rata le contre-ut de l'Air du Nil le soir de la premi√®re. Mais combien de contre-ut ne rata pas la Callas ?

    Une standing ovation spontanée

    Dans Tosca, l'effet √©tait tout aussi irr√©el lorsque l'on entendait derri√®re le d√©cor surgir les premiers ¬ę Mario ! Mario ! ¬Ľ. Paris, beaucoup plus tard, sut quand m√™me l'honorer en lui r√©servant une standing ovation lorsqu'elle entra dans la loge centrale du Palais Garnier, un soir o√Ļ elle venait √©couter Pavarotti chanter l'Elixir d'amour. Elle √©tait dans la capitale pour la sortie de la traduction fran√ßaise de ses m√©moires. Une rumeur parcourut soudain la salle ¬ę la Tebaldi, la Tebaldi ! ¬Ľ, et tout le monde se leva pour l'ovationner. Elle r√©pondit d'un geste imp√©rial de la main. J'eus alors l'incroyable opportunit√© de la rencontrer pour une interview ; un des plus grands moments de ma vie de journaliste. Elle me demanda de poser mes questions en fran√ßais, qu'elle comprenait parfaitement, mais pr√©f√©ra r√©pondre en italien. Je fus frapp√© de sa simplicit√©, de sa distinction, de son calme et m√™me de sa modestie.

    Encore plus qu'à Milan, c'est aux Etats-Unis qu'elle fut divinisée. Tant à New York qu'à Buenos Aires, elle était la star absolue. Elle arrêta quelque temps de chanter en 1959, reprit la carrière, mais abandonna finalement la scène au début des années 1960, définitivement, ne voulant pas laisser le souvenir de moyens amoindris. Les Parisiens la virent alors une dernière fois, dans un récital de mélodies à l'Espace Cardin, comme Marlène Dietrich !

    Ses disques sont nombreux, principalement chez Decca, int√©grales diverses de Verdi ou Puccini notamment, et aussi nombreuses captations en direct publi√©es sous d'autres labels. Sous la baguette des plus grands chefs, de Toscanini √† Karajan, de Sabata √† Solti, avec Maria Callas, Zinka Milanov, Leontine Price, Elizabeth Schwarzkopf, Astrid Varnay, R√©gine Crespin, Birgit Nilsson, Leonie Rysanek, Victoria de Los Angeles et quelques autres, elle aura contribu√© au premier chef √† redonner le go√Ľt de l'op√©ra au grand public pendant ces mythiques ann√©es 1950 et 1960, semant ce que tant d'autres r√©coltent aujourd'hui et usurpent si souvent.

    Le temps des monstres sacrés n'est plus. Nous vivons celui des productions monstrueuses.




    Le 20/12/2004
    Gérard MANNONI




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